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Liberté

  • Sortir de soi-même, pour mieux se connaître

     
     
    Sur le vif - Mardi 20.10.26 - 05.59h
     
     
    L’argument « Je n’étais pas né », lorsqu’un interlocuteur vous évoque un événement historique, incarne le degré zéro de la connaissance et de l’intelligence humaines.
     
    Il existe, depuis Hérodote et Thucydide, il y a 25 siècles, une approche de la conscience humaine qui s’appelle l’Histoire. Je m’emploie, pour ma part, à l’exercer depuis l’âge de sept ans.
     
    L’Histoire, ou plus simplement l’intérêt à reconstituer le contexte d’événements le plus souvent antérieurs à nos propres vies, est un fascinant effort d’imagination, tourné vers le passé. Il exige des antennes, de l’instinct, il stimule le cerveau et les sens. Il est l’une des activités les plus créatives de la conscience humaine. L’Histoire, c’est bon pour la tête.
     
    Répondre « Je n’étais pas né », c’est la démission de cet effort de conscience. C’est tout ramener à sa seule expérience de contemporanéité.
     
    Pour ma part, je suis né à Homère, Sophocle et Thucydide. Je suis né à Martin Luther, Hölderlin, Beethoven et Bertolt Brecht.
     
    L’Histoire, c’est renaître mille et mille fois. Ailleurs que dans les méandres de sa propre biographie.
     
    L’Histoire, c’est sortir de soi-même, pour mieux se connaître.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Haute-Cour

     
     
    Sur le vif - Samedi 17.10.26 - 20.26h
     
     
    J’essaye de synthétiser à la question essentielle les événements français de cette journée du 17 octobre 2026.
     
    La question essentielle, la seule qui soit à hauteur d’Etat : les innombrables actes visant des lieux de pouvoir, d’apparence disparates, partout en France, de Bordeaux à Limoges, en passant par Marseille, Lille, Lyon, Paris, sont-ils reliés entre eux par une VOLONTÉ SUPÉRIEURE CONCERTÉE ?
     
    S’il devait être, un jour, établi que oui, et qu’il y aurait eu, en une quelconque officine, le dessein de porter atteinte à la République, en vue d’un basculement du pouvoir par l’émeute, alors l’affaire ne relève absolument plus de la Place Beauvau. Ni de la Place Vendôme. Ni de Matignon. Ni de l’Elysée. Mais de la Haute-Cour.
     
    Oui, la Haute-Cour.
     
    Pascal Décaillet

  • Glucksmann se bat-il pour Kiev et Tbilissi, ou pour la France ?

     
     
    Sur le vif - Samedi 17.10.26 - 12.00h
     
     
    Pourquoi si peu de curiosité, dans la presse Rive Gauche française, sur les années géorgiennes, mais aussi ukrainiennes, de Glucksmann ? Tout le monde trouve normal qu'un candidat à la Présidence de la République ait passé une partie de sa jeunesse comme agent d'influence à Tbilissi, mais aussi à Kiev, au moment de la Révolution orange de 2004 ?
     
    Dans tous ces engagements, un fil rouge : une haine féroce de la Russie. Que cette dernière, depuis des siècles, sous les Tsars comme sous l'URSS, se montre prédatrice pour ses voisins, c'est une certitude. Il est parfaitement compréhensible qu'un Géorgien, un Ukrainien, un Moldave, un Letton, un Polonais de l'Est, se méfient comme de la peste du puissant voisin russe.
     
    Tout comme il est normal qu'un paysan cubain, ou une infirmière, ou un ouvrier, considèrent avec quelque angoisse vitale la présence, à quelques encablures de leurs côtes, de la puissance représentant, depuis 1945, le premier impérialisme mondial. En tentant, depuis 1962, de les affamer par blocus.
     
    Se mêler des relations entre Moscou et ses voisins ? Cela, par exemple, n'a jamais été l'affaire des Etats-Unis, qui, au contraire, pendant toute la période soviétique, se seraient frottés les mains de telles tensions internes à l'Empire. Mais tout a changé, par opportunisme, depuis la chute du Mur. On sait aujourd'hui le rôle que le CIA a joué dans l'éclatement de l'URSS, à la fin des années 80, début 90. Le rôle, aussi, qu'elle a joué en Ukraine, au moment des Révolutions oranges.
     
    Ca n'était pas l'affaire de Washington, mais au moins maintenant, avec le revirement de Trump, c'est parfaitement clair.
     
    J'en viens au tabou, c'est la question no 2. En quoi les conflits de Moscou avec ses anciennes puissances tutélaires sont-ils notre affaire, à nous, au centre de l'Europe ? L'obsession anti-russe d'un Glucksmann, quel dessein masque-t-elle ? D'où vient, chez ce citoyen français, cette mission obsessionnelle de Croisade, qu'il s'est lui-même confiée, contre le pouvoir russe ? Contre les appétits de Poutine (bien réels, il ne s'agit pas de les nier) de reconstituer l'Empire ? N'est-ce pas là une affaire interne à un monde slave bien éloigné du nôtre, nourri de tant de siècles de conflits et de rééquilibrages complexes ?
     
    Que Poutine soit un dictateur, qu'il bafoue les droits de l'homme, qu'il s'emploie à museler toute opposition, c'est certain, nous n'avons en effet aucune sympathie à nourrir pour le personnage. Mais enfin, avons-nous, ici au centre de l'Europe, mission de nous mêler des mécanismes internes au pouvoir russe, ainsi qu'aux relations séculaires entre Moscou et Kiev, Moscou et Tbilissi, Moscou et Tallinn ?
     
    De grâce, ne venez pas me parler de l'OTAN, l'éternel argument des atlantistes inféodés à Washington. L'OTAN a profité de la chute du Mur, le 9 novembre 1989, pour étendre son influence sur les Marches les plus lointaines de l'Europe de l'Est. Le vieux rêve des faucons du Pentagone, pendant toute la Guerre froide. Il y a là rupture des équilibres de Yalta, et, bien au-delà, ingérence d'une puissance extra-continentale dans des mécanismes internes à un monde slave régi depuis des siècles par des équilibres qui lui sont propres.
     
    Alors ? Alors oui, Poutine est un dictateur. Oui, Poutine veut reconstituer l'Empire autour de la Russie. Mais un candidat à la Présidence de la République française ne doit-il pas avoir d'autres priorités, un peu plus intérieures, un peu plus en rapport avec le déclin et la dette abyssale de son pays, que de mener Croisade dans un conflit certes regrettable, moralement condamnable, tout ce que vous voudrez, mais qui n'est pas le sien ?
     
    Un candidat à la Présidence de la République française doit avoir le souci de la pérénité, à travers les siècles, à travers les régimes, tsariste, communiste ou post-communiste, de la RELATION D’ÉTAT A ÉTAT, plusieurs fois séculaire, entre la France et la Russie. En rendant visite à Staline, fin 44, Charles de Gaulle, Président du Gouvernement Provisoire depuis fin août, qu'a-t-il fait d'autre ? Il n'est pas allé rendre hommage au communisme ! Ni au dictateur Staline ! Il est juste allé rétablir, la tête froide, une continuité d'Etat, entre la France et la Russie, qui transcende les idéologies, les droits de l'homme, la couleur des régimes successifs.
     
    La France a besoin d'un Président qui ait LA TÊTE froide en politique étrangère. Et non d'un Croisé, enragé sur la cause d'un pays étranger contre un autre pays étranger.
     
    Sur la question ukrainienne, un pays comme la France doit renouer avec sa vieille tradition, gaulliste notamment, de recherche de solutions politiques. Non pour se plier devant Moscou, mais pour rétablir le contact, le dialogue. Cette posture, où la diplomatie et l'intelligence retrouvent leurs lettres de noblesse, est autrement dans la lignée de l'Histoire de France, que le bellicisme opportuniste de Macron, et obsessionnel chez Glucksmann.
     
     
    Pascal Décaillet