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Liberté

  • Léon, Donald, la dignité humaine

     
     
    Sur le vif - Samedi 18.04.26 - 14.37h
     
     
    Un Pape qui s'oppose frontalement à l'homme le plus puissant du monde. Encore heureux ! Vous voudriez quoi ? Qu'il lui lèche les bottes ?
     
    Allons, soyons sérieux : l'essence même du christianisme, c'est de se poser face à toute arrogance, toute démesure, émanant d'un personnage de pouvoir. D'où qu'il vienne. Quel qu'il soit.
     
    Il ne s'agit pas de contester l'ordre temporel. Mais ses abus, dans l'arbitraire, l'amas des richesses, le mépris des pauvres et des faibles, le non-respect de la vie humaine.
     
    Quelques minutes après l'annonce de l'élection de Léon XIV, il y a un an, j'ai expliqué, ici même, à quel point me réjouissait le choix du prénom. Et la référence, sans la moindre ambiguïté, au Pape que j'ai étudié au plus près : Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci), au pouvoir de 1878 à 1903, le Pape des ouvriers, l'auteur de l'Encyclique "Rerum Novarum" en 1891.
     
    Il faut lire et relire Rerum Novarum. Il n'y a pas seulement, dans ce texte de lumière, la défense des ouvriers, à une époque où des enfants travaillent encore dans les mines. Il y a aussi la grande idée que le travail est une noble chose, à condition qu'il serve à épanouir l'humain, la famille, la cohésion sociale d'une communauté de vie. Et non à asservir.
     
    A proscrire, donc, toute idée de domination de l'économie par la finance spéculative, toute idée d'enrichissement sur le dos de l'autre, toute idée de concentration de pouvoir financier aux mains de quelques-uns. Le grand philosophe rhénan, né à Trêves en 1818 et mort à Londres en 1883, ne disait, au fond, avec d'autres mots, surgis d'autres sources, pas autre chose. Je vous le dis tout net : il faut lire Léon XIII, ET il faut IMPÉRATIVEMENT lire Karl Marx. Et il faut les comparer, ces deux-là.
     
    Alors oui, Léon XIV s'oppose à Trump. Et alors ? Il ne combat pas le Président américain en tant que tel. Non, il en dénonce l'autoritarisme, l'égo ubuesque, l'action militaire en Iran, l'alliance avec Israël pour écraser les peuples de Palestine et du Liban. C'est précis, ciblé, sans haine. Le Pape fait juste son boulot. Je serais bien le dernier à le lui reprocher.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Grasset : la tragi-comédie des postures

     
     
    Sur le vif - Vendredi 17.04.26 - 17.54h
     
     
     
    Je suis le premier à fuir les galaxies bolloréennes. Mais désolé, ce cirque "d'écrivains", ces postures "d'auteurs", ces pétitions, il y a, dans ce ballet des égos, comme un éblouissant miroir des dérisions humaines.
     
    Par exemple, cette tradition, si germanopratine, des signatures. Comme si le paraphe d'un "écrivain", ou d'un "auteur", valait davantage que celui d'un luthier, ou d'un plombier, ou d'un bûcheron. Cet art, si parisien, de se prendre pour Voltaire face au Régent, face aux lettres de cachet, face à la possibilité frémissante d'une Bastille, il y a là toute la vanité d'une posture.
     
    Sont-ils tous "écrivains", ceux qui s'en réclament ? Combien d'entre eux, une fois pesés leur écriture, leur style, leur labour dans l'ordre des mots, ne relèvent-ils pas davantage de la posture, celle des salons, que de l'accomplissement du verbe, dans l'aride solitude du pupitre ?
     
    Il faudra quand même, un jour, faire la part de ce "statut d'écrivain", si souvent autoproclamé, dans le biotope si faunesque de la Rive Gauche parisienne. Je ne soutiens pas M. Bolloré. Je crois très volontiers que l'éditeur congédié était, à en juger par l'affection et le respect que tous lui témoignent, un homme de très grande valeur.
     
    Tout cela, oui. Mais cette tragi-comédie des postures. Du Proche-Orient à l'Ukraine, du Soudan aux délocalisations, des usines qui ferment, et licencient par charrettes, au chômage des jeunes, et à la solitude de tant de nos aînés, je me dis qu'il existe, peut-être, des causes plus revigorantes à empoigner.
     
    J'ajoute une chose : il m'arrive parfois, moi aussi, de lire un livre.
     
     
    Pascal Décaillet

  • On ne censure pas la souffrance des peuples

     
     
    Sur le vif - Jeudi 16.04.26 - 10.34h
     
     
     
    Voilà 78 ans, depuis la Nakba, la "grande catastrophe" qui les a chassés de leur terre, que les Palestiniens rêvent d'avoir, eux aussi, un Etat.
     
    J'étais à Jérusalem, en ce jour de mai 1998 qui fêtait les 50 ans de l'Etat d'Israël. Nous étions en reportage pour la RSR. Nous avons, comme toujours, donné la parole à tous, aux Israéliens comme aux Palestiniens. Nos émissions, nous les avons d'ailleurs faites à Jérusalem-Est, annexée comme on sait après la Guerre des Six Jours de juin 1967. Nous sommes allés au Mur. Nous sommes allés au Saint Sépulcre. Nous avons vu l'Esplanade.
     
    Je me réjouissais pour Israël, qui fêtait le premier demi-siècle de cet Etat tant voulu, après l'horreur absolue de la Shoah. Mais tout autant, j'étais en sympathie totale avec les Palestiniens, épars, morcelés, sans Etat, sans dignité. Et encore, c'était en 1998 : on sentait encore les Accords d'Oslo, même déjà essoufflés. L'ombre d'Yitzhak Rabin, ce grand homme, assassiné trois ans plus tôt, planait encore. L'espoir était encore permis.
     
    78 ans que les Palestiniens attendent. Arafat ? Je l'ai vu deux fois. Une fois vivant, lorsqu'il est venu en 1988 à l'Assemblée Générale de l'ONU à Genève, je suis allé le voir, pour le Journal de Genève. Une fois mort : producteur de Forum, j'ai couvert ses funérailles en novembre 2004, en direct de Ramallah, dehors, au milieu d'une foule immense, une heure d'émission spéciale, à l'arraché, avec à notre micro, dans le tumulte, toutes les déclinaisons des voix palestiniennes. C'est peu dire qu'elles sont multiples. Arafat était un grand homme. Mais il n'a jamais vraiment réussi à les fédérer. Il lui manquait peut-être l'étoffe, exceptionnelle, d'un Nasser.
     
    78 ans d'attente. Je fais partie, vous le savez, de ceux qui rêvent encore d'une solution à deux Etats. Celui d'Israël, que je n'ai jamais contesté en tant que tel, c'est la politique de Netanyahu qui me révolte. Et puis, celui de Palestine. L'Israël que je reconnais est celui de 1948, pas celui des annexions de 1967, en aucun cas celui de ce colonialisme continu, exacerbé, fanatique, mortifère à Gaza, en Cisjordanie, et jusqu'aux confins méridionaux du Pays du Cèdre, auquel nous sommes tant attachés.
     
    78 ans d'attente. Et hier soir, à Forum, un homme de paix et de lumière. Le réalisateur Jacob Berger. Un homme de ponts, d'éclairs de conscience, de lucidité. Un homme de paix.
     
    Nous avons besoin d'êtres comme Jacob Berger. Pas de censeurs, qui voudraient, en France, en Suisse, édicter des lois scélérates pour limiter le droit parfaitement pertinent à l'exercice de la pensée critique. Celle de Kant. Celle de Hegel. Celle qui pose sur le monde un regard, une analyse. Nous ne sommes pas les hommes et femmes, d'un seul Livre, d'une seule version, imposée. Nous sommes les témoins de mille vies, mille expériences, mille joies, mile souffrances. Nous ne les partageons pas entre celles qui seraient acceptables et celles qu'il faudrait taire. On censurer.
     
     
    Pascal Décaillet