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Leur démarche est coloniale, donc détestable

 

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.03.26

 

Nous, Suisses, ne sommes les ennemis de personne. Nous sommes amis de tous les peuples du monde. Nous considérons qu’un être humain en vaut un autre, quelle que soit son ethnie, la couleur de sa peau, sa condition sociale. Et puis, nous sommes un peuple libre, fier de son Histoire. Après des siècles d’épreuves (un peu trop tues dans les livres d’Histoire scolaire), nous avons, au fil des générations, en tout cas depuis 1848, réussi à mettre au point un système où, tout en reconnaissant nos différences, nous parvenons à vivre ensemble. Peuple libre, nous voulons notre souveraineté. Peuple libre, nous soutenons ceux qui aspirent à l’indépendance, à la souveraineté, à la liberté. Nous soutenons l’Etat d’Israël, depuis 1948. Mais nous soutenons tout autant la patiente, la courageuse aspiration du peuple palestinien à avoir un jour un Etat. La dignité d’un Etat !

 

Prenez les huit ans de Guerre d’Algérie (1954-1962), j’étudie en profondeur ce sujet depuis un demi-siècle. Dans les deux dernières années du conflit, le FLN (Front de libération nationale algérien) et le gouvernement français, alors que la guerre se poursuivait sur le terrain, ont discrètement tenu des négociations, pour tenter de trouver une solution politique au conflit, qui s’éternisait. Ces rencontres préparatoires ont permis d’évoluer vers ce que seront, en mars 1962, les Accords d’Evian. Du côté français, les meilleurs négociateurs. Du côté de la Résistance algérienne, la fine fleur des futurs dirigeants de l’Algérie indépendante. Eh bien figurez-vous que notre pays, la Suisse, qui avait alors une diplomatie ouverte, imaginative et éclairée, a joué un rôle de premier plan dans l’organisation de ces rencontres. La Suisse est amie de la France. Et elle est amie de l’Algérie, indépendante depuis juillet 1962. Notre pays est minuscule, sur la planète. Mais notre force, immense, c’est la puissance d’esprit, la soif de connaissance, qui nous portent vers l’autre, qu’il soit Indochinois, Maghrébin, Levantin, Perse, Arabe, Israélien, Turc.

 

Notre force, c’est notre curiosité intellectuelle, celle qui nous pousse à apprendre les langues, à commencer par celles de l’Orient (l’arabe, le persan, le turc), nous pétrir d’Histoire, de connaissance des nuances, des musiques, des poésies, des civilisations. Tout le contraire de la caricature brandie par les officines de propagande de Washington, qui laissent à penser que le Proche-Orient serait peuplé de sauvages, incapables de s’auto-déterminer. Leur démarche est coloniale, donc détestable. Car la colonisation porte en elle l’idée immonde de supériorité d’une civilisation sur une autre. Pour ma part, de toutes mes forces, je rejette ce concept. Il est contraire à mes adhésions spirituelles, profondément inculquées par un homme d’exception, entre 1965 et 1969, le Père Louis Collomb, aumônier du primaire, là où j’étais. Je ne renierai jamais la sainte douceur du Père Collomb. Ni mes convictions républicaines. Nous, Suisses, n’entrons dans aucune guerre, aucune Croisade. Soyons amis des peuples du monde.

 

Pascal Décaillet

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