Sur le vif - Lundi 25.05.26 - 10.03h
J’ai plusieurs fois relevé, ici même, la nullité de la campagne des opposants, dans l’affaire de la Suisse à dix millions.
Soyons clairs. Je ne leur reproche absolument pas leur combat. Citoyen, je ne fais jamais grief à un autre citoyen de ses choix. L’enjeu du 14 juin est capital à mes yeux, la démographie est un sujet de tout premier plan, longtemps méprisé par nos élites, il est bien normal que le combat soit très dur, intense, éreintant pour tous.
C’est justement cela, la suprême beauté de notre démocratie : elle nous engage tous. Elle mobilise nos énergies, nous motive. Nous, les citoyens, sommes l’arbitre suprême des grandes querelles, nos fraternelles engueulades sont sacrées, si elles sont de bonne foi et tournent autour du seul grand dessein qui compte à mes yeux : l’intérêt supérieur de la Suisse.
Né en 1958, j’ai obtenu le droit de vote à vingt ans, et eu l’honneur, pour la toute première votation de ma vie, de dire un immense OUI, en septembre 78, à la création de la République et Canton du Jura. J’avais fait mon armée en 77, il y avait plein de Jurassiens (encore Bernois) dans ma compagnie, ils chantaient la Rauracienne dans les marches, j’étais saisi d’admiration pour le combat de ces compatriotes virevoltants, complètement allumés, pleins d’esprit et de vie. Pour moi, ils étaient l’âme vivante de la Suisse. De ma vie, depuis l’âge de vingt ans, JE N’AI JAMAIS MANQUÉ UN SEUL VOTE.
Respect, donc, pour tous les choix. Mais ça ne m’empêche pas de dire que, dans l’affaire du 14 juin, la campagne des opposants est nulle. J’ai déjà souligné l’immense erreur consistant à qualifier les partisans plutôt qu’à traiter, en profondeur, l’objet même du vote. J’ai mentionné les millions délirants du grand patronat, le besoin de REVANCHE des GAGNANTS du 9 février 2014, l’alliance malsaine des ultra-libéraux avec une gauche candide, qui lâche nos travailleurs et chômeurs suisses, au profit de l’altérité. Tout cela, je l’ai dit.
Mais je n’ai pas dit l’essentiel. Le voici : le thème de l’étouffement démographique, très vieille querelle, maintes fois soumis au souverain depuis 1891, toujours méprisé par la majorité bourgeoise, l’ordre libéral, le grand patronat, me semble aujourd’hui ARRIVÉ À MATURATION. Je sens que c’est peut-être bien son heure, cette fois. Comme une montée inéluctable, tellurique, surgie des profondeurs silencieuses de notre peuple. Une force tranquille.
Immense erreur des opposants : s’être pris pour des malins en rebaptisant le texte « initiative pour le chaos ». La réplique est immédiate, atomique : LE CHAOS, C’EST AUJOURD’HUI ! Le chaos, c’est la submersion engendrée par un quart de siècle de libre circulation. Le chaos, c’est la souffrance des moins favorisés de ce pays. Le chaos, suite aux bilatérales, c’est la privatisation des bénéfices, par un grand patronat et des puissances financières avides, mondialistes, et la socialisation des pertes. Car ce sont les plus faibles qui trinquent ! Il y a là UN VRAI COMBAT DE CLASSE, et la gauche se range du côté des puissants ! Le chaos, c’est le pourrissement de nos systèmes routiers, ferroviaires. Le chaos, c’est un système de santé qui s’effondre, sous la masse. Le chaos, c’est le logement introuvable, dans une ville comme Genève.
Voyez, je ne dis jamais « Le chaos, c’est vous ». Je n’attaque jamais mes concitoyens, je propose une vision, une analyse critique SUR LE FOND. C’est cela, notre démocratie suisse : on se bat férocement, mais pour des idées. Pas contre d’autres Suisses.
Le 14 juin, le peuple et les cantons jugeront.
Pascal Décaillet