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Liberté - Page 1536

  • Anja Wyden : un excellent choix pour Genève

     

    A 30 ans, elle était déjà directrice adjointe de l’action sociale, à Genève. A 34, directrice du même service, sous François Longchamp. Et, on vient de l’apprendre, elle sera la vingtième chancelière de la République et Canton de Genève, la succession de Robert Hensler, le Jason de la politique genevoise, chevelu comme mille comètes.

    A coup sûr, ce choix du nouveau Conseil d’Etat est le bon. Valaisanne, ayant grand à Brigue, attirée très tôt par le social, formée à Sion, à Tübingen et à l’Université de Genève, en sciences politiques, Anja Wyden, 36 ans seulement aujourd'hui,  est passée par le SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie), mais aussi par le privé. Grande travailleuse, avec vision d’ensemble, elle incarne le service de l’Etat, dans le sens le plus fort de ce terme : non celui de grands airs qu’on prendrait, mais simplement celui de la compétence. L’atout majeur du service public ne devrait-il pas, dans l’idéal, au-delà des grands discours, être celui-là ?

    Pour assumer un rôle transversal, organique mais aussi psychologique, entre les sept membres du collège, il fallait une personnalité à la fois pointue et ductile, excellente sur le fond. C’était le cas avec Robert Hensler. Cela le sera, aussi, avec Anja Wyden.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Maison commune

     

    Tribune de Genève - Lundi 23.11.09

     

    Dans l’affaire des minarets, les Eglises de Suisse ont eu mille fois raison d’intervenir, et d’appeler au rejet d’une initiative qui sape la paix confessionnelle dans notre pays. Car la question n’est pas christianisme contre Islam, ni judaïsme contre Islam, ni christianisme contre judaïsme. La question, la seule qui vaille, est la qualité du vivre ensemble entre tous, sous un même toit.

    Ce toit commun a un nom : il s’appelle la République. La chose de tous, celle qui intègre croyants et athées, hommes et femmes, nomades et sédentaires dans une même aventure collective. Catholique, je dis et répète depuis des années que la seule voie possible est celle de la laïcité. Le grand Léon XIII, en appelant les catholiques de France au Ralliement républicain, ne disait, au fond, pas autre chose, même si les lois Combes et Waldeck-Rousseau n’étaient pas encore votées.

    Dans leurs déclarations, les Eglises de Suisse ont montré que la nécessité de dialogue transversal, entre elles, mais aussi avec les athées, primait sur la notion débile de « guerre des civilisations » lancée par George W. Bush. Bien sûr, l’Islam de Suisse doit s’astreindre à des règles. Comme les catholiques, juifs ou protestants. Comme n’importe qui. En République, il y a certes des sensibilités. Elles sont les bienvenues. Mais, devant la loi, il n’y a que des citoyens.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

  • JFK : deux fois 46 ans

     

    Nous sommes le 22 novembre 2009. Il y a 46 ans, John Fitzgerald Kennedy tombait, quelque part à Dallas, sous les balles d’un tueur. Il avait lui-même 46 ans. De sa naissance à sa mort, de sa mort à aujourd’hui, la distance est égale. Amoureux fou des chiffres, je me laisse troubler par cette équidistance.

    La nouvelle de l’assassinat de Kennedy est mon plus vieux souvenir politique. J’ai cinq ans et demi. Je reviens de l’école, enfin de la maternelle. Cuisine. Vieille radio, très grande, dans un coin de la salle à manger. Et ma mère qui pleure. « Kennedy a été assassiné ». Je ne sais ni qui est cet homme, ni surtout ce qu’est un assassinat. Le cortège de Dallas, Jacky qui fuit sur le capot arrière, tout cela, nous ne l’avons vu que plus tard. Pour l’heure (c’était midi), il n’y avait que la résonance de ces dix syllabes : « Kennedy a été assassiné ». Nous étions en 1963. Un an avant, l’Algérie était encore française.

    Ensuite, il y a eu Johnson, les années Vietnam (que Kennedy avait d’ailleurs initiées), la contestation. Et nos premiers jeux d’enfants, dans d’improbables chantiers, consistaient à nous répartir les rôles : « Toi tu fais Kennedy, moi je fais l’assassin ». Pour Jacky, il n’y avait personne : la notion de « fille » était pour nous aussi étrangère que celle de l’eau vive au plus profond du désert. Nous n’étions ni heureux, ni malheureux. Nous vivions nos vies. Mais une chose est sûre : pour beaucoup d’entre nous, ces dix syllabes auront sonné comme la fin de l’insouciance. Non pas celle de l’enfance (encore que…), mais à coup sûr celle de l’âge d’or.

     

    Pascal Décaillet