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Sur le vif - Page 793

  • Communes 2020 : la proportionnelle s'impose

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    Sur le vif - Jeudi 14.05.15 - 17.27h

     

    Pour 2015, c’est joué, on n’y revient pas. Nos 45 communes ont leurs autorités pour soixante mois. Cinq ans. Je n’ai pas voulu, en pleine campagne, lancer une réflexion sur le mode de scrutin : on ne met pas en question les règles pendant le jeu. Mais maintenant, chacun d’entre nous est libre, chaque citoyen, de tirer les leçons de ce qu’il a vu pendant cette campagne électorale, et d’imaginer, à haute voix, des réformes. J’en préconise, très clairement, une : élire les magistrats communaux à la proportionnelle, en un tour. Cette élection pourrait avoir lieu en même temps que celle des délibératifs, il y aurait donc un seul tour, en tout. Je parle ici de 2020 : nous avons donc largement le temps d’y réfléchir.

     

    Pour être franc, je n’ai pas exactement compris pourquoi il fallait deux tours pour élire les exécutifs des communes. Pourquoi le peuple ne désignerait-il pas, de façon simple, claire, à la proportionnelle, en un seul tour, les membres des Mairies ? Pour la Ville de Genève, les cinq premiers siégeraient. Pour les autres communes, les trois premiers. Punkt. Schluss.

     

    Car enfin, le système actuel, majoritaire à deux tours, est tout de même singulier. On vote une première fois, avec un trio gagnant (ou, en Ville de Genève, un quintet). Et puis, on vous dit que c’est pour beurre, ça ne compte pas, c’était juste un galop d’essai. Alors, on remet tout à zéro, et on recommence. Et entre les deux tours, ce moment où le citoyen commence à en avoir marre parce que ça devient trop long, c’est l’âge d’or des cuisines politiques, l’Eden des états-majors, le grand moment des arrière-boutiques, le paradis des maquignons. Qui, derrière votre dos, entre eux, souvent au détriment du sens, concoctent ce qu’on appelle pudiquement des « alliances ».

     

    Il existe certes des alliances « naturelles », encore que je méfie du concept de nature en politique. Mais il en est d’autres, on l’a bien vu, et on en a assez parlé, totalement biscornues. On les justifie comme on peut, camouflant le plus souvent sous le paravent de la morale ce qui n’est, en réalité, que manœuvres tactiques pour faire passer les siens. Cela, tout le monde le sait, le voit, nul n’en est dupe.

     

    Et voyez-vous, tout cela me rappelle la chimie. Il existe des métaux plus ductiles que d’autres. Plus aptes à s’allier. Il en va de même pour les partis. Et on ne cesse de nous chanter les louanges de cette aptitude à l’alliance, comme si elle était un but en soi, une vertu cardinale de la politique. Je ne partage absolument pas ce point de vue, et vous le savez pour me lire depuis longtemps. Pour moi, ce qui compte, ce sont les valeurs intrinsèques d’un parti. Et non sa capacité à s’en aller, à la première occasion, conter fleurette à un autre. Parce que cette fleurette, ou ce flirt, ou cette idylle, nul n’en est dupe : elle n’est là que pour un temps bien plus ténu, encore, que dans la chanson de Michel Delpech. Elle n’est là que pour assouvir le cynisme des ambitions. Au détriment du sens. De la fierté. De la verticalité. Je n’aime pas ces manières. Ni dans les partis, ni chez les gens.

     

    A cet égard, une réflexion sur l’introduction de la proportionnelle dans l’élection des exécutifs communaux me semblerait une piste intellectuellement intéressante. Même si je peux déjà vous dire comment les choses vont se passer : les partis marginalisés, ce printemps, par le système, iront peut-être dans mon sens. L’alliance des autres les combattra. Et au final, rien ne changera. La ductilité l’aura emporté sur la force intrinsèque : c’est une loi de la politique chez nous. Eh bien, comme dirait Garcin à la fin d’une célèbre pièce de Sartre, continuons. La pièce s’appelle « Huis clos ». On y demeure délicieusement entre soi. Pour l’éternité.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Les Artificiers du Matin Calme

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    Sur le vif - Mercredi 13.05.15 - 17.33h

     

    Exécuté au canon anti-aérien. Le Matin Calme, réveillé en trombe par un tir de DCA, dirigé contre le ministre de la Défense, lui-même. La méthode est raffinée, elle réhabilite avec une rare délicatesse l’usage d’une arme dont on parle un peu moins, en Europe, depuis la signature de la capitulation par les Allemands, le 8 mai 1945. Mais jusqu’à cette date, dans le ciel de Berlin, elle faisait, comment dire, fureur.

     

    Exécuté à la DCA, pour avoir juste un peu somnolé pendant un défilé militaire. C’est un peu rude, évidemment, surtout quand on pense qu’un Moritz Leuenberger, par exemple, a roupillé quinze au Conseil fédéral, continue dans d’augustes conseils d’administration, et que nul ne songe à lui en chercher la moindre noise. Le Soir de sa carrière, tout comme le Zénith, aura été tout aussi calme que le Matin des lointaines Corées.

     

    Et puis, pensez-vous, s’il fallait passer à l’arme lourde tous les responsables, en Suisse, qui, peu ou prou, somnolent dans leurs fonctions… Ou se contentent juste de gérer. Ou d’administrer. Ou de cadastrer. Ou de distribuer des prébendes culturelles aux oboles tendues des associations, chaque décembre, entre Saint-Nicolas et Noël. Vous imaginez : le ciel de notre pays ne serait plus qu’un feu croisé de missiles. Ce serait tous les jours le 1er Août. Ou pire : les Fêtes de Genève. Mais je vous laisse. Mes paupières, rien que d’imaginer la scène, se font pesantes. Et demain, j'aimerais conserver quelque légèreté. Pour l'Ascension.

     

    Pascal Décaillet

     

  • LRTV : Mme Savary insulte le privé

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    Sur le vif - Samedi 09.05.15 - 16.58h

     

    J’adore l’Italie. Je crois que c’est mon pays préféré. Celui de Toscanini et de Pasolini. Mais il y a une chose que je n’ai jamais supporté, depuis un sacré moment, c’est le niveau des télévisions privées, à la Berlusconi. A longueur d’antenne, des jeux débiles sous forme de shows, avec un bateleur et des filles en maillot de bain. Momifiées dans leur maquillage. Cela, non pas une heure par jour, mais des heures, en continu.

     

    Je déteste. Lorsqu’on dispose d’un espace public (une longueur d’onde TV, ou une concession), lorsqu’on a cette chance immense, on offre aux gens autre chose que cela. On leur parle de politique, de culture, d’économie, de livres, de sport, et de plein d’autres choses, bien sûr aussi de loisirs, mais toujours dans l’idée de leur proposer  du contenu. Ils aimeront ou non, certains vous apprécieront, d’autres vous rejetteront, c’est normal, c’est la vie. Mais au moins, on prend le risque du sens. Le modèle audiovisuel Berlusconi, c’est le vide sidéral. Juste faire du fric. Caser des programmes, avec des jeux, des grandes roues, des sourires et des maquillages de façade, entre deux tranches publicitaires.

     

    Donc, si on me parle d’une « télé à la Berlusconi », pour moi, c’est une insulte. C’est hélas ce qu’a fait hier soir, à Forum (RTS), la conseillère aux Etats vaudoise Géraldine Savary, dans un débat qui l’opposait à Claude-Alain Voiblet sur la LRTV (votation fédérale du 14 juin prochain). Le problème n’est pas ici de savoir ce qu’il faut voter dans ce scrutin, mais de décrypter l’usage d’un mot sciemment jeté dans l’espace sonore, dans le flux d’un débat. Ce que nous proposent les adversaires de la LRTV, affirme Mme Savary, c’est « une télévision à la Berlusconi, avec un transfert de toutes les activités commerciales vers les télévisions privées, et un affaiblissement total du service public ». Cette référence à Berlusconi nous a été servie deux fois, dans un débat de sept minutes et demie : Mme Savary, femmes de lettres, qui connaît le poids des mots, avait dûment prémédité son effet. Elle savait que ce nom propre, tellement parlant, serait la partie la plus captatrice de son discours, dans les oreilles du public. Et ça a d’ailleurs parfaitement marché, puisque j’écris ce billet.

     

    Ce qui ne va pas, ce qui doit être dénoncé avec la dernière énergie, c’est de tenter d’instiller dans l’esprit du public l’équation « TV privées (en Suisse) = TV Berlusconi ». Ca ne va pas, pour la simple raison que c’est totalement faux. Prenez Canal 9, La Télé, Léman Bleu : ces chaînes produisent, aujourd’hui déjà, davantage d’émissions de « service public », au prorata de leurs puissances de frappe régionales, et avec des moyens financiers dérisoires, que la SSR. Ces chaînes collent, jour après jour, avec de toutes petites équipes qui se donnent sans compter, à l’actualité politique, économique, sociale, culturelle, sportive de leurs zones de diffusions respectives. Elles se concentrent, elles, sur l’information, dans toute sa diversité, le débat. Elles donnent la parole aux artistes, tous domaines confondus. On aime ou non, chacun est libre de son jugement, mais de grâce qu’on ne vienne pas nous brandir cette équation scandaleuse entre TV privées suisses et système médiatique Berlusconi.

     

    Madame Savary, je vous en veux. Parce que vous êtes une femme intelligente, vous connaissez les mots, leur pouvoir, leur force de frappe sur l’imaginaire. Ce mot-là, vous nous l’avez sorti à dessein. Vous savez parfaitement à quel point il est mensonger. Le système Berlusconi, ce sont des médias uniquement tournés sur le fric et la pub, ils gomment le sens, insultent le public. Les médias privés en Suisse, en partenariat avec des microentreprises (je sais de quoi je parle) qui se donnent sans compter au service du sens, du reflet de la vie d’une région, n’ont strictement rien à voir avec les miroirs à pognon du Cavaliere. Vous le savez très bien, et c’est pour cela que je vous en veux.

     

    Pascal Décaillet