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Sur le vif - Page 2

  • Nous sommes tous des Islandais

     
     
    Sur le vif - Dimanche 30.08.26 - 16.05h
     
     
    C'est un petit pays, fier et brave, perdu dans l'Atlantique Nord. Une terre de glaciers, de volcans, d'eaux vives, de pêcheurs. L'Histoire de l'Islande, son rapport au continent européen, sont évidemment à des milliers de lieues marines de celles de la Suisse. L'une est maritime, l'autre est au coeur du continent, elle est son château d'eau, elle en partage l'Histoire, les grandes crises, la Réforme, les Lumières, le Printemps des peuples de 1848.
     
    Pourtant, les points communs sont saisissants. La puissance des mythes et des légendes, dans les temps anciens, puis, dans les deux cas, une démocratie modèle, performante, respectueuse du peuple, depuis près de deux siècles.
     
    L'Islande est perdue dans l'Océan, lorgnée par l'arrogante Amérique de Trump, oubliée par les continentaux européens. La Suisse fait partie du coeur palpitant de l'Europe, elle est du même corps, du même sang. Mais dans les deux cas, un incroyable sentiment de fierté. Non d'être meilleurs, quelle prétention ! Mais, chacun de ces deux pays, simplement, d'être ce qu'il est. Avec une Histoire, un legs politique particulièrement positif, des institutions démocratiques qui pourraient faire rêver les arrogantes puissances du continent, tiens la France, par exemple.
     
    Alors, l'Islande, sans la moindre morgue, sans la moindre haine, a simplement, calmement, dit NON. Elle ne veut pas, pour l'heure, de négociations d'adhésion. Elle ne rejette personne, n'affirme aucune supériorité, elle dit juste NON.
     
    La Suisse n'est pas l'Islande, ses liens avec le continent dont d'une autre puissance. Mais elle a son Histoire, son parcours, ses institutions, sa démocratie directe exceptionnelle. Elle entend les conserver. Elle veut demeurer souveraine. Elle n'accepte pas de puissance tutélaire, ni de juges étrangers.
     
    La Suisse n'est pas l'Islande. Mais, en ce dimanche 30 août 2026, un nombre impressionnants de Suisses, peut-être une majorité, peuvent, par la puissance invisible d'un lien, celui des hommes et des femmes libres, se sentir profondément Islandais.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Les volets rouges, les volets bleus

     
     
    Sur le vif - Vendredi 28.08.26 - 17.17h
     
     
     
    Insupportables profs de droit. Ils nous disent « Ne touchons pas à la neutralité, car la neutralité EST ceci, EST cela ».
     
    Ils me font penser à un entrepreneur en gypserie-peinture à qui vous auriez demandé un devis pour repeindre en bleu tous les volets de votre maison. Et il vous dirait : « Désolé, on ne peut pas les repeindre en bleu, car ils sont rouges ».
     
    Vous, vous savez bien qu’ils sont rouges, c’est votre maison, vous y vivez. Simplement, vous voulez à présent des volets bleus.
     
    Dans notre démocratie directe suisse, il n’y a pas de profs de droit, pas de plombiers, pas de médecins. Il n’y a que des CITOYENS.
     
    La citoyenneté est indivisible. Elle ne se fractionne pas en fonction des statuts professionnels, ce serait un suffrage censitaire selon la charge occupée dans le corps social. Un retour à l’Ancien Régime, dans son pire visage : la Restauration. Les notables repus, dans leurs salons, ventripotents sous le gilet de luxe, avec d’interminables favoris, jusqu’au menton.
     
    Une initiative consiste à changer la Constitution fédérale. Acceptée par le peuple et les cantons, elle DOIT être mise en application. Et nul n’a à entraver ce processus. Ni les parlementaires. Ni surtout les profs de droit.
     
    S’ils participent au débat dans la campagne, ce dont nous avons tous le droit, cela doit être comme CITOYENS, à égalité absolue avec chaque membre du corps électoral constituant le suffrage universel. Mais pas comme profs de droit.
     
    Tout au plus, leur rôle de descripteurs du réel sera de dire à leurs étudiants : « Longtemps, les volets de cette maison ont été rouges. Maintenant, ils sont bleus ».
     
     
    Pascal Décaillet

  • Les extrêmes montent. Et alors ?

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.08.26

     

    Partout en Europe, les positions politiques radicales, à gauche comme à droite, progressent. France Insoumise et Rassemblement National en France. AfD et Die Linke en Allemagne. Dans beaucoup de pays qui nous entourent, si on fait la somme des adhérents à ces formations, elle dépasse ceux qui soutiennent les idées « modérées ». C’est un changement majeur dans les politiques européennes depuis 1945, façonnées sur des majorités de centre-droit (démocratie chrétienne italienne ou allemande), ou sociales-démocrates (travaillisme britannique, SPD allemand, avec les grandes figures de Willy Brandt et Helmut Schmidt, gauche modérée en Autriche, en Suède). Pour l’heure, les modérés s’en sortent dans les élections majoritaires, comme la présidentielle française : on laisse les sensibilités s’exprimer au premier tour, on décrète des « Fronts républicains » au second, en clair on passe les alliances les plus biscornues pour faire barrage à la « bête immonde ».

     

    Ce petit jeu, qui permet aux « partis traditionnels », entendez ceux qui, à gauche comme à droite, se partagent allègrement pouvoir et prébendes depuis la guerre, de survivre, est à bout de souffle. Il vit ses dernières années, peut-être ses derniers mois. De moins en moins de citoyens supportent cette mise à l’écart permanente de ceux qu’on appelle avec mépris « les extrêmes ». Cette étiquette, d’ailleurs ! Si facile, avec tout ce qu’elle comporte de rejet, d’ostracisme, Cyniquement instrumentalisée par les « modérés », pour s’agripper au pouvoir. Ainsi, oser prétendre que le RN, ou LFI, ou l’AfD seraient « extérieurs au champ républicain » ! Voilà des partis qui participent aux élections, font élire les leurs, nourrissent le débat d’idées, proposent des solutions, dans le cadre de la République, et lui-seul. Et ils ne seraient pas « républicains » ! Comme si l’idée républicaine n’était pas, justement, fondée sur des antagonismes idéologiques puissants, loyalement posés, face à un corps électoral mûr, adulte et vacciné, qui tranche !

     

    Au début de l’ascension de l’UDC, en Suisse, dans les années 1990, on a vu d’ineffables pétitions d’écrivains, d’intellectuels, de profs de droit moralisateurs, pour tenter d’exclure ce parti du champ du respectable. Peine perdue ! Plus nos belles âmes s’étranglent, plus l’UDC monte. Les citoyens ne sont pas dupes. Ils jugent sur pièce, sujet par sujet, et ne supportent pas qu’une clique vienne leur dire pour qui voter, ou ne pas voter. Et puis, quoi ! Ces modérés voudraient faire de la politique sans adversaires ? A l’instar de ces ahurissants « débats », menés par des cercles d’intellectuels, où l’on pérore de l’UDC sans l’UDC, du RN sans le RN, de LFI sans LFI ! Juste entre soi. Entre gens raisonnables, bien élevés. Derrière le dos des intéressés. Aveu de faiblesse, terrible. Chant du cygne. Si les citoyens de nos pays, à gauche comme à droite, se tournent de plus en plus vers les « extrêmes », c’est qu’ils ont des raisons. La première chose serait peut-être de les étudier, en profondeur.

     

    Pascal Décaillet