Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sur le vif - Page 3

  • Jean Ziegler, salutaire emmerdeur

     
     
    Sur le vif - Mercredi 10.06.26 - 16.21h
     
     
    Je connaissais Jean Ziegler depuis à peu près un demi-siècle, je l'ai surtout fréquenté dès mon arrivée au Palais fédéral, il y a près de 36 ans, comme correspondant parlementaire pour la RSR. Il était conseiller national. Il était professeur à l'Uni. Il était auteur, essayiste. Il était détesté par la bourgeoisie. Et en général, quand un être est détesté, j'ai tendance à m'intéresser à lui.
     
    Il était, il a été toute sa vie, un être de chaleur et de lumière. Le réduire à ses seules idées, au demeurant très intéressantes mais légitimement disputées, voire combattues, est vaine entreprise. Jean Ziegler était un être humain, débordant de vie et de passion, au milieu d'autres humains. Il était un puissant compatriote, critique, comme doit l'être tout citoyen, nous sommes des êtres libres, pas des moutons. Et surtout, j'insiste sur ce point, il était un PATRIOTE. Dans la droite libérale, on lui a scandaleusement dénié cette dimension, comme si la patrie, cette universelle louve, romaine, maternelle, était l'apanage des seules convenances bourgeoises.
     
    Il était patriote, parce qu'il aimait la Suisse, et ceux qui continueront de dire le contraire, comme ils s'y emploient depuis six décennies, nous mentent. Il l'aimait comme une part de lui-même, de son enfance à Thoune, de ses passions critiques, et toute sa vie se sera jouée sur ce choc de paradoxes, entre dénonciation et admiration, rejet et adhésion, diagnostic cérébral et incroyables élans du coeur, sans doute ignorés du grand public. En cela, en cette dimension de totalité paradoxale, il m'a toujours rappelé l'autre grand contemporain du dernier demi-siècle suisse, l'autre salutaire emmerdeur, Franz Weber. Franz, celui qui se battait pour Delphes et pour Lavaux. Jean, celui qui croyait au ciel et aussi au Grand Soir.
     
    Je n'en dirai pas plus. Il était sacrément cinglé, quand même, parfois exaspérant, mais il aura été, sur son chemin de vie terrestre, un volcan de feu et de passion, un éclaireur, un remueur de secrets cryptés. Un emmerdeur, oui, Comme la Suisse en a tellement besoin.
     
    Deux choses, encore. D'abord, ce moment dingue, de temps suspendu, de souffles retenus, où, debout sur une terrasse du centre-ville, nous nous sommes, de mémoire, un verre à la main, lui et moi, l'un reprenant l'autre en le continuant, récité Hölderlin : "Wie wenn, am Feiertage...". Sa prosodie était parfaite. L'étincelle de passion, dans son regard, en déclinant la musique du plus grand poète allemand, intacte.
     
    Et puis, sans entrer dans le détail, ces quelques mots, dans des moment où peut-être, côté santé, je n'étais pas exactement au top, qu'il m'avait adressés. D'un être de vie à un autre être de vie.
     
    A sa famille, ses proches, ses amis, ma plus profonde sympathie.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Fermeture de l'A1 : la goutte d'eau de trop !

     
     
     
    Sur le vif - Vendredi 05.06.26 - 11.34h
     
     
    La fermeture, pendant trois jours, d'une AUTOROUTE SUISSE, sur un segment situé uniquement sur territoire suisse, où transite un axe international de première importance en Europe, sous prétexte de réunion à Évian d'un club autoproclamé dont la Suisse n'est même pas membre, est de nature à révulser les citoyens suisses. Ceux de Genève, ceux des 25 autres cantons.
     
    Les Suisses, mais aussi les Européens, les transporteurs allemands en route pour la Région Rhône-Alpes, les Italiens qui remontent vers le Nord. Vous imaginez tout ce beau monde, suivant des "itinéraires de déviation", entre Meyrin et Bardonnex ? Voire... tentant de se faufiler dans la ceinture urbaine ?
     
    Le responsable no 1 de ce pataquès annoncé est le Conseil fédéral. Dès le début, il aurait dû dire NON à la France. La Suisse n'est pas membre du G7. La réunion se déroule à Évian, en France, sur invitation de la France. La Suisse devait interdire aux délégations nécessitant des escortes policières d'atterrir à l'aéroport de Genève. Elle aurait dû dire à la France : "Vous accueillez votre petit monde à Lyon Satolas, puis vous assumez, VOUS, son transfert vers Évian".
     
    Dans toute cette affaire, on fait tout pour EMMERDER LES GENEVOIS, véritables dindons de la farce. Ils auront la manifestation. Ils auront les débordements. Ils auront les casseurs. Ils auront une semaine d'immobilité pour leurs propres déplacements en milieu urbain, et même périurbain. C'est une SALOPERIE de la pire espèce.
     
    Les gens au pouvoir, en Suisse, préfèrent l'horizontalité des sourires et des tutoiements avec Macron, surtout ne pas le froisser, aux INTÉRÊTS SUPÉRIEURS DU PEUPLE DE GENÈVE. Donc, d'une partie du peuple suisse ! Pire : en coupant l'autoroute A1, ils font payer la facture à des centaines de milliers de propriétaires de voitures, de camions de marchandises, empruntant cet axe capital dans le commerce européen.
     
    La vraie révolte qui couve, ça n'est pas chez les manifestants liturgiques du 14 juin. Non. Elle est dans la colère rentrée de la majorité silencieuse à Genève. Celle qui se lève le matin pour aller bosser, NE VA JAMAIS MANIFESTER, bosse à fond toute une vie, arrive à la retraite lessivée, engraisse démesurément l'Etat par ses impôts, entretient des assistés, ne touche jamais aucune subvention. Et, en plus, ne peut même plus circuler.
     
    La facture, la vraie, un jour, tombera. Elle viendra de ces gens-là. Au pouvoir aujourd'hui installé, rotant ses privilèges dans ses horizontalités tutoyantes, LE VRAI PEUPLE EN COLÈRE adressera, ce jour-là, toute l'immensité de sa révolte.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     
     
     

  • Pierre Hazan : une profonde et bouleversante recherche des origines

     
     
    Sur le vif - Lundi 01.06.26 - 15.57h
     
     
     
    "Les Juifs, les Arabes, ma famille et moi" : sur tant de livres que j'ai lus sur le Proche-Orient, sur l'Histoire égyptienne contemporaine, c'est assurément l'un des plus forts. L'un des mieux écrits. L'un des plus informatifs. Et, pour l'heure, le plus touchant : nos seulement l'auteur fait preuve d'une rare érudition politique sur deux siècles d'Histoire égyptienne (disons depuis 1798, l'Expédition d’Égypte, de Bonaparte), mais surtout il nous livre une passionnante recherche sur sa propre généalogie.
     
    Avec des portraits. Des tableaux. Des Rabbins. D'incroyables fragments de vie. Des identités mêlées, complexes. Des destins croisés. Des déchirements. Des exils. Une nostalgie créatrice non d'oubli, mais au contraire de lucidité. Par la qualité du travail historique. C'est un grand livre.
     
    L'auteur, c'est Pierre Hazan. Sa connaissance du sujet ne faisait certes aucun doute, mais ce qu'on découvre, c'est l'humanité bouleversante d'une recherche généalogique, du côté d'Alexandrie, où il est né en 1956, l'année du basculement pour les Juifs d’Égypte, l'année de l'expédition franco-britannique sur Suez, suite à la nationalisation du Canal, par Nasser. Naître Juif, en Égypte, en 56 ! Pierre et ses parents quitteront le pays, en 1960.
     
    On connaissait les travaux de Pierre Hazan sur la politique internationale, la justice internationale (où il est très pointu). Mais là, avec "Les Juifs, les Arabes, ma famille et moi", c'est une autre dimension. Celle de la recherche, patiente et complexe, de ses proches origines. Autour d'une question centrale, brûlante d'actualité tragique : ne pas opposer Juifs et Arabes. Restituer ces temps, pas si lointains, où il furent si intimement mêlés que, vu de l'extérieur, il arrivait de les confondre. Évoquer l'exil, tous les exils, ceux des Juifs (tiens, l’Égypte...), ceux des Palestiniens (la Nakba, en 1948), ceux des Juifs d'Afrique du Nord, dans les années de décolonisation (tant de Juifs, parmi les Pieds-Noirs, arrachés à l'Algérie, en 1962).
     
    L'exil, le déracinement, comme destins partagés, entre Juifs et Arabes. Pas de compétition victimaire, surtout pas. Mais un si long chemin commun, sur de mêmes terres. Chercher ce qui rassemble les humains : ce qui les sépare, on ne le connaît que trop.
     
    Ce livre de Pierre Hazan est l'un des mieux renseignés, l'un des plus précieux, l'un des plus humanistes consacrés à la question. Il faudra du temps, après le 7 octobre, après deux ans d'horreur à Gaza, pour laisser s'apaiser les cicatrices. Il faudra peut-être des générations. Il faudra que la justice passe. Il faudra travailler la mémoire. Ce livre rare s'y emploie.
     
    Pierre Hazan sera mon grand invité, en direct ce soir 19h, sur le plateau de GAC.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     
    *** Pierre Hazan, Les Juifs les Arabes, ma famille et moi, Éditions Textuel, 2026.