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  • La victoire livide de l'UMP

     

    Sur le vif - Lundi 31.03.14 - 09.57h

     

    Les Municipales françaises sont toujours remportées - mode de scrutin oblige - par l'une des deux grandes forces de la bipolarité de la Cinquième République. Habituellement, la force d'opposition nationale triomphe, ce vote local étant opéré comme une sanction pour le gouvernement.

     

    Donc, hier, l'UMP, favorisée par la machine électorale et l'ancrage ancestral de ses caciques locaux, a gagné. Mais ce parti aurait grandement tort de triompher. Le parti qui monte, en France, surtout dans la bataille interne à la droite, c'est le FN. Totalement défavorisé par le mode de scrutin, ce parti montrera dans deux mois, aux élections européennes, son véritable poids dans la vie politique française.

     

    Ce soir-là, il est possible que l'UMP se montre un peu moins souriante, et surtout moins arrogante, sur les écrans. D'ailleurs hier soir déjà, le très orléaniste président par défaut de ce parti apparaissait déjà comme défait et livide, les traits tendus. Sans doute parce qu'il est largement assez intelligent pour entrevoir l'aspect superficiel de cet amoncellement de victoires de féodaux locaux. Comme un paravent à la décomposition nationale, idéologique et morale de son association de notables qui n'a plus rien, mais vraiment plus rien, et depuis longtemps, du souffle gaulliste des grands rassemblements populaires que nous avons connus. Ces messes républicaines, sublimes, étaient d'une puissante essence bonapartiste. L'UMP d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec cela.

     

    Le souffle du peuple, celui de la colère comme celui de la joie, est passé ailleurs. Nous le verrons dès le mois de mai. Avec les premières cerises.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Constantin le Républicain

     

    Sur le vif - Samedi 29.03.14 - 18.57h

     

    Enfin, Constantin Franziskakis s’exprime. Enfin, son ministre de tutelle lui en a donné le droit. J’eusse aimé que ce fût chez moi, c’est dans la Tribune de Genève, tant mieux pour ce journal. Et tant mieux surtout pour les lecteurs : on y découvre, avec des réponses solides, sobres et factuelles, le travail au jour le jour d’un très grand serviteur de l’Etat.

     

    En lisant les propos du directeur de Champ-Dollon, j’ai été saisi d’émotion. A travers lui, j’ai senti s’exprimer la République elle-même. J’ai pensé à ces figures de marbre sur les monuments aux morts, ces incarnations de ce qui nous rassemble : la loi, parfois dure, mais en même temps l’humanité, de respect de tous. Y compris de ceux qui, pour une raison ou une autre, se retrouvent en prison.

     

    Dans notre société, il y a ceux qui prennent des positions verbales, le monde politique en fait partie, et bien sûr moi aussi, enfin nous tous, en très grande majorité. Et il y a ceux, tout au bout de la chaîne, qui doivent appliquer les décisions voulues par le peuple ou ses représentants. Eux ne sont pas des parleurs. Ils sont là, face au réel, face au marbre dur de la vie, avec des décisions à prendre, des situations incroyablement difficiles à gérer. Constantin Franziskakis est de ceux-là. Par la modération de son propos, le réalisme dans lequel il inscrit sa mission, l’humanisme qui l’habite, ce grand commis, dans la TG, nous donne aujourd’hui une leçon.

     

    Il y a des discours qui semblent écrits sur du vent, pour reprendre le titre de l’un des plus beaux films de Douglas Sirk, et d’autres, infiniment plus rares, qui respirent la clarté du front. Le même cinéaste, dont j’ai découvert il y a trente ans l’œuvre complète grâce à Rui Nogueira, avait aussi réalisé « Le temps d’aimer, le temps de mourir », d’après « A l’ouest, rien de nouveau », le chef d’œuvre d’Erich Maria Remarque. Le front, le vrai, dans son horreur. En lisant Franziskakis, j’ai pensé à ce livre, à ce roman.

     

    Mais l’image la plus forte qui m’a traversé demeure celle de la République elle-même. Face à la constante mise en danger de l’état de droit, le directeur de Champ-Dollon en incarne la clarté, la géométrique rigueur, les valeurs d’humanité. Il incarne la loi, le nomos, la règle, contre la jungle. Tout comme une infirmière, dans un sous-sol d’hôpital. Tout comme nos policiers, nos agents de détention, nos enseignants, nos assistants sociaux.

     

    Un homme peut se féliciter de cette interview. Le ministre de tutelle. Pour lui aussi, la République, ça veut dire quelque chose. Pour lui, comme pour sa famille politique, qui s’est construite sur des valeurs d’Etat, des valeurs régaliennes. Je dis que le ministre, et nous tous avec lui, peut être très fier du directeur de la prison. Dans l’improbable obscurité de la chienlit, quelques étincelles de lumière. Merci, Monsieur Franziskakis.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le CEVA et les Maîtres-Enchanteurs

     

    Sur le vif - Jeudi 27.03.14 - 17.35h

     

    Du percement du tunnel de la Furka, qui coûta très cher au conseiller fédéral Roger Bonvin, aux énormes déconvenues sur le chantier du Gothard, comme la fameuse faille de la Piora, composée de roche très friable, surprises géologiques, risques de surcoûts, retards dans les travaux font partie du lot de toutes les grandes aventures où le génie civil se met en action dans les entrailles de la nature. Mon père était ingénieur, il a percé beaucoup de tunnels, je l’ai maintes fois accompagné sur les chantiers les samedis après-midi (nous avions l’école jusqu’à midi), je voyais bien que les responsables d’un gros-œuvre étaient toujours habités par la peur de l’inconnu. A cet égard, la nature géologique de la Falaise de Champel  fait partie des risques du métier. Nul ne saurait reprocher à l’homme la texture trop sablonneuse, ou limoneuse, d’une structure à percer. La pire, me disait-on toujours dans mon enfance, parce qu’elle fait exploser les coûts à cause des armatures supplémentaires. Et il faut bien tenir l’axe.

     

    Mais dans l’affaire du CEVA, la question n’est pas là. Encore qu’on puisse se demander – on le doit, même – si tous les forages géologiques ont bien été opérés, systématiquement et là où il le fallait, avant d’engager des coûts sur un devis. Car nous ne sommes pas dans le percement d’une galerie privée, mais dans un immense chantier d’Etat, sur la réussite duquel la majorité de la classe politique, en 2009, s’est engagée la main sur le cœur. Je vois encore les efforts démultipliés du député radical Gabriel Barrillier, véritable commis-voyageur du chantier, pour nous persuader que tout allait bien se passer. Comme je l’écrivais dans l’Hebdo le 26 novembre 2009, trois jours avant la votation, les partisans nous plaçaient dans un acte de foi obligatoire, sans nulle contestation possible, face à ce qui serait chantier du siècle, scrutin amiral, mère de toutes les batailles.

     

    Aujourd’hui, la réalité nous est avouée. Près de deux ans de retard dans les travaux ! Et pour quel surcoût ? Résultat de quelle impéritie de la part des maitres-enchanteurs qui, pour mieux asseoir la très improbable majorité électorale de l’automne 2009, et du coup pour mieux enrayer la progression (déjà impressionnante) d’un parti d’opposants appelé MCG, nous ont fait tant miroiter, poussant à l’envi la chansonnette du bonheur par le Grand Genève, et la caducité de toute frontière. Tout cela, pour des intérêts économiques. Il faudra un jour écrire l’Histoire du rôle joué par les milieux patronaux  – les mêmes qui stipendient en période électorale les partis de l’Entente – avec la puissance de leurs relais politiques, dans l’affaire du CEVA.

     

    Là sont les vrais enjeux. Ils sont économiques, financiers, politiques, bien avant que d’être géologiques. Hier à la RSR, le nouveau ministre, Luc Barthassat, a dit sa « déception » face à ce monumental retard. Sa sincérité n’est pas en doute, mais le mot est trop faible. Un ministre n’a pas à être déçu. Il n’est pas un spectateur de son propre règne, mais doit en être l’acteur. Celui qui pèse sur le destin.

     

    Quant aux responsabilités, elles doivent être élucidées. Et les vrais responsables, trouvés, sans que soit mis en œuvre le détestable jeu des fusibles. A cet égard la demande d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP) n’apparaît de loin pas comme superflue. Bien entendue, elle sera refusée. Par la même majorité qui avait si habilement organisé sa survie, en automne 2009, en nous brandissant ces lendemains si providentiels. Des lendemains qui chantaient. En attendant de voir passer le train.

     

    Pascal Décaillet