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Liberté

  • Le vent du large

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.09.26

     

    L’air de liberté. C’est la seule chose qui compte, quand on prend la plume ou qu’on donne de la voix, dans l’espace public. Et cela, à tous les niveaux, dans toutes les fonctions. Un journal, une radio, une chaîne TV, un site, un blog, ou même avoir son propre espace sur un réseau social, n’a de sens qui si on peut y respirer. S’y emplir les poumons, comme face au lac, lorsque se lève la bise. Le vent du large.

     

    GHI, auquel je collabore comme chroniqueur externe depuis quinze ans, c’est l’un de de ces espaces de liberté. Et ça augmente ma tristesse d’entrevoir la fin de l’aventure. Parce qu’au fond, ils ne sont pas si nombreux. Combien de fois les gens m’abordent, dans la rue : « GHI, c’est un journal qui dit les choses ». Parmi d’autres, bien sûr. Mais comme on sait ouvrir sa gueule à Genève, paradis des amygdales bronzées. Les gens aiment ça, parce qu’on dit souvent ce qu’eux auraient voulu exprimer.

     

    Ce qui compte ? Maintenir, à tout prix, ces espaces de liberté, quelles qu’en soient la forme, le support. Non contre une censure politique, ne soyons pas paranos. Ni même économique, d’ailleurs. Non, c’est plus pervers, et ça va peut-être chercher dans la tendance de chacun de nous à s’autocensurer, alors qu’au fond, nul ne le lui demande. C’est dur, l’exercice de la liberté. C’est peut-être un métier, en soi. Longue vie à tous ceux qui ont fait ce journal, et le font encore, toutes fonctions confondues.

     

    Pascal Décaillet

  • Pour l'air de liberté, je suis triste

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.09.26

     

    Lorsque Jean-Marie Fleury m’a annoncé sa décision de mettre un terme à la grande et belle aventure de GHI, j’ai été pris de tristesse. Pour le journal. Pour tous ceux qui y travaillent, avec cœur et compétence. Et puis, surtout, pour Genève, son paysage auquel ce journal appartient, ce passé des six dernières décennies, ces histoires qu’on se raconte dans la rue, dans les trams, dans les bistrots. GHI est un journal populaire, ça n’est pas si simple de parler au grand nombre, toucher les gens, par des sujets qui les concernent directement, leur proposer, dans des chroniques, des plumes, des regards, des sensibilités bien marquées, plutôt que céder à la facilité de l’uniforme, du grégaire.

     

    GHI : toute l’Histoire de ce journal est marquée par l’audace et le courage. Il en fallait, du souffle, pour le lancer en 1970, affronter les baronnies de l’époque, se chercher une existence au milieu des installés. Le Journal de Genève, la Suisse, la Tribune de Genève, le Courrier. C’était l’empire du papier, imprimeries et rotatives étaient à Genève. Au Journal de Genève, où j’ai accompli mes premières années, rue du Général-Dufour, la rotative était au rez-de-chaussée, la saisie des textes et la mise en pages au premier, la rédaction au deuxième étage. Il faut avoir connu cette unité géographique, cette densité de métiers, de compétences, œuvrant dans un même lieu, avec un objectif commun, un seul : sortir le journal. Le bébé, chaque soir, entre minuit et une heure, on le voyait physiquement sortir des presses encore chaudes, on en prenait un exemplaire, on le humait, tandis que les milliers d’autres partaient à l’expédition.

     

    Peu importe, finalement, qu’un journal soit de gauche ou de droite. L’important, c’est qu’il y règne un air de liberté. Tant de chefs de rédactions la proclament, sans pour autant l’appliquer. Ils ne sont plus des patrons de presse. Ils sont devenus des pions, dans le jeu de grands éditeurs, obsédés par l’idée de maximiser le profit. La plupart de ces géants ne sont même plus suisses, les capitaux sont allemands, l’actionnariat multinational, sans racines identitaires liées à une communauté d’appartenance : un canton, une nation. Face à cela, la force de GHI a toujours été de se revendiquer genevois, ancré dans les réalités, les histoires, les petits secrets, les rêves de cette ville, ce canton. J’aurais tant voulu que cette aventure continue, défier les pouvoirs, les arrogances d’en-haut, les pactes de loups, passés entre les puissants. Et à Genève, je ne suis pas le seul, je crois.

     

    Je regrette infiniment la fin de cette aventure. Elle m’a permis de respirer librement, comme je le fais sur mon blog et dans mes émissions, condition sine qua non, pour moi, à l’exercice du métier. En quinze ans de collaboration externe, comme chroniqueur, je n’ai jamais été l’objet d’une quelconque censure, de la part de l’éditeur. Pour tous les collaborateurs du journal, je suis triste. Pour Genève, je suis triste. Pour l’air de liberté, je suis triste.

     

    Pascal Décaillet

  • Les communistes suisses méritent notre respect

     
     
    Sur le vif - Mardi 01.09.26 - 16.38h
     
     
     
    Coprésidé, au niveau national, par un homme de valeur, Alexander Eniline, docteur en philosophie médiévale, d'une rare culture sur l'Histoire politique, épris de justice et de paix, le Parti Suisse du Travail soutient l'initiative sur la neutralité, sur laquelle peuple et cantons votent le 27 septembre.
     
    Le Parti du Travail se situe bien sûr, sur tant d'autres sujets, à des années-lumière de l'UDC, mais là, sur ce coup, il dit OUI. Par attachement à la souveraineté suisse. Par rejet de l'atlantisme, de l'arrogance américaine. Par attachement viscéral à la paix.
     
    Dans GAC demain soir (mercredi), j'ai décidé d'organiser le débat gauche-gauche ! Alexander Eniline, face à l'excellent député socialiste Léonard Ferati. Deux hommes jeunes, intelligents, pétris d'Histoire, capables d'analyses avec recul, puissance d'horizon. En capacité aussi, l'un comme l'autre, de dégager les enjeux politiques avec lucidité, connaissance des rapports de forces, des enjeux de classe. La lecture de Karl Marx et passée par là, comme elle est passée chez votre serviteur, avec son immense apport dans la radiographie critique des rapports sociaux.
     
    De même, la semaine prochaine, j'organiserai le débat droite-droite. D'un côté, l'UDC ; de l'autre, le PLR. Nous sommes dans une votation qui fragmente les mots d'ordres des partis. Dans un axe "souveraineté versus intégration aux alliances".
     
    L'occasion, pour moi, de dire ici le respect que j'ai toujours éprouvé, toute ma vie, pour les militants communistes. En Suisse, en Italie, en France, notamment. Je dis bien "les militants", pas les apparatchiks. Tous ceux que j'ai fréquentés sont attachés au pays, au corps social, à la qualité de vie pour tous, et surtout à la paix.
     
    J'ai connu et fréquenté de près, dans ma jeunesse, des communistes admirables, dans un pays d'Europe où il avaient le pouvoir. Je ne me prononce pas sur le régime, son obédience de l'époque à Moscou, sa répression des oppositions politiques. Je dis juste : les militants. Des hommes et des femmes de qualité, patriotes, attachés au bien commun, à l'entente entre les peuples, à la culture, à la paix.
     
    Quand j'entends un illustre confrère suisse, sévissant maintenant sous les projecteurs de la Macronie européiste et libérale, se croire obligé, chaque fois qu'il évoque les communistes, de les salir, les accuser de tous les maux de la terre, avec son petit air goguenard de salon, j'en ai assez.
     
    Les militants simples et sincères, attachés au bien commun, à la paix, méritent notre respect.
     
     
    Pascal Décaillet