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Liberté - Page 464

  • Second tour : notre système est insensé !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.03.21

     

    Ce second tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat aura vu s’affronter quatre candidats. Ce dimanche 28 mars, les jeux seront faits, l’un des quatre sera élu. J’ignore absolument lequel, nous verrons bien. Mais je veux dire ici, de toutes mes forces, à quel point notre système électoral à deux tours, en tout cas pour une complémentaire, est déficient. Je n’entends pas remettre en cause ce scrutin-ci, on ne change pas les règles en cours de jeu. Mais à froid, une fois cette élection passée, il nous faudra à tout prix amender notre nouvelle Constitution genevoise, clairement défaillante sur cet aspect-là, tout au moins. La démocratie a besoin d’un minimum de sérieux pour être crédible et durable. On ne la parodie pas, on ne la travestit pas, impunément.

     

    La chose est simple. Si on se met en tête d’organiser, pour le choix d’un conseiller d’Etat dans une complémentaire, une élection à deux tours, alors on le fait correctement : pour le second tour, on garde les deux premiers. Les deux qui sont arrivés en tête du premier tour ! Deux ou trois semaines plus tard, on les oppose. Celui des deux qui gagne, donc qui obtient une majorité de 50% et des poussières, fera partie du gouvernement. Si on veut, à Genève, jouer les Français, en souvenir des belles années 1798-1813, alors on y va à fond ! Et on s’inspire du scrutin majoritaire, uninominal à deux tours, qui s’impose (à part de rares parenthèses) depuis la Cinquième République. Et ce jeu majoritaire, on le joue jusqu’au bout : le premier tour est ouvert, mais doit être impérativement éliminatoire. Sinon, nous avons deux premiers tours.

     

    Dans le système actuel, il y a des choses qui ne vont pas. D’abord, il n’est pas acceptable qu’une personne n’ayant pas participé au premier tour puisse, en usant de diverses ficelles liées à des noms de listes, venir s’engouffrer au deuxième tour. Je ne porte ici aucun jugement sur les qualités de cette personne, mais le procédé est de nature à ruiner le crédit de l’institution électorale. Car enfin, si n’importe qui, à Genève, peut se présenter au deuxième tour, de même qu’il peut (et c’est très bien) se présenter au premier, alors à quoi servent les deux tours ? Autant passer directement au deuxième tour ! Avec de tels stratagèmes, toute la logique des deux tours s’effondre : le premier pour s’ouvrir à la diversité, puis sélectionner. Le second, pour regrouper les forces derrière deux candidats opposés. Mais là, nous n’avons plus un premier tour, puis un deuxième. Non : nous avons deux premiers tours !

     

    Et puis, désolé, il n’est pas normal, non plus, que le quatrième du premier tour, aussi brillante fût sa campagne, puisse demeurer dans le second. Car enfin, si tout le monde reste dans la course, c’est le système qu’on ridiculise, et l’électeur avec lui. J’appelle donc le corps des citoyennes et citoyens, par la voie d’usage, sans doute celle d’une initiative, à réformer cette anomalie. Il en va du crédit de notre démocratie genevoise.

     

    Pascal Décaillet

  • Et si M. Fonjallaz s'occupait du DIP ?

     
    Sur le vif - Mercredi 24.03.21 - 08.37h
     
     
    Par dépêche de l'Agence DECAPROD, publiée ici même et sur mon blog, nous sortions, le samedi 6 mars 2021, à 17.53h, l'affaire des directrices et directeurs du Collège de Genève "maltraités" et "malmenés" par le DIP. Nous enquêtons sur ce sujet depuis longtemps. Nos informations, depuis le 6 mars, se sont étoffées, comme vous le constaterez dans les jours et les semaines qui viennent.
     
    Dans la foulée, la Tribune de Genève a sorti deux intéressants papiers sur le sujet, signés de ma consœur Sophie Simon. Je renvoie au second de des papiers, publié ce matin, intitulé "Deux directeurs du Collège sur onze sont en arrêt de travail". Vous y trouverez un excellent rappel de l'affaire.
     
    Dans la foulée toujours, la députée PLR Natacha Buffet-Desfayes, qui n'a pas peur de gratter les sujets qui dérangent, ni de se faire des ennemis, annonçait avant-hier, lundi 22 mars, aux Yeux dans les Yeux, qu'elle saisissait le Conseil d'Etat d'une QUE (Question urgente écrite), sur ce dossier qui relève d'un véritable tabou dans la République, tant le DIP multiplie toutes choses pour l'étouffer. D'autres députés, notamment PLR et MCG, s'intéressent de près à cette affaire, comme nous le verrons dans un avenir proche.
     
    Pour le rappel des faits, lire la TG de ce matin. Mais une chose est sûre : les directrices et directeurs du Collège de Genève ont été, c et automne - et certains le sont encore aujourd'hui - en conflit ouvert avec le Département. Ils se disent "maltraités" et "malmenés" par leur hiérarchie. Faut-il rappeler ce qu'est un directeur de Collège (entre 15 et 19 ans, les années qui mènent à la Maturité) ? C'est un personnage considérable, aimé et respecté des élèves, une référence intellectuelle et pédagogique pour ces adolescents, en pleine et passionnante période de formation. Faut-il ici citer Péguy, "L'Argent", Cahiers de la Quinzaine, 1913, ce passage de lumière où il évoque le souvenir de ses maîtres, ce qui jusqu'à la mort le lie à eux ?
     
    Les directeurs du Collège de Genève ! L'idée même que les titulaires d'une tel poste, aussi central sur le front de l'enseignement, aient pu se sentir "maltraités" ou "malmenés" par les apparatchiks de la hiérarchie byzantine du DIP, donne la nausée. Le Parlement, instance de contrôle du gouvernement et de l'administration, doit faire toute la lumière sur cette affaire. Le DIP doit collaborer, et toute tentative d'entrave à ceux qui enquêtent sur ce sujet d'intérêt public doit être dénoncée.
     
    Au surplus, on notera que surgit ici une affaire de "maltraitance" de hauts cadres de l'Etat, d'importance première sur le champ de bataille de la transmission des connaissances, par d'obscurs ronds-de-cuir d'état-major. Une affaire de "maltraitance". Ca ne vous rappelle rien ? La Présidente du Conseil d'Etat, également cheffe du DIP, prenait de grands airs de fin du monde, il y a quelques mois, lorsque, pour des motifs similaires, elle dézinguait l'un de ses collègues, le privant de tout Département, pour une affaire touchant également à la gestion des ressources humaines.
     
    Nous ne saurions imaginer que la Présidente entende appliquer, dans la République, deux poids et deux mesures. Nous ne doutons pas une seconde, donc, qu'elle confie au juge Fonjallaz, qui a désormais du temps libre, le mandat d'enquêter sur le Département de l'Instruction publique.
     
    Quant à nous, nous continuerons d'enquêter sur cette affaire, que nous avons sortie et que nous suivons d'infiniment près, quelles que soient les pressions qui tentent de nous en empêcher.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Les petits arrangements du silence

     
    Sur le vif - Mardi 23.03.21 . 10.08h
     
     
    "Crise institutionnelle" ? Bof ! Les gens, dans la rue, se contrefichent bien de savoir si le Conseil d'Etat mène ses travaux dans une bonne ambiance ou s'il est ravagé, comme tout groupe de pouvoir, par les dissensions internes. Cela, c'est leur affaire à eux. Ce qui se passe entre eux, comme fluides d'amour ou de haine, le citoyen n'en à rien à faire.
     
    De même, l'ambiance entre députés, au Grand Conseil, le règlement interne du législatif, la sanction pour un verre d'eau, tout cela est strictement sans importance. C'est leur affaire. Il est plutôt normal, souhaitable même pour la vivacité démocratique, au sein d'une assemblée de cent personnes d'avis divergents, que le ton et la tension montent. L'art oratoire ne consiste pas à s'exprimer assis, masqué, arc-bouté sur un micro qui souvent déraille. Mais à s'adresser debout, tête nue, fort de la seule puissance de sa voix et de son verbe, à un public qui, lui aussi debout, adhère ou non à vos propos.
     
    Prenez les gens dans la rue. Demandez-leur ce qu'ils pensent de la "crise institutionnelle". Ils vous diront qu'ils s'en foutent. Ou qu'ils ne savent pas ce qu'il y a, derrière la laideur-barrage de cet adjectif, "institutionnel".
     
    Les gens veulent un gouvernement qui gouverne. Un Parlement qui assume ses deux missions : faire des lois, contrôler le gouvernement. Dans quelle ambiance on s'acquitte de ces tâches, cela ne les intéresse pas.
     
    Surtout, dans notre démocratie suisse, le personnage principal, ça n'est pas le ministre. Ni le député. Mais le citoyen. C'est de lui, de toutes ces femmes et tous ces hommes, que doivent surgir les impulsions. Nous avons une démocratie directe, j'affirme qu'elle est sous-utilisée ! Plus le peuple en fera usage, plus le débat politique suisse sera vivant, pertinent, proche des vraies préoccupations des gens.
     
    Et nous, le peuple, quand nous débattons, n'ayons pas peur de hausser le ton, ni de nous engueuler ! La puissance de cette catharsis est autrement salutaire que les coups bas entre ministres. Ou, pire encore : les petits arrangements du silence.
     
     
    Pascal Décaillet