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Sur le vif

  • Céline, Lisa, je vous soutiens !

     
     
    Sur le vif - Lundi 02.11.26 - 14,14h
     
     
    Hier, j'ai défendu Céline Amaudruz, par quelques lignes qui semblent avoir quelque peu égayé la République. Aujourd'hui, je défends Lisa Mazzone.
     
    L'une et l'autre, je les ai vues naître à la politique. Je leur ai donné la parole dès leurs tout premiers pas.
     
    J'ai toujours défendu Céline Amaudruz, depuis les premiers jours de son parcours, son droit à faire de la politique. Et, aujourd'hui, après quinze ans à Berne, sa légitimité à se présenter au Conseil fédéral. Je suis d'accord avec elle sur la souveraineté, mais je suis protectionniste, et elle est libérale. Mais je la soutiens, parce qu'elle a le format.
     
    J'ai toujours défendu Lisa Mazzone, depuis le tout début de sa carrière, à Genève. Elle est à des années-lumière de mon positionnement politique (encore que je sois très attaché à la protection de l'environnement). Mais je défends totalement son droit à faire de la politique, vouloir reconquérir son siège à Berne, défendre ses idées. Cela s'appelle la démocratie.
     
    Céline Amaudruz, je la défends contre la gigantesque campagne de presse lancée de Zurich contre elle.
     
    Lisa Mazzone, je la défends contre les insupportables attaques sur sa personne. Il y a tout, dans cette opprobre goguenarde : un style corps de garde du pire goût, du machisme à l'ultime degré, en un mot une vulgarité indigne du débat politique suisse.
     
    Alors voilà, Céline Amaudruz est parfaitement légitimée à se présenter au Conseil fédéral. Lisa Mazzone, à tenter le National et les États. Soutenons-les, ou attaquons-les. Mais de grâce, sur des idées. Pas sur les personnes.
     
     
    Pascal Décaillet

  • L'Affaire

     
     
    OFFICIEL - 14.27h - Selon nos informations, Céline Amaudruz aurait tenté de subtiliser un carambar à l'âge de un an, à la caisse d'une épicerie de montagne. Sommes en possession de toutes les preuves. Avons, par langage des signes, le témoignage de la caissière, aujourd'hui hélas muette.
     
    Roger Koeppel, présent par hasard sur les lieux lors des événements, sortira onze pages dans la Weltwoche, avec tous les détails de l'affaire.
     
    Alain Bauer, de son côté, prépare une expertise criminologique, dont les résultats seront donnés en exclusivité chez Darius, lors d'une Soirée Spéciale. De nombreux Généraux témoigneront. La piste russe sera évoquée.
     

  • Au milieu des décombres, Bertolt Brecht

     
     
    Sur le vif - Dimanche 01.11.26 - 08.31h
     
     
     
    Il y a, jour pour jour, 77 ans, le 1er novembre 1949, dans la toute jeune DDR (elle vient d’être fondée, dans un Berlin en ruines), Bertolt Brecht, le plus grand dramaturge allemand, crée, avec son épouse Helene Weigel, le Berliner Ensemble. Et lance la plus extraordinaire aventure théâtrale de l’Histoire allemande.
     
    Berlin, 1949 : on ne peut même pas encore dire « Auferstanden auf Ruinen », comme le chante l’hymne national de la DDR. On est encore au milieu des décombres ! On n’a même pas fini de les déblayer. La reconstruction prendra encore de longues années.
     
    L’Allemagne semble avoir tout perdu, je dis bien « semble », c’est capital. Mais justement, l’Histoire allemande, depuis Martin Luther, l’autre génial inventeur de mots, avec Brecht, se doit absolument d’être décryptée sous le jeu des apparences. En palimpseste des « décombres ».
     
    Tout perdu. La guerre, perdue. Le pays, cendres et poudre. Les territoires allemands à l’Est, perdus. Des millions de réfugiés allemands qui déferlent sur une Mère blafarde (« Bleiche Mutter », sublime poème de Brecht, 1933) qui malgré son état les accueille. Quatre zones d’occupation. Et Berlin aussi, divisé en quatre !
     
    Brecht a passé les douze années de Troisième Reich en exil. De retour, il s’installe à Berlin-Est. Il croit au projet collectif de ce tout nouveau pays, à qui le régime communiste a été imposé par l’occupant soviétique.
     
    Oui, mais avec des communistes allemands. Rescapés de douze ans de prison ou de camps. Anciens compagnons, pour beaucoup, de Rosa Luxemburg et Carl Liebknecht. Vétérans des combats contre les Corps-francs, entre 1919 et 1924. Ce sont eux, grandis dans la langue allemande, la philosophie allemande, pétris de valeurs collectives prussiennes, qui lancent cet État neuf, qui durera quatre décennies.
     
    Le Berliner Ensemble, qui mérite plusieurs livres à lui-seul pour que sa fantastique aventure soit restituée, c’est la plus saisissante entreprise théâtrale, avec peut-être le Piccolo Teatro de Milan, dans l’Europe de l’après-guerre. Nourrie par des auteurs aussi majeurs que Brecht, puis Heiner Müller. Autour d’elle, la création, l’invention, l’imagination foisonnent.
     
    Alors, voilà. En ce 77ème anniversaire, je pense à Bertolt Brecht. Je pense à Heiner Mülller. Je pense à Christa Wolf. Je pense à Benno Besson. Je pense à André Steiger. Je pense à l’aventure de la DDR. Je pense, et je dis pour la millième fois, que cette Autre Allemagne n’était au fond rien « d’autre » que l’Allemagne elle-même, la Prusse, la Saxe, la Thuringe, le pays de Luther et de Kant, dans quatre décennies bien particulières de son destin.
     
    Ces quarante années me passionnent. Jamais, de toute ma vie, je ne renierai cette passion. Jusqu’à mon dernier souffle, je lutterai pour réhabiliter, non le régime bien sûr, mais la grande aventure que fut la DDR, constamment salie, à l’Ouest, par les Yankees et la propagande atlantiste.
     
    Lisez Brecht, mais lisez aussi Martin Luther : le 31 octobre 1517, il y a 509 ans et un jour, il placardait ses 95 thèses sur l’église de Wittenberg.
     
    Et c’était le début d’une autre aventure, immense : la Réforme.
     
     
    Pascal Décaillet