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Sur le vif - Page 2

  • Ecône : pause fraîcheur, SVP!

     
     
     
    Sur le vif - Mercredi 01.07.26 - 15.56h
     
     
     
     
    Je ne porte strictement aucun jugement négatif sur le mouvement d'Ecône. Encore moins, sur les adhérents eux-mêmes, en tant que personnes humaines.
     
    Je ne porte d'ailleurs aucun jugement sur les adhésions spirituelles de quiconque, toutes religions confondues. Ou hors-religions, d'ailleurs. Ni sur l'absence d'adhésion. Ni sur la vie intérieure d'un autre humain, son rapport à la mort, à la transcendance. Je ne parle jamais des questions de foi, qui sont pourtant l'essentiel du christianisme. Sur l'essentiel, je ne me prononce jamais. C'est peut-être paradoxal, mais je l'assume.
     
    Je respecte les gens d'Ecône, tout comme les adeptes, en apparence diamétralement opposés, de la théologie de la libération. Ceux qu'on appelle "la droite" de l’Église, ceux qu'on appelle "sa gauche". J'ai dit maintes fois mon admiration pour Dom Helder, l'archevêque de Recife, au Brésil, son sourire, son courage, sa joie pastorale. J'admire des Papes conservateurs (Benoît XVI, pour sa lumineuse intelligence textuelle). Mais j'admire, tout autant, des Papes progressistes (Léon XIII, pour son Encyclique de 1891, Rerum Novarum). Les uns comme les autres me parlent, me nourrissent.
     
    Mais là, j'aimerais simplement demander à Ecône une pause fraîcheur.
     
    Je me suis tu pendant tout le règne du Pape François. Un chef de l’Église que je n'ai pas compris, tout en le respectant d'ailleurs, et en admirant sa fougue pastorale. Mais je ne l'ai pas compris. Alors que j'ai compris Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI.
     
    Ce silence, j'en suis sorti, vous le savez, à la minute même, l'an dernier, de l'annonce du nom choisi par le nouveau Pape : Léon XIV ! Vous connaissez ma passion pour son homonyme de 1878 à 1903, Léon XIII. J'ai déjà écrit sur ce réveil, en moi.
     
    Et c'est pour cela que je demande à Ecône une pause fraîcheur.
     
    Avec Léon, le nouveau Pape américain, la possibilité d'une page nouvelle s'offre à l'Assemblée, cette communauté invisible (j'y tiens), et possiblement universelle, qu'on appelle, pour faire court, l’Église. Léon XIV revivifie la Doctrine sociale de 1891. Lisez Magnifica Humanitas, vous y retrouverez, de façon saisissante, appliqué à notre époque, l'esprit de Rerum Novarum. Une Eglise pour tous, n'excluant personne, soucieuse des plus défavorisés, habitée par la nécessité de restaurer le lien entre les humains. En l'occurrence, par rapport à l'Intelligence Artificielle. Mais en réalité, en tous domaines.
     
    Je perçois Léon XIV comme ouvrant, pour l'Assemblée des fidèles, y compris à ses invisibles, ses muets, une perspective régénérante pour affronter les défis colossaux d'aujourd'hui. Bref, je perçois, dès la première minute, ce Pape comme une chance historique.
     
    Et c'est pour cela que je demande à Ecône une pause fraîcheur.
     
    L'Assemblée invisible des fidèles, l'Ecclesia, vient de traverser des décennies de crises, liées notamment aux scandales sexuels, absolument abominables, qui ont enfin été révélés. Elle a perdu en visibilité, en crédit. Alors, Ecône, pause fraîcheur, SVP.
     
    Pause fraîcheur, oui ! L'Assemblée, l'Ecclesia, a peut-être, me semble-t-il, d'autres urgences à régler que se payer un nouvel épisode de Schisme, avec psychodrames, excommunications, oui ce mot hallucinant, par le terrible frémissement d'anachronismes qu'il provoque dans nos consciences. On se croirait rejeté aux temps cathares, avec leurs bûchers, ou à l'époque de Philippe le Bel, Jacques de Molay, les Templiers. Alors, Ecône, pause fraîcheur, SVP.
     
    Nous sommes en 2026. Le monde, la planète, se portent mal. Nous, humains, devons impérieusement chercher ce qui nous rassemble, il y a tant de choses qui nous déchirent ! A mes yeux, Léon XIV, Magnifica Humanitas, placés dans la perspective de Léon XIII, Rerum Novarum, cette filiation en forme de résurgence, nous offrent une porte. Un passage. Une perspective. Alors, Ecône, pause fraîcheur, SVP.
     
    L'Assemblée, dans le miracle de son invisibilité, de son anonymat, de son universalité qui ne doit exclure strictement personne, je dis bien aucun humain, aucun maudit, aucun rejeté, aucun damné, cette communauté de vie et d'espérance me semble quand même, en juillet 2026, avoir autre chose à foutre que se payer la lamentable théâtralité d'un Schisme, d'excommunications. Alors, Ecône, pause fraîcheur, SVP.
     
    Pause fraîcheur. On respire. On sourit au monde. On accueille la vie, qui est sublime. On cherche des solutions pour vivre, tous, sur cette planète, cette Terre habitée. On ne vient pas rajouter de l'huile sur le feu, avec des nominations d'évêques qui seront, à tort ou à raison, perçues comme des provocations.
     
    Pause fraîcheur ! On vit, chacun s'il le veut, sa part d'appartenance invisible à l'Assemblée.
     
    Bref, on se comporte comme des adultes. Ceux qui crèvent de faim, les pestiférés, les pauvres parmi les pauvres, ceux qui se croient maudits, abandonnés, ont besoin de frères humains qui se comportent, avec eux, comme des adultes. Ils n'ont rien à faire d'une dramaturgie médiévale du Schisme. Et de l'excommunication.
     
    Pause fraîcheur !
     
     
    Pascal Décaillet

  • GAC perd un ami précieux

     
     
    Sur le vif - Dimanche 28.06.26 - 23.04h
     
     
    Avec stupeur, j’apprends à l’instant le décès d’un vieil et fidèle ami de GAC, depuis vingt ans qu’existe l’émission.
     
    Maurice-Ruben Hayoun, immense spécialiste de la pensée juive, mais aussi de ce monde arabe où il est né (Maroc, début des années 50), esprit universel, jeteur de ponts entre un Maimonide, de l’Andalousie des Lumières, et un Moses Mendelssohn (grand-père de Félix, émancipateur des Juifs de Prusse dans le 18ème siècle de l’Aufklärung), incroyable polyglotte, passant de l’arabe à l’hébreu, et surtout à l’allemand, qu’il possédait si bien, infatigable jeteur de ponts entre les cultures, vient de nous quitter.
     
    Maintes fois, il m’a fait l’honneur de venir à GAC. Toujours, cette douceur et cette intelligence. Toujours, ce souci de comprendre. Toujours, cette universalité dans l’ordre de la langue, qui était sa vraie patrie. Toujours, cette époustouflante connaissance de l’Orient compliqué. Dans mes bibliothèques, je dois bien avoir l’équivalent d’une ou deux étagères de ses ouvrages. Il aimait Léman Bleu. Il aimait GAC. Il aimait Genève.
     
    GAC, en vingt ans, c’est aussi ce réseau unique de fidèles, certains hérités de mes deux décennies de radio, voire, encore antérieurement, du Journal de Genève, auxquels nous lient estime, affection, respect mutuel, amitié. Maurice-Ruben Hayoun était de ce cercle, ce noyau dur. J’en suis ému et fier.
     
    Ce « cercle », oui, au sens où l’entend l’un de mes poètes préférés, l’Allemand Stefan George (1868-1933), constitue pour moi comme un compagnonnage. L’armature, ou plutôt l’armure invisible, spirituelle, de l’émission. Maurice-Ruben était l’un de nos anges gardiens.
     
    À sa famille, ses proches, toute ma vive sympathie. GAC perd un ami précieux. Le monde de la connaissance, un serviteur zélé et surdoué.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Fouquier-Tinville face à l'armée des ombres

     
     
    Sur le vif - Dimanche 28.06.26 - 17.09h
     
     
     
    Je l’ai déjà dit ici : en aucun cas, si j’étais Français, je ne voterais pour Mélenchon. Mais désolé, il est de loin le plus brillant. Sa culture, son sens de l’Histoire, ses dons éclatants de tribun, tout cela fait de lui une bête de campagne, et surtout une figure profondément française. Une figure nationale, et non un passant mondialiste. Un homme entier, insupportable mais surdoué, instinctif, joueur. Au premier tour, il fera un tabac. Ensuite……
     
    Pourquoi, dès lors, ne voterais-je pas pour lui ? Sur son programme souverainiste, son sens de la nation, son intransigeance républicaine, sa soif de justice sociale, son anti-atlantisme, son rejet de tout colonialisme, je peux le rejoindre un bon bout. Et son programme de nationalisations ne fait absolument pas peur au partisan de l’Etat que je suis : j’admire celles de 1944/45 (de Gaulle, avec les communistes), et même celles de 1981 (Mitterrand, avec les communistes).
     
    Mais le problème de Mélenchon, c’est….. Mélenchon lui-même ! Si la référence constante à la Révolution française ne me gène absolument pas en soi, bien au contraire, on y perçoit tout de même, chez notre homme, à cause des excès éruptifs de sa personne, davantage les charrettes chargées de condamnés en route pour la Place de Grève, et l’image de la lame ensanglantée, que l’affranchissement du régime féodal, ou la prodigieuse épopée des Soldats de l’An II.
     
    Cet homme étrange porte, dans le paroxysme de ses contradictions, les noces de l’intelligence et de la démesure, la puissance du verbe et la capacité, pourtant, de sa propre parole à se retourner contre lui. Son rapport délirant au pouvoir, aussi : il y a, en lui, un dictateur qui ne sommeille même pas, disons qu’il rêve à haute voix, et que certains des mots qui feignent de lui échapper, révélateurs de sa nature profonde, donnent des frissons.
     
    Par les temps qui courent, la France a besoin d’un rassembleur, d’un réconciliateur. Pas d’un forcené de la division. Ni d’un esthète de l’hyperbole. Elle a besoin d’un Henri de Navarre, franchissant le Pont-Neuf, en entrant enfin dans Paris le 22 mars 1594, pour apaiser, recoudre, refaire l’unité, après la sainte horreur des Guerres de Religion. Henri, oui, et en aucun cas un chef de clan.
     
    Face à lui ? Des bourgeois. Des installés. Des notables, en quête de retour. Des sociaux-démocrates illisibles. L’armée des ombres.
     
    J’ignore absolument ce que nous réservera le printemps 2027, mais ce diable d’homme, faute d’enivrer l’Histoire, fera parler de lui.
     
     
    Pascal Décaillet