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Sur le vif - Page 3

  • Expulsion de locataires à la Jonction : arrogance et injustice

     
     
    Sur le vif - Lundi 19.01.26 - 16.30h
     
     
     
    Il y a des moments, dans la vie, où il faut être clair. L'expulsion massive de locataires, à la Jonction, est un PUR SCANDALE. Elle appelle à un débat (qui sera mené à GAC, mercredi 19h), mais aussi, plus profondément, à une réflexion sur la propriété immobilière à Genève, la toute-puissance des régies, les tonalités d'arrogance du puissant face au faible. Lorsqu'une situation devient insupportable, lorsque le mépris de la justice sociale, s'acharnant sur les plus précaires, s'affiche à un tel point, il faut réagir.
     
    Pour ma part, je souscris à chaque mot, chaque virgule, du communiqué du Parti du Travail, signé hier soir par Tobia Schnebli. Une fois de plus, ce parti s'occupe des vrais problèmes des gens, ce qui les touche au plus profond, au plus concret, dans la plus grande injustice. Honneur à lui.
     
    Oui, Genève doit entreprendre une immense réflexion sur la nature de la propriété foncière, notamment en Ville. Sur le rôle des Caisses de pension. Sur le manque de protection légale des plus faibles. Cela prendra de années, le droit du bail se joue à Berne. Mais nous devons cheminer, tous ensemble, nous la société, vers une protection beaucoup plus efficace des locataires, à commencer par les moins favorisés d'entre eux, face à des méthodes tout simplement inacceptables.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Iran : analyser, plutôt que moraliser

     
     
    Sur le vif - Dimanche 11.01.26 - 14.33h
     
     
     
    L'idéologie d'un régime est une chose. La continuité nationale en est une autre. Pour ma part, seule m'intéresse la seconde, dans l'analyse d'une situation historique.
     
    J'invite tous mes lecteurs à raisonner en termes de nations. La continuité des intérêts russes, avec ou sans Poutine. Celle des intérêts américains, avec ou sans Trump. Et, par exemple, celle des intérêts supérieurs de la Perse, puissance majeure, plusieurs fois millénaire, sur l'échiquier du Moyen-Orient.
     
    J'utilise à dessein le mot "Perse", pour souligner cette dimension de continuité. La Perse transhistorique, traversée, comme tous les pays, par une succession de régimes, de clans, de féodalités, de liens d'intérêts.
     
    J'ai suivi avec passion, en 1979, la Révolution iranienne. Le passage du régime du Shah, pro-américain et ouvert à l'Occident, à celui des Mollahs. Passage radical d'un extrême à un autre, d'une société à une autre, d'une vision du monde à une autre. Et pourtant, continuité nationale : on l'a vu, très vite, dans la guerre entre l'Iran et l'Irak. Côté iranien, on défendait certes un régime, tout jeune. Mais on a surtout défendu, devant l'Histoire, le territoire national. La Vieille Perse, contre son voisin arabe.
     
    Le Shah, les Mollahs : aucun de ces deux régimes ne doit nous inspirer la moindre sympathie. Mais là n'est pas le problème. Nos sentiments, en Europe occidentale, n'ont aucune espèce d'importance. Ce qui compte, c'est la lucidité dans l'analyse de la situation. L'Iran est complexe, traversé par mille courants, par une infinité de minorités, par des rivalités profondes au sein même de la cléricature au pouvoir depuis 47 ans. On ne juge pas un tel pays sur les seuls critères de nos valeurs, en "Occident". Le Shah bafouait les droits humains. Les Mollahs, encore plus.
     
    Il y a des gens, incroyablement courageux, qui se battent en Iran pour leur liberté. Des hommes, des femmes, qui risquent leur vie. Il y a mille raisons, sur place, de détester le régime en place depuis 1979.
     
    Pour autant, oser parler de retour du clan du Shah, 47 ans après, via son fils, marionnette de Washington, est une option totalement surréaliste pour toute personne de ma génération, qui avait vingt ans à la chute du Shah. Et qui avait, toute son adolescence, entendu parler de sa police secrète, et de ses méthodes.
     
    Soyons clairs : deux pays, les Etats-Unis et leur indéfectible allié au Proche-Orient, œuvrent, en ce moment même, non à "libérer la société iranienne", mais à construire un narratif, une création d'images et de discours, créant les conditions, non seulement de la chute du régime actuel (peu s'en plaindraient), mais avant tout de la réimplantation de LEURS INTÉRÊTS A EUX sur le théâtre d'opérations de la Vieille Perse. Intérêts stratégiques. Intérêts économiques. Intérêts financiers. Intérêts énergétiques.
     
    J'invite toute personne ambitionnant de tenir un discours sur l'Iran à prendre en compte le biais de propagande américaine dans les récits actuellement fournis sur ce pays. Washington, avec ses services secrets, en a largement les moyens. Son indéfectible allié au Proche-Orient, avec ses services à lui, parmi les plus redoutables du monde, les a aussi.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Journal de Genève : 200 ans aujourd'hui !

     
     
    Sur le vif - Lundi 05.01.26 - 15.48h
     
     
     
    A juste titre, Madeleine von Holzen, rédactrice-en-chef du Temps, et son équipe, nous rappellent que nous célébrons aujourd'hui le 200ème anniversaire de la naissance du Journal de Genève, 5 janvier 1826. Un an avant la mort de Beethoven !
     
    Je ne peux laisser passer cette date sans émotion. Le Journal de Genève fut pour moi le berceau de mon parcours en journalisme. Premières piges en 1976, grâce à Claude Monnier. Puis, quelques années plus tard, grâce à Jasmine Audemars, mon stage de journalisme, et mes premières années comme professionnel. Avant de me lancer, pour 17 ans, dans l'immense aventure de la RSR. Puis, pour 20 ans, dans celle, non moins impressionnante, de Léman Bleu.
     
    Févier 1998. Producteur du Journal de 12.30h, à la RSR, je vais assister, dans ce qui avait été ma première rédaction, rue du Général-Dufour, à la fabrication de la toute dernière édition du Journal, après 162 ans d'existence. Un micro sans fil. Un casque sans fil. Je mène, comme tant de fois, une émission spéciale en direct, debout et en mouvement (oui, en nous déplaçant dans les différents locaux du Journal : rédaction, mise, saisie, rotative, tout en parlant dans le micro, c'est ça la VRAIE RADIO VIVANTE !), avec une foule d'intervenants : journalistes, typographes, opérateurs de saisie, rotativistes, etc.
     
    Nous avions tous une boule dans la gorge. Eux, parce que c'était leur dernier journal. Moi, comme ancien, mais aussi comme lecteur infatigable, depuis le début de l'adolescence.
     
    Le Journal de Genève a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Et puis, bien sûr, la radio, où j'ai tenu un rôle évidemment plus important. Et puis, tout le reste, après.
     
    Jamais je n'oublierai les locaux vétustes de la rue du Général-Dufour. Dès 1976, pour mes piges du soir, on m'envoyait couvrir tout et rien, on me donnait un délai de reddition à minuit, parfois une heure du matin. Jamais je n'oublierai l'odeur des locaux, le parfum de papier frais, tout juste sorti de la rotative, les vieilles machines à écrire sur lesquelles je pondais mon texte, attentif à la seule heure de remise. Déjà, j'adorais ça : me battre contre la montre.
     
    Jamais je n'oublierai la fierté, pour moi, d'avoir fait mes premières armes dans ce Journal-là. Le meilleur de Suisse, avec la NZZ et la Gazette de Lausanne.
     
    Avoir travaillé pour ce quotidien-là est pour moi un honneur.
     
     
    Pascal Décaillet