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Commentaires GHI - Page 134

  • Noël, Sappho, l'étoile du soir

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.12.20

     

    Noël approche. Nous sommes entrés dans le temps de l’Avent, qui est, pour les fidèles, celui d’une attente. La fin d’automne, le règne de la nuit, les brumes, la poisse épaisse, les rigueurs du froid. Ici et là, pourtant, quelques lumières. Noël n’est certainement pas la fête la plus importante du christianisme, en comparaison avec Pâques, mais elle est populaire, attachante, pour tant d’humains sur la terre, chrétiens ou non, croyants ou non. Elle nous annonce l’arrivée d’un enfant, c’est assez universel pour transcender tous les clivages, toutes les adhésions intellectuelles, métaphysiques, spirituelles. C’est une fête simple, imagée, son sens est immédiatement compréhensible par tous, nul besoin d’avoir étudié la théologie, ni l’Histoire des religions.

     

    Il y a des gens qui ne vont à la messe qu’une fois par an, celle de minuit. Il y en a aussi qui n’y vont jamais. Il y a ceux qui vont au culte, aux célébrations juives, musulmanes, et toutes les autres. Il y a ceux que l’idée même de religion repousse. Chacun est libre, chacun doit l’être. Et nul d’entre nous n’a à juger la foi, ni l’absence de foi, ni les doutes, ni les certitudes de son voisin. Pourtant, Noël nous rassemble. Il y a un très beau poème de Sappho, que j’avais étudié en grec à l’Université, avec André Hurst je crois, ou Olivier Reverdin, qui nous parle de l’étoile du soir qui tous nous ramène au foyer : la brebis, la chèvre, l’enfant vers sa mère. La grande poétesse de Mytilène, autour du septième, ou sixième siècle avant notre ère, en quelques mots d’un saisissante concision, nous raconte les retrouvailles de tout « ce qu’avait dispersé l’aurore brillante ». Ce poème m’a toujours bouleversé. Je me le récite, en grec, depuis quatre décennies.

     

    Je ne fais ici ni acte de foi, n’en étant pas capable, ni d’absence de foi. Je m’émerveille, comme des milliards d’humains, devant la résistance des petites lumières face à nuit, celle des sources de chaleur face au froid galactique, celle de l’énergie face à l’inertie. Je m’émerveille de la naissance d’un enfant, ce furent deux de mes plus éblouissants souvenirs. Je m’émerveille du chemin de vie, face au néant. Que dire de plus ? Si ce n’est songer à ces trois Rois, venus d’Orient, avec l’or, la myrrhe, l’encens. Qui étaient-ils ? Où allaient-ils ? Et celle étoile, qui les guidait ? Celle de Sappho, sept siècles plus tôt ?

     

    Noël est une fête ouverte. Elle n’appartient pas au seul domaine de la religion, mais à tous les humains. Elle nous annonce une naissance, et la promesse d’un salut. Elle nous réchauffe les cœurs. Elle nous figure un univers simple, austère, rural, en quête de vie et de chaleur. Elle nous fait danser des lumières dans la nuit glacée. Elle nous invite au chant. Elle nous dessine un sourire dans un décor de tristesse. Elle nous amène à nous rassembler, dans un monde où règnent solitude et dispersion. Elle nous propose une piste, comme l’étoile. Elle nous esquisse une issue. C’est une fête pour les humains, pour les mortels. Un acte de résistance, au cœur de la nuit.

     

    Pascal Décaillet

  • L'allume-cigare

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.12.20

     

    Tout le monde le sait, tout le monde le dit : le Conseil d’Etat, depuis les premiers jours de la crise sanitaire, ce printemps, a pris beaucoup trop de pouvoir à Genève. Directives, ukases, puissance d’une bureaucratie sanitaire à laquelle nul ne semble s’opposer, conférences de presse où le pouvoir exécutif, sans appel, a pris l’habitude de délivrer ses décisions, sans le moindre antagonisme en face, Parlement en veilleuse, opinion publique patiente ce printemps, beaucoup moins cet automne.

     

    Cette situation ne peut tout simplement plus durer. Regardez-les, ces conférences de presse, où des Conseillers – et Conseillères – d’Etat nous font la leçon, à nous le peuple souverain, nous parlent comme des régents, ou des maîtresses d’école, nous tapent sur les doigts, nous infantilisent. Et personne, en face, pour les contredire !

     

    Personne, et surtout pas le Parlement ! Il s’est refusé à lui-même les moyens de contrôle que certains de ses membres lui proposaient, notamment des Commissions d’enquête. Nos députés sont bien gentils, mais il faudrait peut-être leur offrir à chacun « L’Esprit des lois », de Montesquieu. Leur rappeler que les pouvoirs sont séparés. Que le contrôle de l’action du gouvernement constitue pour eux une mission obligatoire, au nom du peuple, et non une option, comme un allume-cigare dans une voiture neuve. Trop de députés, sur les cent du Parlement, semblent ignorer l’essence même, depuis la fin du dix-huitième siècle, de leur Chambre. A nous, le peuple souverain, de le leur rappeler. Avec une certaine férocité.

     

    Pascal Décaillet

  • Cyril Aellen : l'excellence dans la bataille

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.12.20

     

    Annoncée ce mardi 24 novembre, dans l’émission « Les Yeux dans les Yeux », la candidature du PLR Cyril Aellen au Conseil d’Etat marque un tournant dans la bataille électorale du 7 mars. L’arrivée d’un candidat calme et puissant, pétri de qualités, courageux dans le combat, respectueux de l’adversaire. J’ignore absolument s’il sera élu, si la droite conservera son siège, comment la campagne va se passer. Mais une chose est sûre : qu’on aime ou non Cyril Aellen, qu’on partage ou non ses convictions politiques, voilà un poids-lourd dans la bataille. Sa campagne sera passionnante. Périlleuse, aussi : elle devra faire la part des choses entre un enracinement très fort dans le terreau du libéralisme politique, et la nécessité de convaincre au-delà de cette seule famille. L’homme est-il capable de concessions ? Doit-il seulement en faire ? L’excès d’habileté, en politique, dès qu’il devient visible, se retourne comme un boomerang contre son auteur.

     

    Pour ma part, je ne suis pas libéral, vous le savez bien pour me lire depuis bientôt dix ans dans ce journal. Je viens d’ailleurs. D’une autre droite, à la fois plus nationale et plus sociale, plus soucieuse de cohésion. Et le discours dogmatiquement libéral, depuis trente ans, centré sur les seules vertus du marché, oubliant l’Etat, la nation, les frontières, m’exaspère. Et certains représentants du libéralisme économique à Berne me font penser à des commis-voyageurs de la grande finance. Pourtant, et il y a là comme un miracle, le libéralisme d’un Cyril Aellen m’inspire un immense respect. Il respire une certaine austérité, une passion pour le travail et pour l’entreprise, un sens aigu, saisissant même, de la responsabilité individuelle. J’en ai maintes fois discuté, pendant des heures, avec le principal intéressé, il m’a si souvent convaincu. Ce libéralisme-là, illuminé par le devoir plutôt que par la jouissance, a quelque chose d’un livre ouvert dans l’immensité d’un temple, il nous confronte à notre mission d’hommes et de femmes sur cette terre, c’est quand même autre chose que signer aveuglément, à Berne, les Accords de libre-échange et les lois de dérégulation.

     

    Cyril Aellen aura face à lui d’autres candidats, de qualité. A l’interne du PLR, il devra convaincre face à Gilles Rufenacht, homme de valeur et de compétence, pour l’investiture. Chez les Verts, quatre militantes briguent la candidature, elles ont beaucoup à apporter à notre dialogue politique. Et puis, ne l’oublions pas, un certain Pierre Maudet se représente : il regorge d’ennemis, mais tout autant d’amis, qui lui sont restés fidèles dans la tempête, c’est tout à leur honneur. Rien de plus infect que la trahison, mortifère, méprisable, vêtue de pestilence. La campagne de Cyril Aellen sera difficile, semée de pièges. Cet avocat de 49 ans, brillant député, père de famille, qui fut le dernier président du Parti libéral genevois, prend le risque politique de sa vie. Rien que pour ce courage, il mérite respect et admiration.

     

    Pascal Décaillet