Sur le vif - Vendredi 19.06.26 - 10.27h
« Tout le Liban doit brûler », vient d’affirmer le ministre israélien Ben Gvir.
Et ce type reste ministre. Et Netanyahu reste Premier ministre. Et Cassis reste silencieux.
Et le Conseil fédéral se mure dans son silence. Le même silence, fracassant, que pendant les deux années de carnage israélien à Gaza. Le même que face aux exactions quotidiennes des colons en Cisjordanie.
Et nos grands esprits suisses, « humanistes », « philosophes », cultivés, latin-grec, obsédés à l’idée de traquer en Suisse tout ce qui peut rappeler l’Islam, jouant sur l’immonde confusion musulmans/islamistes, face aux vomissures verbales de M. Ben Gvir, ce cher homme qui veut « incendier tout le Liban », ils disent quoi, hein, nos philosophes, humanistes, culture classique, orthographe, notes à l’école ?
Ils disent quoi ? ILS SE TAISENT !
Face à Gaza, ils se taisent. Face aux colons de Cisjordanie, ils se taisent. Face à « l’incendie du Liban », ils se taisent.
Leur niveau à eux, nos chers philosophes suisses, humanités classiques, Erasme, Lumières, c’est de créer des polémiques à propos de bouts de tissu dans nos piscines. Là oui, dans ce sujet essentiel, fondateur, se recroquevillent le centre du monde, l’ombilic de nos préoccupations, l’alpha et l’oméga, la ligne bleue de nos horizons d’attente.
Gaza, rasée. Cisjordanie, honte absolue. Le Liban : rien de grave, juste un immense feu de joie !
Ben Gvir éructe, nos philosophes « humanistes » se taisent. Vous me direz que même Martin Heidegger s’est tu. Alors, va pour le silence : on est couverts !
Gaza pulvérisé, nos philosophes se taisent.
78 ans d’humiliation des Palestiniens, nos philosophes se taisent.
Il leur reste l’acte suprême : nous sortir, dans une magnifique édition brochée, avec apparat critique latin-grec, l’œuvre, la Somme, que nous attendons tous : un monumental Traité du Silence.
Pascal Décaillet
(latin. grec, allemand)