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Liberté

  • Loetschental, la possibilité d'une autre vie

     
     
    Sur le vif - Dimanche 09.08.26 - 11.40h
     
     
    Marcher dans le Loetschental, c'est passer sans cesse de la tristesse à l'extase.
     
    La tristesse, infinie, c'est Blatten. Nous n'y étions pas retournés depuis la catastrophe du 28 mai 2025. Nous avions en souvenir le village, si attachant, celui qui suivait Kippel, puis Wiler, en montant vers le fond de cette vallée si bouleversante.
     
    Nous avions vu les photos, les films. Cette traînée de boue, immense. Un village du Haut-Valais, de Suisse, un lieu plusieurs fois séculaire de culture et de traditions, anéanti.
     
    Alors hier, en marchant sur les hauteurs de Blatten, un souvenir, avec insistance, puissance, s'est agrippé à moi. 61 ans après, je sais encore que je mangeais une soupe à la tomate, à midi, lorsque mon père, ingénieur en génie civil, en ce jour de fin août 1965, est arrivé du bureau, dans un état d'émotion que je ne lui avais jamais vu. Et ne lui ai jamais revu.
     
    Il venait d'apprendre la catastrophe de Mattmark. Haut-Valais, déjà. 88 morts. Des ouvriers, principalement des Italiens. N'oublions jamais le tribut que nous devons aux travailleurs italiens, depuis un siècle et demi, dans les gigantesques chantiers de montagne qui ont propulsé la Suisse dans la modernité, la prospérité. Les ouvriers italiens ont contribué à façonner la Suisse d'aujourd'hui. Et certains d'entre eux y ont laissé leur vie.
     
    Autour de midi, donc, fin août 1965. J'ai sept ans. Mon père arrive, nous demande de mettre tout de suite la radio, le grand appareil vénérable qui trônait sur le buffet de la salle à manger, avec des noms de villes allemandes, polonaises, slovaques, serbes. Et nous avons écouté, en silence, les premiers récits de la Radio Suisse Romande sur Mattmark. J'étais sidéré. Par le drame. Mais aussi, je crois, enfin disons que j'en suis sûr, que je le SAIS, par la puissance de la radio.
     
    Hier, sur les hauteurs du Loetschental, devant le néant de Blatten, je n'ai cessé de penser à Mattmark. A notre antique appareil de radio, avec les émetteurs de Prague et de Belgrade.
     
    Voilà pour la tristesse, qui est soeur cadette de la mémoire. Mais je disais aussi "extase".
     
    Car tout autour de Blatten, hier, il y avait la splendeur incomparable du Loetschental. Un jour d'été, un 8 août 2026. La vie, autour du néant, éclatait de santé, de beauté. Le silence. La musique du vent, celle des torrents. Les chants d'oiseaux. Dans un mazot de Wiler, un nid d'hirondelles, repéré par mon épouse. Et puis, juste au-dessus de la coulée de boue mortifère, des oratoires de la Vierge. Accueillante. Souriante. Paisible.
     
    La vie humaine n'est pas simple. Il faut la prendre, telle qu'elle est. Telle qu'elle se présente à nous. La mort en fait partie, elle doit être visible, jamais cachée. Et puis, par le miracle renouvelé de la nature, la vie qui continue.
     
    Blatten, Mattmark, la radio, le nid d'hirondelles. La puissance de la mémoire. Il est, disait Barrès, des lieux où souffle l'esprit. Le Loetschental en est un. Il nous confronte à nos souvenirs, nos nostalgies. Notre indivisible solitude. Mais en même temps, il nous laisse entrevoir, avec la puissance d'une source glaciaire, la possibilité d'une autre vie.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • La Suisse de la paix est une Suisse souveraine

     
     
    Sur le vif - Samedi 08.08.26 - 10.52h
     
     
     
    La souveraineté d’une nation ne souffre pas la moindre fragmentation. Ni le moindre bémol. On est pour la souveraineté, ou on est contre. Il n’existe pas de « souveraineté, mais… ».
     
    Soit on est pour la souveraineté nationale, soit pour une souveraineté supranationale, par exemple européenne. Il faut choisir.
     
    Entre l’une et l’autre, nulle demi-mesure. Si on délègue un millimètre carré de souveraineté nationale à un ensemble supérieur (Europe, ou autre), on a déjà perdu la partie. Déjà glissé dans l’engrenage.
     
    La Suisse n’est pas membre de l’Union européenne. Elle respecte ceux qui ont fait le choix d’en être membres. Elle prend acte de l’existence, autour d’elle, de cet édifice continental, avec son Histoire, ses qualités, ses défauts.
     
    Mais la Suisse n’en est pas membre. Elle a fait ce choix. Elle l’a voulu. C’est la volonté de son peuple.
     
    Elle en reste donc à l’échelon des nations souveraines. Elle n’est pas membre de l’UE. Elle n’est pas membre de l’Otan.
     
    La Suisse est un pays de paix, elle entretient des relations avec tous les peuples du monde. Elle les respecte, tous. Elle en étudie l’Histoire, les langues, les cultures. En cas de conflit entre deux de ces peuples, elle s’offre comme lieu de rencontres, de négociations, de chemin vers le retour à la paix.
     
    Elle le fit, avec une rare efficacité, entre 1958 et 1962, en organisant des rencontres discrètes entre le FLN (Front de Libération Nationale) algérien et les émissaires du gouvernement français. J’ai, comme on sait, étudié de près cette période. La Suisse a permis de préparer patiemment l’architecture des Accords d’Évian (1962), donc la création de la République indépendante d’Algérie, pays ami, pour toujours.
     
    Ami du peuple palestinien, partisan depuis un demi-siècle d’un Etat palestinien, je plaide et je milite pour que mon pays, la Suisse, offre tous ses efforts pour qu’un tel chemin de paix puisse se préparer, sur son sol, entre Israéliens et Palestiniens.
     
    Pour tout cela, une condition sine qua non. Une Suisse souveraine. Ni membre de l’UE, ni membre de l’Otan. Ni satellisée par l’impérialisme américain. Il faut que les négociateurs, lorsqu’ils viennent chez nous, se sentent réellement en terrain neutre. Avec un champ du possible ouvert.
     
    Pour cela, il faut que le ministre suisse des Affaires étrangères, et plus globalement le Conseil fédéral, respirent véritablement le désir de paix, l’ouverture, la neutralité. Ni dans le conflit Russie-Ukraine, ni surtout dans celui entre Israël et Palestiniens, ce ne fut le cas, avec M. Cassis.
     
    Une Suisse souveraine, neutre, ouverte à la paix. Une Suisse dégagée de toute tutelle politique. C’est le seul chemin de notre survie. Une Suisse rejetant tout colonialisme, tout impérialisme. Une Suisse défendant le droit de chaque peuple à disposer de lui-même.
     
    Avec une Suisse souveraine, c’est possible. Avec une Suisse assujettie à une construction supranationale, qui lui lierait les mains et entraverait sa liberté d’action, c’est impossible.
     
    Je crois avoir été assez clair.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Vous avez dit "ingérences" ?

     
     
    Sur le vif - Vendredi 07.08.26 - 12.40h
     
     
    S’il est un impérialisme qui a multiplié depuis 81 ans, éhontément, à n’en plus finir, avec une tranquillité dominatrice, une arrogance et une morgue jamais vues, les « ingérences » sur nos pays d’Europe occidentale, sur l’Amérique latine et centrale, sur nombre de pays d’Asie, c’est bien celui des États-Unis d’Amérique.
     
    Ce sont eux qui, depuis 1948, et plus encore depuis 1967, soutiennent sans faille la politique coloniale, mortifère, de l’Etat d’Israël, face au peuple palestinien.
     
    Eux qui arrangent les élections en Amérique latine, et en « corrigent » les résultats, par des coups d’Etat téléguidés, lorsque les peuples ont le malheur de voter pour l’équité et la justice sociale. Et contre l’emprise prédatrice de leurs multinationales.
     
    Eux qui ont laissé, après la chute du Mur, le Pacte de Varsovie se démembrer, sans défaire en contrepartie l’Otan, dont les pions ne font qu’avancer sur les Marches de l’Est, depuis 36 ans.
     
    Eux qui ont soutenu et financé l’absorption gloutonne, d’une vulgarité sans précédent, de la DDR par Kohl, et son système d’obédience atlantiste à l’Ouest.
     
    Eux qui ont téléguidé les « Révolutions » ukrainiennes, avec leurs lots d’oligarques.
     
    Eux qui ont fait une pression d’enfer sur la Suisse, pour qu’elle « corrige » dans leur sens son système financier. Et qui en ont profité pour la coloniser, dans les domaines de la banque et de la finance.
     
    Eux qui dominent une partie du monde, dont bien sûr la Suisse, par leur mainmise absolue sur les titans du numérique.
     
    Alors, « ingérences russes » ? Oui, sans doute. Il ne s’agit pas de les nier. Encore moins, de soutenir le régime Poutine.
     
    Mais tout de même, un peu de culture historique, de sens des proportions ! La colossale russophobie qui s’abat sur les bonnes consciences libérales en Europe, par qui est-elle entretenue, téléguidée ? Par qui, si ce n’est par les ultra-libéraux de Bruxelles, par les atlantistes, par les valets de l’Oncle Sam ?
     
    A cela s’ajoute le crétinisme de certains candidats sans envergure, issus du bloc central ou de la sociale-démocratie invertébrée et européiste, à la présidentielle française. Et, chez nous, l’inculture historique crasse de certains suppôts du libre-échange sans entraves et du capitalisme mondialisé.
     
    Désolé, mais il fallait que ces choses-là fussent dites. Même si ça dérange.
     
     
    Pascal Décaillet