Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sur le vif - Page 814

  • Pour une démocratie directe inventive, créatrice et dérangeante

     

    Sur le vif - Dimanche 04.01.15 - 17.24h

     

    Mon vœu le plus cher, pour mon pays en 2015, est celui d’une démocratie directe vivante et inventive, qui continue de permettre au plus grand nombre (quatre millions de votants potentiels) de faire valoir ses vues. Par exemple, par le biais d’initiatives populaires. Non seulement ces dernières ne sont pas de trop, comme on essaye de nous le faire croire, mais elles donnent au corps électoral de l’ensemble des citoyens l’occasion de s’exprimer sur des sujets que les élus parlementaires ont négligés. Au final, le souverain tranche. Il dit oui ou non, oui au 9 février, non à Ecopop. Il arbitre plutôt sagement, je trouve, instinctivement garant de l’équilibre des décisions, sur le long terme. Ce suffrage universel vaut tous les corps intermédiaires, toutes les assemblées de notables, toutes les cléricatures d’intérêts, tous les lobbys de l’économie et de la finance.

     

    En 2015, je plaiderai encore et toujours pour un système où le suffrage universel prime sur les décisions parlementaires, par exemple par l’usage du référendum. Les élus, dans les Grands Conseils cantonaux ou aux Chambres fédérales, sont là pour faire des lois et contrôler les exécutifs (c’est déjà une vaste et noble tâche). Ils ne sont pas là pour s’approprier la parole politique, monopoliser un débat qui doit, tout au contraire, être celui de la totalité des citoyennes et citoyens de notre pays.

     

    L’initiative et le référendum ne sont pas absolument pas des corps étrangers à notre démocratie, des intrus, comme on tente de l’accréditer. Ils en font totalement partie. Ils sont dûment prévus et codifiés dans notre ordre constitutionnel. Ces droits extraordinaires, que tant de voisins nous envient (à commencer par nombre de nos amis français, fatigués de ce système où tout vient d’en haut), ne s’usent que si on ne s’en sert pas. Chaque fois qu’on en fait usage, au contraire, c’est la vitalité de notre pays qui en sort gagnante : nos quelque quatre millions de citoyennes et citoyens sont largement assez mûrs, assez adultes pour discerner le bon grain de l’ivraie. Pourquoi leur intelligence collective aurait-elle moins de bon sens, d’instinct de l’intérêt supérieur du pays, que celle de 246 élus fédéraux ?

     

    Les droits populaires, en Suisse, sont de plus en plus attaqués par la classe et la caste politique, le lobby des élus qui n’a jamais pu supporter cette concurrence du suffrage universel. Ils ont tort. Il s’agit pour le corps des citoyens de le leur signifier. En leur rappelant qu’ils ne sont là que pour deux choses (faire des lois, qui d’ailleurs peuvent être corrigées en référendum, et contrôler l’action du gouvernement). Qu’ils le fassent déjà, ce boulot, plutôt que de tournicoter entre eux dans un jeu de miroirs autiste et consanguin. Le leur signifier, aussi, en faisant vivre par l’exemple le droit d’initiative et de référendum : en Suisse, le débat politique appartient à tous les citoyens, il n’a pas à se laisser confisquer par les seuls parlementaires.

     

    J’invite mes concitoyens à la plus grande méfiance face au discours visant à discréditer notre démocratie directe. Partout en Europe, les peuples se réveillent. De France, d’Allemagne, on se prend à imaginer des systèmes qui, tout en respectant le génie propre à chacune de ces nations, permettent aux citoyens d’influencer davantage, d’en bas, la prise de décision politique. En France particulièrement, le corps des citoyens n’est convoqué aux urnes que pour élire, très rarement pour décider sur des sujets thématiques. Lorsque c’est le cas, le débat est dévié par un plébiscite, pour ou contre le président en place. Lorsque le peuple, comme en mai 2005, dit non au Traité européen, on lui dit qu’il n’a rien compris, mal voté, et on tarabiscote le système pour imposer autrement le Traité. Cela, les Français en ont assez. Le pouvoir citoyen, dans les années qui viennent, ils risquent d’être amenés à l’exiger plutôt durement : nous sommes peut-être à l’aube, dans ce pays, d’un bouleversement en profondeur – et dans la douleur – du système.

     

    Pour l’heure, nous Suisses, vivons notre démocratie. Jetons-nous dans le débat d’idées, n’en laissons en aucun cas le monopole aux élus, déposons des textes qui suscitent la discussion dans l’ensemble du pays. N’ayons pas peur de secouer une classe politique qui brille trop souvent par sa léthargie. Décidons des grands contours de notre destin à l’échelle de quatre millions. Laissons nos élus faire des lois, contrôler les gouvernements et les administrations. Mais le débat politique doit être le nôtre. Celui des plus de quatre millions de citoyennes et citoyens de cette magnifique démocratie. A tous, je souhaite une année politique vivante, inventive, surprenante et dérangeante.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le pitoyable "avertissement" à Rémy Pagani

     

    Sur le vif - Lundi 22.12.14 - 16.57h

     

    Attendre le 22 décembre, trois jours avant Noël, la trêve des vacances ayant déjà commencé, pour publier, comme en catimini, un petit chef d’œuvre de tartufferie où l’attaque politique se camoufle sous la terminologie des juristes de la Couronne. Tel est le procédé dont vient d’user, face à Rémy Pagani, le président du Conseil d’Etat François Longchamp. L’homme qui s’ennuie. L’homme qui trompe cet ennui par de petits procédés bien tatillons, un jour contre les Communes, le lendemain contre un adversaire politique de son parti en Ville de Genève. L’homme qui règne par l’administratif. Président pour cinq ans, mais secrétaire général à vie.

     

    Il faudrait faire lire à haute voix, par quelque héraut, dans les écoles, le communiqué présidentiel publié aujourd’hui à 14h, pour que puisse s’en dégager toute la puissance de vengeance du pouvoir face à un opposant, par la voie dite « administrative », lorsque politiquement on n’arrive plus à en faire façon. Comme dans l’affaire des Communes, cet automne, le président régit et régente, brandit le triangle parfait, définit le cadastre. Bref, il administre.

     

    Et il est malin, en plus. Il sait que toute la droite, nettement majoritaire dans ce canton, sera heureuse de voir M. Pagani, sa bête boire, sanctionnée. Le grand régisseur aura de son côté la raison administrative, celle du convenable, l’appui des moutons de son groupe parlementaire. Laissons-les, ces Bienheureux, s’auto-congratuler. N’attendons que ce jour de mai qui verra le second tour des élections municipales. Et nous verrons bien, ce jour-là, ce que pense le peuple souverain de M. Pagani.

     

    Pour ma part - mais je ne suis qu'un citoyen de la Ville parmi des milliers d'autres - je veux dire ici, bien que je ne partage pas ses options politiques, ma confiance dans le magistrat Pagani, et ma reconnaissance pour son engagement en faveur de la Cité.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le déplacement du curseur

     

    Sur le vif - Dimanche 21.12.14 - 16.55h

     

    La majorité de droite élargie (PLR, MCG, UDC) sur la question amirale du budget, mère de toutes les batailles, ne doit rien au hasard. Elle est, comme nous l’expliquions ici hier, le fruit d’une évolution parfaitement perceptible, depuis des années, des fronts politiques genevois. Elle était, depuis longtemps, prévisible. Encore faut-il, pour cela, que les observateurs de la vie politique s’affranchissent des apparences du moment pour se projeter dans la réalité à venir.

     

    Une telle posture exige une certaine puissance de solitude, une épaisseur du cuir. Entrer en matière sur la préférence cantonale, non pas aujourd’hui (tout le monde le fait), mais il y a cinq ou sept ans, lorsque les partisans de cette option étaient pestiférés. Voir venir le regroupement des forces de droite, ci-devant appelée « élargie », non seulement maintenant, alors que ces dernières viennent de s’imposer dans une bataille majeure, mais il y a cinq ans, six ans, sept ans, alors qu’on ne jurait que par l’axe du centre. Avertir de l’existence de maillons faibles (deux par législature en général) dans un collège, non lorsque cette faiblesse ministérielle commence à faire l’unanimité, mais en amont, alors que les intéressés sont populaires, sympathiques, immergent les réseaux sociaux de leur populisme facile. Bref, les meutes de la vingt-cinquième heure, c’est bien gentil, mais la solitude glacée de la première heure, c’est en général un peu plus risqué.

     

    Ce qui était prévisible, à Genève, c’est le déplacement du curseur. Cette nouvelle droite peut, si elle le veut, mener Genève dans les quatre ans de législature qui nous restent. Sans doute ne le fera-t-elle pas, d’ailleurs, ou juste ponctuellement, parce qu’elle est éminemment fragile, divisée à l’interne, et parce que nous sommes dans un système où nulle majorité stable ne tient. Mais enfin, tout de même, en laissant le PDC ruminer dans ses retranchements moralistes de sacristie, et en allant chercher ailleurs l’appui nécessaire pour donner à Genève un budget, le PLR a donné un signal relativement historique, depuis les années trente. C’est cela, au-delà des chiffres du budget, qui s’est produit vendredi, dans l’Histoire politique genevoise. De grâce, sachons la lire. La mettre en perspective historique. Insérer l’événement ponctuel dans sa ligne de continuité. Pour cela, il faut des observateurs et commentateurs capables de s’affranchir du pointillisme, appréhender un mouvement d’ensemble.

     

    Cette droite élargie est désormais investie d’une responsabilité. Si elle veut survivre à cette victoire ponctuelle sur le budget 2015, elle se doit d’établir, puis de présenter à l’opinion publique un minimum d’armature idéologique commune. Oui, disons un minimum. A cet égard, une remarque : nulle cimentation des droites genevoises ne pourra s’opérer sur la seule idée du profit financier, spéculatif, de la vassalité du politique face à l’univers bancaire, du culte de la réussite individuelle. Ce qui doit réunir les différentes familles de la droite genevoise, c’est l’idée républicaine. Cette dernière implique une attention majeure à l’édification collective d’une société qui n’oublierait personne, et où il y aurait d’autres valeurs  - tiens, par exemple l'école - que l’argent et l’insolence. Ce souci de solidarité et de redistribution, pourquoi faudrait-il en laisser le monopole à la gauche ?

     

    Si cette nouvelle majorité tient compte, dans les mois qui viennent, de cette impérieuse nécessité d’un langage républicain, avec vision d'Etat, elle pourra rendre à Genève de fiers services. Si, au contraire, elle se contente de monter des coups, une fois l’an, sur la question du budget, ou sur d’improbables affaires immobilières ou financières, elle se diluera dans l’insignifiance.

     

     Pascal Décaillet