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Liberté

  • Toutes les versions, toutes les voix

     
     
    Sur le vif - Dimanche 19.04.26 - 10.49h
     
     
    La guerre première de Netanyahu, relayée avec un zèle de feu par sa Cinquième Colonne dans nos pays, c’est celle qui veut imposer au monde une version de l’Histoire. Une seule. Interdite à toute contradiction. Cela porte un nom : cela s’appelle un dogme.
     
    Une version, une seule, sur la légitimité historique d’Israël à occuper d’ancestraux territoires, et surtout à les augmenter, au fil des guerres.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à massacrer la population de Gaza. 80.000 personnes, en deux ans.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à mettre à feu et à sang le Sud du Liban, voire un jour à l’annexer.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à bombarder l’Iran, en massacrer du ciel les populations civiles.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à laisser les « colons », qu’elle se refuse à appeler « soudards », harceler, molester, déposséder les populations palestiniennes de Cisjordanie. Bref, les pousser à l'exil.
     
    A toutes ces versions imposées, nous, esprits libres, devons, de toutes nos forces, opposer la démarche critique, historique, linguistique : laisser venir à nous toutes les versions. Toutes les voix. À commencer par celles de ceux qui souffrent. Parce qu’on les opprime.
     
    C’est aussi simple que cela.
     
    Pascal Décaillet

  • Léon, Donald, la dignité humaine

     
     
    Sur le vif - Samedi 18.04.26 - 14.37h
     
     
    Un Pape qui s'oppose frontalement à l'homme le plus puissant du monde. Encore heureux ! Vous voudriez quoi ? Qu'il lui lèche les bottes ?
     
    Allons, soyons sérieux : l'essence même du christianisme, c'est de se poser face à toute arrogance, toute démesure, émanant d'un personnage de pouvoir. D'où qu'il vienne. Quel qu'il soit.
     
    Il ne s'agit pas de contester l'ordre temporel. Mais ses abus, dans l'arbitraire, l'amas des richesses, le mépris des pauvres et des faibles, le non-respect de la vie humaine.
     
    Quelques minutes après l'annonce de l'élection de Léon XIV, il y a un an, j'ai expliqué, ici même, à quel point me réjouissait le choix du prénom. Et la référence, sans la moindre ambiguïté, au Pape que j'ai étudié au plus près : Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci), au pouvoir de 1878 à 1903, le Pape des ouvriers, l'auteur de l'Encyclique "Rerum Novarum" en 1891.
     
    Il faut lire et relire Rerum Novarum. Il n'y a pas seulement, dans ce texte de lumière, la défense des ouvriers, à une époque où des enfants travaillent encore dans les mines. Il y a aussi la grande idée que le travail est une noble chose, à condition qu'il serve à épanouir l'humain, la famille, la cohésion sociale d'une communauté de vie. Et non à asservir.
     
    A proscrire, donc, toute idée de domination de l'économie par la finance spéculative, toute idée d'enrichissement sur le dos de l'autre, toute idée de concentration de pouvoir financier aux mains de quelques-uns. Le grand philosophe rhénan, né à Trêves en 1818 et mort à Londres en 1883, ne disait, au fond, avec d'autres mots, surgis d'autres sources, pas autre chose. Je vous le dis tout net : il faut lire Léon XIII, ET il faut IMPÉRATIVEMENT lire Karl Marx. Et il faut les comparer, ces deux-là.
     
    Alors oui, Léon XIV s'oppose à Trump. Et alors ? Il ne combat pas le Président américain en tant que tel. Non, il en dénonce l'autoritarisme, l'égo ubuesque, l'action militaire en Iran, l'alliance avec Israël pour écraser les peuples de Palestine et du Liban. C'est précis, ciblé, sans haine. Le Pape fait juste son boulot. Je serais bien le dernier à le lui reprocher.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Grasset : la tragi-comédie des postures

     
     
    Sur le vif - Vendredi 17.04.26 - 17.54h
     
     
     
    Je suis le premier à fuir les galaxies bolloréennes. Mais désolé, ce cirque "d'écrivains", ces postures "d'auteurs", ces pétitions, il y a, dans ce ballet des égos, comme un éblouissant miroir des dérisions humaines.
     
    Par exemple, cette tradition, si germanopratine, des signatures. Comme si le paraphe d'un "écrivain", ou d'un "auteur", valait davantage que celui d'un luthier, ou d'un plombier, ou d'un bûcheron. Cet art, si parisien, de se prendre pour Voltaire face au Régent, face aux lettres de cachet, face à la possibilité frémissante d'une Bastille, il y a là toute la vanité d'une posture.
     
    Sont-ils tous "écrivains", ceux qui s'en réclament ? Combien d'entre eux, une fois pesés leur écriture, leur style, leur labour dans l'ordre des mots, ne relèvent-ils pas davantage de la posture, celle des salons, que de l'accomplissement du verbe, dans l'aride solitude du pupitre ?
     
    Il faudra quand même, un jour, faire la part de ce "statut d'écrivain", si souvent autoproclamé, dans le biotope si faunesque de la Rive Gauche parisienne. Je ne soutiens pas M. Bolloré. Je crois très volontiers que l'éditeur congédié était, à en juger par l'affection et le respect que tous lui témoignent, un homme de très grande valeur.
     
    Tout cela, oui. Mais cette tragi-comédie des postures. Du Proche-Orient à l'Ukraine, du Soudan aux délocalisations, des usines qui ferment, et licencient par charrettes, au chômage des jeunes, et à la solitude de tant de nos aînés, je me dis qu'il existe, peut-être, des causes plus revigorantes à empoigner.
     
    J'ajoute une chose : il m'arrive parfois, moi aussi, de lire un livre.
     
     
    Pascal Décaillet