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Sur le vif - Page 426

  • Têtes de bétail, têtes de pipe

     

    Sur le vif - Jeudi 14.05.20 - 10.15h

     

    Le démographe, ou l'épidémiologiste, nous parlent, à longueur de journées, de "population". Bevölkerung.

    Je n'ai jamais aimé ce mot, "population", qui ne considère dans les humains que leur amas de chair physique. On décompte, on recense les gens comme des troupeaux. Têtes de bétail, têtes de pipe. Les puissants cerveaux de la crise sanitaire, M. Koch à Berne, ou tel médecin cantonal, ne parlent de nous que comme composante anonyme d'une "population" humaine.

    En politique, je n'utilise jamais le mot "population". Il a en lui quelque chose de grégaire, de massif, d'indifférencié, qui résonne à mes oreilles comme une tourbe, toute en monceaux, où toute singularité serait malaxée.

    Lorsque je m'exprime sur la politique, je parle à des citoyennes et à des citoyens. Je parle au démos. C'est un peu élitaire, j'en conviens, par rapport à l'universelle glaise du mot "population", j'assume. Citoyen (c'est le seul titre dont je me revendique), je m'adresse à des hommes et des femmes partageant mes droits et mes devoirs, mon horizon d'attente, mes responsabilités. Des hommes et des femmes formant avec moi, quatre dimanches par an, le collège électoral de ma Commune, de mon Canton, de mon Pays.

    Je m'adresse à mes pairs. À des têtes pensantes. À des cœurs. À des êtres de sensibilité, de souffrances, de cicatrices et de mémoire.

    Je m'adresse à des sœurs humaines, et à des frères humains, avec lesquels j'ai en commun la passion de construire mon pays.

     

    Pascal Décaillet

  • Parlement, gouvernement : la barbichette intégale !

     

    Sur le vif - Mercredi 13.05.20 - 17.06h

     

    Le Parlement a été bien gentil, lors de la session qui vient de se dérouler, en adoubant bien benoîtement la gestion de crise du Conseil d'Etat. Et en écoutant bien sagement les magistrats défendre - certains avec arrogance - leurs décisions "irréprochables" de ces deux derniers mois.

    Quid de la dictature sanitaire qu'on a doucement, au nom du bien commun, laissé s'imposer à Genève ? Quid des directives du médecin cantonal ? Quid de la légitimité politique, derrière ces textes ? Quid de la double casquette, Police-Santé, de Mauro Poggia, concentrant sur ce dernier à peu près tous les pouvoirs de ce temps de crise ?

    Toutes ces questions, il appartenait au Parlement, enfin réuni à nouveau, de les poser. La mission de contrôle de l'exécutif est un DEVOIR du Grand Conseil, pas seulement un droit.

    Seulement voilà : l'extrême perversité de notre système politique, c'est la composition plurielle de l'exécutif, incluant dans le gouvernement presque toutes les forces du Parlement. A part deux : l'UDC et Ensemble à Gauche. Résultat : la BARBICHETTE intégrale ! J'épargne ton ministre, tu épargnes le mien, on boit un verre, on se tutoie, on se répartit postes et prébendes, et tout le monde est content.

    Longue vie à ce système ! La consanguinité y règne. Le Perchoir y ressemble à un arbitrage de confrérie. Longue vie aux petits copains.

     

    Pascal Décaillet

  • Celui qui repart au combat

     

    Sur le vif - Mardi 12.05.20 - 16.09h

     

    A qui je pense ? Je vais vous le dire !

    Je pense au patron de pizzeria, qui a mis des années à se faire une clientèle, et qui a réussi. Des clients fidèles, confiants, en nombre suffisant pour lui permettre de payer son loyer, son personnel, ses charges. Cela, dans une pizzeria comme ailleurs, ne vient jamais tout seul : cela nécessite des années de compétences, de sacrifices, de labeur. C'est cela, une entreprise, et pas la frime des start-ups, avec leur marketing.

    Ce patron de pizzeria, qui a commencé à bosser à seize ans, comme pizzaiolo, qui a pris un jour le risque de se lancer comme entrepreneur, qui a consacré toute sa vie à son boulot, on lui a intimé l'ordre, il y a deux mois, de tout arrêter.

    Depuis deux mois, il ronge son frein. Il hante sa pizzeria, le soir, pour quelques plats "à emporter". Il angoisse. Il attend.

    Depuis hier, il a repris. Avec son personnel, ou plutôt une partie d'entre eux. La reprise, c'est calme, très calme. Parce que beaucoup d'entre nous, pendant ces deux mois, ont pris des habitudes. On mange bien, très bien même, à la maison. On s'accommode fort bien du confinement, chez soi. On fait des économies ! On craint pour l'avenir, alors on n'a pas très envie de griller son fric au restaurant.

    Et lui, le patron de pizzeria, il est là. Pour un peu, comme en Italie, il ferait le rabatteur, sur le trottoir.

    Je pense à lui, très fort. Parce que le VRAI ENTREPRENEUR, c'est lui. Celui qui sait faire. Celui qui a pris des risques. Celui qui a tout donné. Celui qui a risqué de tout perdre. Celui qui repart au combat. Comme à seize ans. Comme au premier jour.

     

    Pascal Décaillet