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Sur le vif

  • Un "Léon" sort une Encyclique : bonheur !

     

     

    Sur le vif - Lundi 25.05.26 - 17.33h



    Aussitôt avais-je appris, avec un immense bonheur, le prénom du nouveau Pape, que j’écrivais, mais vraiment à la minute, ici même, mon enthousiasme et mon espoir. La référence, très claire, à Léon XIII (1878-1903), le « Pape des ouvriers », dont j’ai tant étudié l’œuvre sociale, me parlait au plus profond.

    Il y a exactement 135 ans, en 1891, en pleine Révolution industrielle, alors que des enfants travaillent dans les mines, et qu’à part dans l’Allemagne bismarckienne, quasiment nulle protection n’existe pour les travailleurs les plus précaires, Léon XIII publie Rerum Novarum.

    Un texte de lumière, sur les exigences sociales et spirituelles de la société industrielle. Une réponse chrétienne, non-marxiste (même si les points de jonction avec la pensée du génial philosophe rhénan sont innombrables), à la sauvagerie du capitalisme de profit, de spéculation, de cynique usure, sur l’individu, sa famille, son épanouissement.

    La lecture de ce texte, comme d’ailleurs celle de Marx, devrait être pratiquée dans toutes nos écoles. Léon XIII valorise le travail, à condition qu’il s’opère au service de l’humain, et non au service des spéculateurs financiers. Vu d’aujourd’hui, c’est d’une modernité fracassante.

    Rerum Novarum donnera naissance à un profond mouvement de réflexion, dans toute l’Europe, et aussi bien au-delà, au catholicisme social, et finalement à la démocratie chrétienne. Je pense au Sillon, de Marc Sangnier, ou même à la Revue Esprit, d’Emmanuel Mounier.

    Eh bien aujourd’hui, son lointain mais signifiant successeur, l’Américain Léon XIV, épris de pensée augustinienne, grand connaisseur des populations les plus fragiles d’Amérique latine, nous sort une Encyclique ! Elle s’appelle « Magnifica Humanitas », et s’occupe de l’intelligence artificielle. Comme Léon XIII en 1891, son homonyme plonge dans le concret, dans les entrailles du réel, dans le lien social entre les humains de la planète.

    Sans remettre en cause le progrès technique fulgurant qu’elle incarne, le Pape Léon veut l’encadrer, au service du développement humain. C’est du Rerum Novarum, à l’état pur ! Voilà un Pape qui tient les promesses de son prénom.

    Je me suis tu pendant toutes les années du Pape François, que je n’ai franchement pas compris, alors que la précision ciselée de son prédécesseur, le Pape Benoît, m’éblouissait. Avec Léon, depuis un an, je revis.

    Cette Encyclique, je ne l’ai pas encore lue. Inutile de dire que je vais me précipiter, et la décortiquer au millimètre. Je vous en proposerai, ici même, une analyse critique.

    Dans toute école de pensée liée aux conditions économiques et sociales du monde du travail, aux nouveaux outils, cherchons ce qui peut se mettre au service du développement et de l’épanouissement de l’être humain, sur la terre.

    Quelle cause, dans l’action et la réflexion publiques, serait-elle, au fond, plus enthousiasmante, plus vitale, que celle-là ? Si, du moins, nous voulons croire à la primauté des forces de l’esprit.



    Pascal Décaillet

  • Le chaos, c'est aujourd'hui !

     
     
    Sur le vif - Lundi 25.05.26 - 10.03h
     
     
     
    J’ai plusieurs fois relevé, ici même, la nullité de la campagne des opposants, dans l’affaire de la Suisse à dix millions.
     
    Soyons clairs. Je ne leur reproche absolument pas leur combat. Citoyen, je ne fais jamais grief à un autre citoyen de ses choix. L’enjeu du 14 juin est capital à mes yeux, la démographie est un sujet de tout premier plan, longtemps méprisé par nos élites, il est bien normal que le combat soit très dur, intense, éreintant pour tous.
     
    C’est justement cela, la suprême beauté de notre démocratie : elle nous engage tous. Elle mobilise nos énergies, nous motive. Nous, les citoyens, sommes l’arbitre suprême des grandes querelles, nos fraternelles engueulades sont sacrées, si elles sont de bonne foi et tournent autour du seul grand dessein qui compte à mes yeux : l’intérêt supérieur de la Suisse.
     
    Né en 1958, j’ai obtenu le droit de vote à vingt ans, et eu l’honneur, pour la toute première votation de ma vie, de dire un immense OUI, en septembre 78, à la création de la République et Canton du Jura. J’avais fait mon armée en 77, il y avait plein de Jurassiens (encore Bernois) dans ma compagnie, ils chantaient la Rauracienne dans les marches, j’étais saisi d’admiration pour le combat de ces compatriotes virevoltants, complètement allumés, pleins d’esprit et de vie. Pour moi, ils étaient l’âme vivante de la Suisse. De ma vie, depuis l’âge de vingt ans, JE N’AI JAMAIS MANQUÉ UN SEUL VOTE.
     
    Respect, donc, pour tous les choix. Mais ça ne m’empêche pas de dire que, dans l’affaire du 14 juin, la campagne des opposants est nulle. J’ai déjà souligné l’immense erreur consistant à qualifier les partisans plutôt qu’à traiter, en profondeur, l’objet même du vote. J’ai mentionné les millions délirants du grand patronat, le besoin de REVANCHE des GAGNANTS du 9 février 2014, l’alliance malsaine des ultra-libéraux avec une gauche candide, qui lâche nos travailleurs et chômeurs suisses, au profit de l’altérité. Tout cela, je l’ai dit.
     
    Mais je n’ai pas dit l’essentiel. Le voici : le thème de l’étouffement démographique, très vieille querelle, maintes fois soumis au souverain depuis 1891, toujours méprisé par la majorité bourgeoise, l’ordre libéral, le grand patronat, me semble aujourd’hui ARRIVÉ À MATURATION. Je sens que c’est peut-être bien son heure, cette fois. Comme une montée inéluctable, tellurique, surgie des profondeurs silencieuses de notre peuple. Une force tranquille.
     
    Immense erreur des opposants : s’être pris pour des malins en rebaptisant le texte « initiative pour le chaos ». La réplique est immédiate, atomique : LE CHAOS, C’EST AUJOURD’HUI ! Le chaos, c’est la submersion engendrée par un quart de siècle de libre circulation. Le chaos, c’est la souffrance des moins favorisés de ce pays. Le chaos, suite aux bilatérales, c’est la privatisation des bénéfices, par un grand patronat et des puissances financières avides, mondialistes, et la socialisation des pertes. Car ce sont les plus faibles qui trinquent ! Il y a là UN VRAI COMBAT DE CLASSE, et la gauche se range du côté des puissants ! Le chaos, c’est le pourrissement de nos systèmes routiers, ferroviaires. Le chaos, c’est un système de santé qui s’effondre, sous la masse. Le chaos, c’est le logement introuvable, dans une ville comme Genève.
     
    Voyez, je ne dis jamais « Le chaos, c’est vous ». Je n’attaque jamais mes concitoyens, je propose une vision, une analyse critique SUR LE FOND. C’est cela, notre démocratie suisse : on se bat férocement, mais pour des idées. Pas contre d’autres Suisses.
     
    Le 14 juin, le peuple et les cantons jugeront.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Solitude et précision

     
     
    Sur le vif - Dimanche 24.05.26 - 10.46j
     
     
    Le seul impératif, quand on analyse le réel, est celui de lucidité. On n’écrit pas pour plaire, ni pour flatter le courant dominant. Mais pour exprimer sa vision. En fonction, chacun de nous, de notre maîtrise du sujet, nos connaissances antérieures, notre passé, notre expérience. Notre rapport à la langue, aussi.
     
    On n’écrit pas pour défendre le Bien. Ni le Mal. Ni rien de moral, de convenable.
    Celui qui écrit ne doit rien s’interdire, s’il estime avoir une idée forte à exprimer. Il ne doit rien attendre en retour, ni louage, ni blâme. Certains apprécient, d’autres pas, c’est la vie.
     
    Celui qui écrit ne doit JAMAIS venir s’expliquer. Un texte efficace ne nécessite ni glose ultérieure, ni didascalie, ni apparat critique, ni paraphrase.
     
    Poser un texte critique, sur la politique, l’Histoire, la langue, la musique, c’est assumer la plus totale des solitudes. Écrire n’est pas un acte social, ni une main tendue. C’est préciser une vision. Situer une position. Un choix de mots. Une ponctuation. Des souffles. Des silences. Un rythme.
     
    Ensuite, ton texte vivra sans toi. Tu n’en es, au fond, que l’auteur.
     
     
    Pascal Décaillet