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Liberté - Page 1159

  • Philippe Leuba: la tonalité d'un homme d'Etat

     

    Sur le vif - Mardi 16.07.13 - 20.30h

     

    Bonheur d'entendre tout à l'heure, à Forum, le conseiller d'Etat Philippe Leuba donner avec classe, précision et courage la réplique au député français Dupont-Aignan, qui a insulté notre pays en évoquant la possibilité qu'il soit un "État-voyou".



    Philippe Leuba. Un homme qui écoute, répond, affronte, défend ses valeurs, toujours courtois, jamais dans le dérapage. Un homme qui argumente, rappelle d'élémentaires principes comme la séparation des pouvoirs, ne s'immisce pas (contrairement à son adversaire) dans la vie intérieure française.



    En l'écoutant, je me suis posé une question: sur l'ensemble des conseillers d'Etat de nos six cantons de Suisse romande, sept si on compte la partie francophone bernoise, vous en connaissez beaucoup qui aient cette classe, cette combativité ?



    Allons, je dirais peut-être l'un ou l'autre radical genevois, un radical vaudois, assurément un socialiste vaudois, un PDC valaisan d'Orsières. Et d'autres, que j'oublie peut-être.


    Mais assurément, avec Philippe Leuba, nous avons la tonalité, la tenue de langage, la posture et la stature d'un homme d'Etat. La chose est assez rare pour être soulignée. Merci, Monsieur.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le Temps, mondialiste et déraciné

     

    Sur le vif - Mardi 16.07.13 - 15.48h

     

    Le Temps a-t-il reçu des lettres de mission ? S’est-il fixé à lui-même un quota hebdomadaire de personnalités françaises à qui donner la parole, pour qu’elles dégomment notre pays, lorsqu’elles ne l’insultent pas ? Est-il écrit, en codicille de cette même charte, qu’en contrepartie de ces voix hostiles, il ne faudrait surtout jamais laisser surgir une quelconque sève de colère du peuple suisse ? On savait déjà le Temps mondialiste et déraciné. On pourrait, aujourd’hui, aller plus loin, sur le ton de « Radio Paris ment » : le Temps serait-il un journal français ?

     

    Français, ou américain. Ou allemand. Ou européen. Bruxellois. Diplomatique. Volapük. Apatride. Le journal du petit monde international de Genève, avec plaques CD, parfaite distance, jamais d’émotion. Cocktails. Tout, sauf le moindre lien d’appartenance avec le terroir où le quotidien est imprimé. Vous pensez, venir de quelque part, l’afficher, c’est tellement vulgaire, ça souille le drink, ça fait plouc et re-plouc, à s’en boucher les naseaux.

     

    Dans la situation d’aujourd’hui, tendue, avec nos voisins français, on apprécierait de lire aussi, dans le Temps, la voix du peuple en colère. La petite voix des petites gens. Ceux qui n’ont peut-être pas grand-chose, voire plus rien, mais à qui reste ce trésor qui nous lie : la fierté nationale. Elle vient d’en bas, pas des élites. Elle est droite, lucide, farouche, intrépide. Je ne suis pas sûr qu’elle soit très sensible aux beaux parleurs.

     

    Mais non. Le Temps continue de nous aligner diplomates et ambassadeurs, présidents de commissions parlementaires du Palais-Bourbon, lorsque ce n’est pas le fiel insupportable d’un député, naguère candidat à la présidentielle. Tout cela, sans la moindre mise en contexte. Et avec un contrepoids d’opinions contraires qui frise l’insignifiance.

     

    A quel jeu joue ce journal ? Quelle posture lunaire tente-t-il d’emprunter ? A qui parle-t-il ? Au final, quel camp a-t-il choisi ?

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

  • La Suisse au milieu du village

     

    Sur le vif - Mardi 16.07.13 - 09.40h

     

    Magnifique Pierre Ronget ! Le Maire de Vernier, deuxième ville du canton de Genève, fera de la Suisse – oui, la Suisse – l’invitée d’honneur de sa commune le 1er août ! La démarche est insolite, audacieuse, profondément rafraîchissante, et surtout lourde de sens.

     

    Je connais Pierre Ronget depuis plus de trois décennies. Nous avons en commun, parmi beaucoup d'autres choses, l'amour de la langue et de la culture grecques. C’est un homme d’une vaste culture, notamment historique, ayant fait une remarquable carrière au Département de l’Instruction publique, trempé dans des valeurs spirituelles et artistiques, celle du chant par exemple : il dirige, depuis si longtemps, un chœur orthodoxe, dont il est archonte.

     

    Pierre Ronget voue à sa Ville de Vernier, à son Canton (il est député), à la Confédération un attachement viscéral, de l’amour même, un sens hors du commun du service public. Il aime son pays. Ce qui, jusqu'à nouvel ordre, ne relève pas encore du Code pénal.

     

    Et il ne manque pas d’humour ! Placer la Suisse comme invitée d’honneur d’une manifestation dont elle est en quelque sorte l’hôtesse naturelle, la démarche est non seulement drôle, provocante pour les bonnes âmes, mais surtout elle remet la Suisse au milieu du village.

     

    Car enfin, s’il faut « inviter la Suisse » le 1er août, c’est peut-être qu’on l’aurait un peu oubliée. Tout occupés à notre exaltation de l’altérité, nous aurions juste laissé de côté l’intérêt et la réflexion sur ce qui fonde notre identité commune : culture politique, fédéralisme, démocratie directe, attachement à notre indépendance, notamment. Ces valeurs-là, nous pourrions donc, le temps d’un jour de fête, les convier à revenir au cœur de nos préoccupations : la Suisse comme invitée d’honneur !

     

    Reste à savoir quelle Suisse. Chacun a la sienne, et vous savez que la mythologie de 1291 n’est pas trop la mienne, ma passion pour le dix-neuvième et le vingtième siècle ayant fait son œuvre. Mais peu importe, invitons la Suisse ! Invitons-la le 1er août, à Vernier, mais peut-être aussi les 364 autres jours de l’année. Renseignons-nous sur nos Histoires cantonales, et aussi sur notre Histoire fédérale depuis 1848. Dévorons, par exemple, les livres d’Olivier Meuwly sur l’Histoire de nos partis politiques depuis 150 ans. Baignons-nous dans l’Histoire économique, celle de nos industries, de notre savoir-faire. Immergeons-nous dans l’Histoire de notre presse, de nos idées, de nos bagarres aussi, dans les quatre langues.

     

    Oui, invitons la Suisse en nous. Après l’immonde slogan de l’expo universelle de Séville, 1992, « La Suisse n’existe pas », laissons doucement venir à nous, et monter dans nos consciences, l’identité si subtile et pleine de charme de ce petit pays fragile. Possible, pour beaucoup d’entre nous, et je m’inclus, que cette adhésion n’aille pas de soi : nous ne sommes ni des Lorrains arrachés à la terre en 1870, ni des Grecs ou des Serbes en état de résistance, ni même des Français avec leurs monuments aux morts. Je dis, moi, que l’attachement au pays, en Suisse, peut procéder, tout simplement, de la connaissance. Cela implique de se renseigner, ouvrir des livres, beaucoup, consacrer pas mal d’années au chemin d’apprentissage de ce pays complexe, mais passionnant.

     

    Cela exige, aussi, de replacer la Suisse au cœur de nos préoccupations. En cela, la démarche de Pierre Ronget fait preuve d’audace, de courage, de clairvoyance. Merci à lui de ce clin d’œil. Puissions-nous un jour ne plus avoir besoin d’inviter la Suisse. Parce que, simplement, elle serait déjà là.

     

     

    Pascal Décaillet