Liberté
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Bienheureuse FAD, elle a son Vauban !
Sur le vif - Mercredi 16.09.26 - 16.09hVauban. Le grand Vauban. L'un des très grands hommes de l'Histoire de France. Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (1633-1707), maréchal de France, l'une des pièces majeures du règne de Louis XIV.Ingénieur, architecte militaire, il n'a pas conquis son bâton de maréchal en menant des assauts. Mais en construisant, infatigablement, le plus fabuleux système de forteresses dont un pays d'Europe se soit doté, tout au long des frontières naturelles de la France : l'Océan, la Manche, la mer du Nord, les Ardennes, le Rhin, le Jura, les Alpes, la Méditerranée. Impossible de rouler sa bosse dans une campagne de France, sans tomber sur une forteresse de Vauban.En assistant, hier soir, au rejet par le Municipal de la Ville, par tous les partis sauf le PLR et l'UDC, de l'excellent projet de Maxime Provini concernant l'avenir de la FAD, je n'ai pas particulièrement pensé à l'armada des camarades socialistes, je voulais protéger ma nuit de trop funestes cauchemars. Ni même à l'improbable marécage (dépourvu, quant à lui, des "frontières naturelles", si chères à Richelieu, ce qui le rend réductible ou extensible à souhait, en fonction de l'opportunité à saisir).Non. J'ai pensé à Vauban. Et je me suis dit : "Bienheureuse FAD, qui peut compter, pour assurer sa défense contre vents et marées, sur un système de fortifications plus inexpugnable que les plus tenaces des places-fortes". Plus tenace que Troie, qu'une simple ruse du roi d'Ithaque suffit à faire tomber.Et je me suis dit "Si les camarades de la Ville, et leurs alliés de circonstance, pouvaient investir la même énergie d'inventivité pour le bien public, que pour la défense de leurs affidés, nous serions la plus heureuse des villes". Une Jérusalem Céleste, sur les bords du Léman, tous marécages asséchés, toute félicité bue. La vie est belle, non ?Pascal Décaillet -
Visitez l'ex-DDR !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.09.26
La chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, représentait une occasion inespérée pour les gens d’Europe de l’Ouest, dont la Suisse, de se précipiter à enfin visiter l’Allemagne de l’Est, encore officiellement indépendante pour un an, puis avalée par le glouton Kohl, au nom de l’atlantisme et du capitalisme, en 1990. Il n’y a pas eu de « Réunification » : il y a eu phagocytage, pur et simple, brutal, vulgaire, de la Prusse, de la Saxe et de la Thuringe par le système libéral, en passe de devenir ultra-déréglementé, de l’Ouest. Une catastrophe sociale.
Hélas ! A part quelques germanophiles éclairés (il y en eut, heureusement), le seul contact d’une jeunesse décérébrée fut, dans les décennies qui suivirent, de s’engouffrer dans des compagnies aériennes à bas coût, pour des week-ends de beuveries à Berlin. Griller du kérozène, alors qu’on peut parfaitement faire la fête chez nous.
L’autre option, les élites éclairées dont je parlais, c’est d’aller, surtout pas en avion, mais en train ou en voiture, prendre le temps de visiter en profondeur l’ex-DDR. Par exemple, suivre le cours de la Neisse, puis de l’Oder, à la frontière germano-polonaise, jusqu’à Stettin, sur la Baltique. Ou encore, les friches industrielles. Les innombrables musées. Une vie musicale exceptionnelle. Et surtout, des gens ! Des Allemands, souriants, simples, modestes, ouverts, accueillants. Il est encore temps : visitez la partie orientale de l’Allemagne !
Pascal Décaillet
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Saxe-Anhalt : le tour de piste des ignares
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.09.26
44% des électeurs plébiscitent l’AfD (Alternative für Deutschland) aux élections régionales, dans le Land de Saxe-Anhalt, que j’ai la chance de bien connaître. Séisme local, c’est sûr, dans un Land peu peuplé (2 millions d’habitants, l’Allemagne en compte 84), mais irruption immédiate d’une armada de chroniqueurs surexcités, notamment sur les ineffables TV privées parisiennes, y compris bolloréennes. Des diablotins, jaillis de leurs boîtes, qui n’avaient jamais, de leur vie, entendu parler de la Saxe-Anhalt, ni même de la Saxe, tout court. L’Histoire allemande, l’Histoire tout court, ils ne connaissent tout simplement pas. Le tour de piste des ignares. Le triomphe du superficiel. Alors, laissons les 44%, certes essentiels à commenter (j’y reviendrai). Et profitons de dire quelques mots de cette Allemagne de l’Est, si chère à mon cœur.
La Saxe-Anhalt, c’est l’un des cinq Länder de l’ex-DDR. Les autres sont la Saxe, la Thuringe, le Brandebourg et le Mecklenburg-Vorpommern. Au fond, la DDR, entre 1949 et 1990, c’étaient la Saxe historique, la Prusse historique (amputée de ses territoires de l’Est, notamment la Prusse orientale), et la Thuringe. Nous ne sommes absolument pas là dans une Allemagne exotique, une Allemagne qui serait « moins allemande » que les autres, comme tentaient de nous faire croire, de 49 à 90, les Allemands de l’Ouest, souvent scandaleusement méprisants pour l’Est. Non, non et non ! La Prusse, la Saxe, la Thuringe, c’est le cœur historique, culturel, linguistique, musical, et même confessionnel des grands mouvements de l’Histoire allemande, depuis le Moyen-Âge.
C’est en Saxe, et en Thuringe, qu’ont vécu Martin Luther et Jean-Sébastien Bach. En Saxe, encore, qu’est né Georges-Frédéric Haendel (Halle). En Saxe, qu’est né Richard Wagner (Leipzig). En Prusse, frontière polonaise, qu’est né l’immense écrivain Heinrich von Kleist (Francfort sur l’Oder). Je ne puis, sans une immense rage intérieure, me remémorer la propagande méprisante (je l’ai tant vécue, sur place) des Allemands de l’Ouest, dans les années 60, 70,80, quand ils parlaient de l’Est. Ils voulaient nous faire croire à une sorte de No Man’s Land, sans âme, grisâtre, sans racines. Alors que l’Allemagne de l’Est, c’était juste la partie intégrante du monde germanique qui était tombé, en mai 1945, sous occupation soviétique, avec obligation de se doter d’un régime communiste.
Ils s’y sont pliés, en appelant aux commandes les vieux communistes allemands des combats de 1919-1923, ces heurts d’une rare violence entre Spartakistes et Corps-francs. La plupart d’entre eux avaient passé tout le Troisième Reich dans des camps ou des prisons. Et là, sur les décombres de la guerre (« Auferstanden aus Ruinen »), ils ont fondé un pays nouveau. Le régime était ce qu’il était, pas question de le défendre. Mais les hommes et les femmes étaient des Allemands. Pas des Allemands de l’Est ! Des Allemands, tout court. Leur Histoire, de 1949 à 1990, totalement passionnante, mérite d’être d’être arrachée à l’oubli. A la damnation de mémoire. Et au dédain des atlantistes et des capitalistes, à l’Ouest.
Pascal Décaillet