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Sur le vif

  • Solitude et précision

     
     
    Sur le vif - Dimanche 24.05.26 - 10.46j
     
     
    Le seul impératif, quand on analyse le réel, est celui de lucidité. On n’écrit pas pour plaire, ni pour flatter le courant dominant. Mais pour exprimer sa vision. En fonction, chacun de nous, de notre maîtrise du sujet, nos connaissances antérieures, notre passé, notre expérience. Notre rapport à la langue, aussi.
     
    On n’écrit pas pour défendre le Bien. Ni le Mal. Ni rien de moral, de convenable.
    Celui qui écrit ne doit rien s’interdire, s’il estime avoir une idée forte à exprimer. Il ne doit rien attendre en retour, ni louage, ni blâme. Certains apprécient, d’autres pas, c’est la vie.
     
    Celui qui écrit ne doit JAMAIS venir s’expliquer. Un texte efficace ne nécessite ni glose ultérieure, ni didascalie, ni apparat critique, ni paraphrase.
     
    Poser un texte critique, sur la politique, l’Histoire, la langue, la musique, c’est assumer la plus totale des solitudes. Écrire n’est pas un acte social, ni une main tendue. C’est préciser une vision. Situer une position. Un choix de mots. Une ponctuation. Des souffles. Des silences. Un rythme.
     
    Ensuite, ton texte vivra sans toi. Tu n’en es, au fond, que l’auteur.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Ceux qui parlent du pays, face aux colleurs d'étiquettes

     
     
    Sur le vif - Samedi 23.05.26 - 11.33h
     
     
    Dans une campagne de votation, il faut parler du fond des choses. Il faut le cibler. Le traiter à fond. Ne penser qu'à lui, et à l'intérêt supérieur du peuple suisse. Le reste est vain.
     
    Si le fond des choses est la démographie, alors il faut parler de la démographie, d'elle-seule, de son équation avec les intérêts supérieurs du peuple suisse.
     
    Dans l'affaire de la Suisse à dix millions, la campagne des opposants est lamentable. L'une des plus mauvaises de ces dernières décennies.
     
    J'ignore qui gagnera, le 14 juin, mais la coalition des puissants, cette somme des intérêts sectoriels, cette kermesse des féodalités financières, patronales, spéculatives, en alliance avec une gauche qui n'a rien compris et lâche les plus précaires de ce pays, restera dans les annales.
     
    Moi, je dis qu'il faut parler du pays. De son relief, si particulier. De ce Plateau suisse, coincé entre Jura et Alpes, tout sauf extensible à souhait. De l'insupportable mitage du territoire, si admirablement dénoncé par le grand Franz Weber, l'un de nos plus lumineux contemporains.
     
    Et puis, il faut dire les choses. Constater, telle qu'elle est, l'explosion démographique de notre pays, depuis les bilatérales. Prendre acte du vieillissement de nos infrastructures, routières, ferroviaires, qui n'arrivent pas à suivre. Considérer, telle qu'elle est, l'impossibilité, pour nos enfants, de trouver un logement en milieu urbain, l'exemple de Genève est criant.
     
    Cela, ce sont les faits. La situation dans laquelle l'immigration de masse nous a placés. Elle est évidemment liée aux Accords bilatéraux, à l'avidité d'un certain patronat à pratiquer la sous-enchère salariale, avec des immigrés. Des milliers de travailleurs suisses, de chômeurs suisses, en pâtissent.
     
    Au lieu d'entrer en matière sur le fond du problème, que font les opposants ? ILS QUALIFIENT LES PARTISANS ! La gauche, plus candide que jamais, jouet du grand patronat dans cette alliance surréaliste et malsaine, les traite de "xénophobes". Histoire de leur coller un sceau d'infamie.
     
    C'est un mensonge, éhonté : il ne s'agit en aucun cas de juger l'étranger en tant que tel, il s'agit juste de protéger de la submersion migratoire nos compatriotes suisses les moins favorisés. Ce sont eux qui trinquent, pas les gens aisés ! Et la gauche, dans ce combat, les lâche ! Il faudra s'en souvenir.
     
    D'un côté, ceux qui parlent de la démographie, de la capacité physique de la Suisse à être habitée, au-delà d'une certaine densité, bref ceux qui parlent du pays.
     
    De l'autre, ceux qui collent des étiquettes.
     
    Le 14 juin, les Suisses jugeront.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Madame Huguette

     
    Sur le vif - Vendredi 22.05.26 - 20.21h
     
     
    La mort d’Huguette Bouchardeau, très grande dame de l’Histoire des gauches françaises, candidate au premier tour de la présidentielle en 81, conscience sociale de premier plan, intelligente, sensible, humaine, méritait davantage que huit secondes au Journal de 20h. Je dis bien : huit.
     
    Sa candidature de 1981 fut le surgissement solaire d’une solitaire, dégagée des appareils, attachée à ses valeurs. À l’époque, j’étais pour François Mitterrand, mais le cheminement et le courage de cette candidate, sa lucidité sur les choses de la vie, le sort des humbles, la condition des femmes, m’avaient impressionné.
     
    Et puis, en 1981, je n’oubliais pas que ce discours inédit, mais tellement précieux, représentait un tout petit parti qui avait été celui de la plus grande figure politique française de l’après-guerre, après de Gaulle : Pierre Mendès France. Qui vivait encore, pour quelques mois.
     
    Il faut davantage d’humains comme Madame Bouchardeau.
     
     
    Pascal Décaillet