Sur le vif - Samedi 07.03.26 - 12.15h
La guerre se fait avec des armes. Mais elles se fait aussi, depuis toujours, avec des mots. Des images. Des formules. La maîtrise de la communication est aussi importante que celle du ciel. Tout belligérant de ce monde, de tous les temps, accompagne sa guerre d'une intense propagande. Faire la guerre, c'est mentir.
Que le régime des mollahs nous raconte des salades, depuis 47 ans, tout comme celui du Shah avant lui, n'en doutons pas une seule seconde.
Mais les Etats-Unis ! Mais Israël ! La première puissance militaire du monde et son cher allié du Proche-Orient ont compris, plus et mieux que d'autres, l'absolue nécessité de maîtriser les mots de la guerre. Faire passer des formules : "action préventive", "traiter les cibles", "neutraliser les terroristes". En Israël, les services dédiés à la propagande sont redoutablement efficaces. C'est une arme de la guerre, au même titre que les avions de chasse ou le dôme aérien.
Le problème, ça n'est pas les agents de propagande des belligérants. Ca fait partie de la guerre, c'est une donnée. Non, le problème, c'est l'inféodation hallucinante de nos médias à leur vocabulaire imposé, leur récit, leur grammaire.
Record absolu d'obédience au discours imposé par Israël : les chaînes privées parisiennes. Toutes. Mais particulièrement, celle de la droite dure. Consignes Bolloré ? Peut-être même pas : peut-être, pire encore, suradaptation des braves soldats du bolloréisme à ce qu'ils pensent être de nature à plaire à leur cher maître et protecteur. Soyons francs : cette chaîne constitue, du matin au soir, une Cinquième Colonne d'inféodation totale la machine de guerre israélienne, sur territoire français.
Ainsi, pendant les deux ans de massacre à Gaza, la parole donnée, quasiment tous les soirs, à l'ineffable colonel chargé de la propagande en langue française, dans l'armée israélienne. Un homme intelligent, vif d'esprit, un balanceur talentueux de mots-valises, préparés pour être repris comme argent comptant, par nos braves journalistes. Ce colonel israélien fait son boulot, il accomplit sa mission. Mais les oisillons, ici, bec ouvert, tout en appétit de la bonne parole !
Inféodée à Israël, cette chaîne ? Pas seulement ! Inféodée aux pires faucons du gouvernement Netanyahu ! Pendant les deux ans de massacre à Gaza, soutien total à l'action guerrière d'Israël. Depuis une semaine de guerre en Iran, idem. Et toujours, ce même cénacle de "chroniqueurs" (étrange mot, qui impliquerait un acte éditorial construit, au lieu de quoi nous n'avons que hurlements, interruptions brutales de paroles, combats de coquelets). Toujours, cette joyeuse équipe au service de M. Netanyahu, de M. Bardella (dans le duo concurrentiel avec Marine, ils ont clairement choisi l'ultra-libéral contre la protectionniste, l'ami affirmé d'Israël, qui a jugé bon d'aller saluer M. Netanyahu, en pleines tueries à Gaza). Ils en ont, évidemment, le droit, c'est leur ligne éditoriale. Mais ne soyons pas dupes de leur rôle actif, comme belligérants et non comme observateurs critiques, dans la guerre des mots et des images.
La Suisse romande ? C'est moins caricatural qu'en France. Mais la Cinquième Colonne est présente, et en ordre de marche. On la trouve dans les journaux "de référence", dans les grands groupes de presse dirigés de Zurich. On la trouve, surtout, chez les commentateurs, chez nombre de politiciens de la droite libérale (pas tous), chez nos atlantistes suisses, les mêmes qui applaudissaient au bombardement de Belgrade au printemps 1999, à l'invasion de l'Irak au printemps 2003. Les mêmes qui, pétris d'obédience à l'Oncle Sam, ont entraîné la Suisse économique, ces dernières décennies, dans une incroyable dépendance à l'économie américaine, on s'en rend compte avec les droits de douane. Ces gens-là ne servent pas la Suisse. Ils servent le colonialisme de la première puissance du monde.
J'invite tout observateur du réel à l'ascèse de lucidité. Décrypter les mots. Décoder les propagandes. Fuir toute meute de pensée, de gauche comme de droite. Se renseigner. Se cultiver. Étudier les langues, à commencer par celles de l'Orient compliqué. Garder l'esprit ouvert. Se méfier de la morale.
Dire les choses, simplement, au plus près de ce qu'elles sont. Avec les bons mots. Pas ceux des agresseurs. Ni des dominants. Ni des colons. Non, les mots de tous les jours, ceux qui touchent l'esprit et le coeur. Les mots qui sonnent juste.
Pascal Décaillet