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Sur le vif

  • Pierre Hazan : une profonde et bouleversante recherche des origines

     
     
    Sur le vif - Lundi 01.06.26 - 15.57h
     
     
     
    "Les Juifs, les Arabes, ma famille et moi" : sur tant de livres que j'ai lus sur le Proche-Orient, sur l'Histoire égyptienne contemporaine, c'est assurément l'un des plus forts. L'un des mieux écrits. L'un des plus informatifs. Et, pour l'heure, le plus touchant : nos seulement l'auteur fait preuve d'une rare érudition politique sur deux siècles d'Histoire égyptienne (disons depuis 1798, l'Expédition d’Égypte, de Bonaparte), mais surtout il nous livre une passionnante recherche sur sa propre généalogie.
     
    Avec des portraits. Des tableaux. Des Rabbins. D'incroyables fragments de vie. Des identités mêlées, complexes. Des destins croisés. Des déchirements. Des exils. Une nostalgie créatrice non d'oubli, mais au contraire de lucidité. Par la qualité du travail historique. C'est un grand livre.
     
    L'auteur, c'est Pierre Hazan. Sa connaissance du sujet ne faisait certes aucun doute, mais ce qu'on découvre, c'est l'humanité bouleversante d'une recherche généalogique, du côté d'Alexandrie, où il est né en 1956, l'année du basculement pour les Juifs d’Égypte, l'année de l'expédition franco-britannique sur Suez, suite à la nationalisation du Canal, par Nasser. Naître Juif, en Égypte, en 56 ! Pierre et ses parents quitteront le pays, en 1960.
     
    On connaissait les travaux de Pierre Hazan sur la politique internationale, la justice internationale (où il est très pointu). Mais là, avec "Les Juifs, les Arabes, ma famille et moi", c'est une autre dimension. Celle de la recherche, patiente et complexe, de ses proches origines. Autour d'une question centrale, brûlante d'actualité tragique : ne pas opposer Juifs et Arabes. Restituer ces temps, pas si lointains, où il furent si intimement mêlés que, vu de l'extérieur, il arrivait de les confondre. Évoquer l'exil, tous les exils, ceux des Juifs (tiens, l’Égypte...), ceux des Palestiniens (la Nakba, en 1948), ceux des Juifs d'Afrique du Nord, dans les années de décolonisation (tant de Juifs, parmi les Pieds-Noirs, arrachés à l'Algérie, en 1962).
     
    L'exil, le déracinement, comme destins partagés, entre Juifs et Arabes. Pas de compétition victimaire, surtout pas. Mais un si long chemin commun, sur de mêmes terres. Chercher ce qui rassemble les humains : ce qui les sépare, on ne le connaît que trop.
     
    Ce livre de Pierre Hazan est l'un des mieux renseignés, l'un des plus précieux, l'un des plus humanistes consacrés à la question. Il faudra du temps, après le 7 octobre, après deux ans d'horreur à Gaza, pour laisser s'apaiser les cicatrices. Il faudra peut-être des générations. Il faudra que la justice passe. Il faudra travailler la mémoire. Ce livre rare s'y emploie.
     
    Pierre Hazan sera mon grand invité, en direct ce soir 19h, sur le plateau de GAC.
     
     
    Pascal Décaillet
     
     
    *** Pierre Hazan, Les Juifs les Arabes, ma famille et moi, Éditions Textuel, 2026.

  • Merles municipaux

     
     
    Sur le vif - Lundi 01.06.26 - 10.30h
     
     
    Il y avait le temps de vivre, le temps d’aimer, le temps des cerises, la Ville nous invente le Bureau du Temps.
     
    Un Bureau des Gais Rossignols, un Bureau des Merles Moqueurs ?
     
    Un bureau pour la vie, un bureau pour la mort, un bureau pour l’amour, la mémoire, la nostalgie, les regrets, les lecteurs de Proust ?
     
    Un Bureau pour Mozart, les Noces, les amoureux de la Comtesse ?
     
    Un Bureau pour la vie qui passe, la vie qui vole, la vie qui va ?
     
    Un Bureau pour ceux qui ne pourront jamais fermer leur douleur ?
     
    Un Bureau plein de gommes parfumées. Pour effacer le temps perdu.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Je connais un type formidable qui vote OUI !

     
     
    Sur le vif - Dimanche 31.05.26 - 14.19h
     
     
    J'en ai ma claque de lire partout : "Les entrepreneurs votent NON". Je connais un entrepreneur (parmi des dizaines de milliers) qui votera OUI. Dans six jours, son entreprise fêtera ses vingt ans. Fondée le 6 juin 2006, sans tapage, sans prendre un nom anglais, sans emprunter un seul centime. Sans faire le mariole dans les cocktails.
     
    Vingt ans de boulot intense, régulier, méticuleux, sans jamais négliger les questions d'intendance. Au contraire, plus il vieillit, plus il y prend goût.
     
    Vingt ans de confiance avec ses partenaires et amis. Vingt ans d'engagements respectés.
     
    Vingt ans de chiffres noirs. Vingt ans de prudence, peut-être exagérée, mais il déteste les flambeurs, la spéculation, les usuriers, le capitalisme de casino. Il tient cela de son père.
     
    Cet entrepreneur, je le connais très bien. Il n'est absolument pas xénophobe. Il est même passionné par les langues, les peuples, les musiques du monde. Il tient tout humain de la terre, sans exception, pour parfaitement égal à un autre. Il déteste l'arrogance des puissants.
     
    Il veut juste réguler les flux migratoires. Protéger la Suisse de la submersion, du pourrissement de nos infrastructures. Protéger le Plateau de l'étouffement. Rendre les logements accessibles et abordables pour nos enfants.
     
    Cet entrepreneur, je ne pense pas qu'il soit tout à fait le seul à percevoir le problème de cette manière.
     
     
    Pascal Décaillet