Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sur le vif

  • Journal de Genève : 200 ans aujourd'hui !

     
     
    Sur le vif - Lundi 05.01.26 - 15.48h
     
     
     
    A juste titre, Madeleine von Holzen, rédactrice-en-chef du Temps, et son équipe, nous rappellent que nous célébrons aujourd'hui le 200ème anniversaire de la naissance du Journal de Genève, 5 janvier 1826. Un an avant la mort de Beethoven !
     
    Je ne peux laisser passer cette date sans émotion. Le Journal de Genève fut pour moi le berceau de mon parcours en journalisme. Premières piges en 1976, grâce à Claude Monnier. Puis, quelques années plus tard, grâce à Jasmine Audemars, mon stage de journalisme, et mes premières années comme professionnel. Avant de me lancer, pour 17 ans, dans l'immense aventure de la RSR. Puis, pour 20 ans, dans celle, non moins impressionnante, de Léman Bleu.
     
    Févier 1998. Producteur du Journal de 12.30h, à la RSR, je vais assister, dans ce qui avait été ma première rédaction, rue du Général-Dufour, à la fabrication de la toute dernière édition du Journal, après 162 ans d'existence. Un micro sans fil. Un casque sans fil. Je mène, comme tant de fois, une émission spéciale en direct, debout et en mouvement (oui, en nous déplaçant dans les différents locaux du Journal : rédaction, mise, saisie, rotative, tout en parlant dans le micro, c'est ça la VRAIE RADIO VIVANTE !), avec une foule d'intervenants : journalistes, typographes, opérateurs de saisie, rotativistes, etc.
     
    Nous avions tous une boule dans la gorge. Eux, parce que c'était leur dernier journal. Moi, comme ancien, mais aussi comme lecteur infatigable, depuis le début de l'adolescence.
     
    Le Journal de Genève a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Et puis, bien sûr, la radio, où j'ai tenu un rôle évidemment plus important. Et puis, tout le reste, après.
     
    Jamais je n'oublierai les locaux vétustes de la rue du Général-Dufour. Dès 1976, pour mes piges du soir, on m'envoyait couvrir tout et rien, on me donnait un délai de reddition à minuit, parfois une heure du matin. Jamais je n'oublierai l'odeur des locaux, le parfum de papier frais, tout juste sorti de la rotative, les vieilles machines à écrire sur lesquelles je pondais mon texte, attentif à la seule heure de remise. Déjà, j'adorais ça : me battre contre la montre.
     
    Jamais je n'oublierai la fierté, pour moi, d'avoir fait mes premières armes dans ce Journal-là. Le meilleur de Suisse, avec la NZZ et la Gazette de Lausanne.
     
    Avoir travaillé pour ce quotidien-là est pour moi un honneur.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • La lucidité, SVP, pas la morale !

     
     
    Sur le vif - Lundi 05.01.26 - 13.43h
     
     
     
    Et ce brave M. Cassis, le même qui se taisait lors du massacre de Gaza, qui s'empresse de "bloquer les avoirs de Maduro" !
     
    Il ne s'agit pas de savoir si Maduro est sympathique ou non. Je ne doute pas qu'il y ait mille raisons de ne pas l'aimer du tout.
     
    Non. Il s'agit de mettre les adeptes du "droit international" (que, pour ma part, je n'invoque jamais) face à leur paradoxe. Ou bien ils veulent ce droit, et ils doivent condamner l'intervention Trump au Venezuela EXACTEMENT de la même manière qu'ils ont condamné la guerre de Poutine en Ukraine. Ou bien, ils n'invoquent pas ce droit. Alors, ils considèrent, avec Bismarck, le seul droit du plus fort.
     
    Le Venezuela serait, dès lors, dans la "zone d'influence" de Washington. Soit. Mais alors, le même partisan de l'analyse froide et cynique des rapports de forces doit peut-être se poser quelques questions sur la difficile relation séculaire entre Kiev et Moscou.
     
    Le même observateur cynique voudra bien, si ça ne le dérange pas trop, prendre en compte les vrais ressorts de la guerre, dès lors qu'une puissance impérialiste y est engagée (c'était déjà valable pour le conflit d'influences entre Sparte et Athènes, il y a 25 siècles, dans la Guerre du Péloponnèse), et ces ressorts, ce sont ceux de la domination économique. Les matières premières. Naguère, entre Sparte et Athènes, le minerai. Aujourd'hui, au Vénézuela, le pétrole (seule vraie cause de l'intervention Trump). Dans la partie orientale de l'Ukraine, le bassin minier du Donbass.
     
    Dire que Poutine, Trump, sont très méchants, ou que Maduro, Zelensky, sont très gentils, n'a strictement aucun intérêt. Les ressorts des impérialismes sont à décrypter en glaciale lucidité. A cet égard, le cynisme analytique, celui hérité, depuis 23 siècles, d'un Diogène de Sinope, celui aussi d'un Clausewitz ou d'un Bismarck, nous sera autrement plus utile que les mots tièdes de la morale et des bons sentiments.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Eux, c'est nous

     
     
    Sur le vif - Dimanche 04.01.26 - 16.57
     
     
     
    Juste vous dire, d'abord, que j'ai eu très peur, pendant quelque 90 minutes, le 1er janvier au matin, avant d'être enfin rassuré. A quelques amis, j'en ai raconté le détail.
     
    Oui, moi, j'ai été rassuré. Mais tous les autres, à qui je ne cesse de penser. A qui nous pensons tous. Leur histoire, si terrible pour eux, est aussi la nôtre.
     
    Rassuré, pour mon cas personnel. Mais en ce même moment, si précieux, en ce tournant je crois, j'ai immédiatement compris que je serais toujours, toute ma vie, en communion avec les autres. Ceux qui n'ont pas eu ma chance. Avec ceux de ce drame-là, qui est le leur. Mais qui est aussi le nôtre.
     
    Un drame national, c'est plus que des drapeaux en berne. C'est la certitude intérieure, chez chacun des survivants, donc chacun de nous tous, de prendre pour soi, même de façon apparemment dérisoire, une part de l'inimaginable souffrance de ceux qui ont perdu un enfant, un ami, un proche. En présence réelle ou à distance, visible ou invisible, cette communion est ce qui fonde notre humanité.
     
    Drame national. Il s'est produit chez nous, mais sa portée est de l'ordre de l'universalité humaine. Pour ma part, mais cela n'engage que moi, je crois à la communion des âmes, la communion dans la souffrance. J'ai senti cela très fort, il y a 21 ans, dans toute cette année 2005 où la santé m'a, disons, un peu fait défaut. Chimio. Rayons. Mais jamais solitude : communion invisible avec les autres personnes en souffrance, dans l'univers.
     
    Drame national. Il nous a tous touchés, au plus profond. Nous sommes tous en totale sympathie avec les familles. Ce drame est avant tout le leur. Mais il est aussi le nôtre. Pétris de la même glaise humaine.
     
    Drame national. Je me souviens de la soupe rouge que je mangeais, à midi, en ce jour de 1965 où mon père, ingénieur, ayant beaucoup travaillé sur des chantiers de montagne, ému comme jamais, est rentré du travail et nous a annoncé la tragédie de Mattmark.
     
    Mattmark. C'est à ça que j'ai pensé, le 1er janvier au matin.
     
    Drame national. Ce qui nous reste à vivre, pour nous en souvenir. Nul d'entre nous n'oubliera.
     
    Avoir de la mémoire, c'est être humain.
     
    Pascal Décaillet