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Liberté

  • Elsa, pour toujours Elvire !

     
     
    Sur le vif - Samedi 16.05.26 - 12.15h
     
     
     
    J’ai revu hier soir, sur Mezzo, le Don Giovanni du Staatsoper Berlin, très haut niveau général, des voix magnifiques, une mise en scène au service de l’œuvre musicale, sans les artifices de ces prétentieux qui veulent tirer la couverture sur le visuel, alors que l’essentiel relève de la musique, des tempéraments, des voix.
     
    Traversée d’inquiétude métaphysique, même quand elle sublime la libido la plus charnelle, la musique de Mozart, y compris, voire surtout dans l’opéra le plus apparemment licencieux, s’écoute parfaitement les yeux fermés.
     
    Tous sont bons, Don Giovanni et Leporello, Zerlina, Donna Anna. Don Ottavio nous tire les larmes, au moment du « Il mio tesoro ».
     
    Mais surtout, Elvire ! Personnage majeur, central, figure de l’irruption, de la transgression, Mozart a construit les exigences vocales de son rôle autour de cette urgence à chacune de ses apparitions. Moins solennelle que Donna Anna, plus cinglée, elle surgit, déroute, ouvre des chemins de traverse, nous laisse perdus, haletants, illuminés par une musique de rêve, l’une des plus belles jamais composées. Comme dans les Noces.
     
    Elvire, c’est Elsa Dreisig. Au sommet de son art. Sa voix : puissante et fragile, incendiaire, lumineuse. Chacune de ses interventions, y compris en trio avec Don Giovanni et Leporello, est un moment d’exception.
     
    La musique de Mozart est un miracle. Elsa, pardon Elvire, Elsa donc Elvire, Elsa pour toujours Elvire, est à la hauteur de ce miracle.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Lièvres de l'aube

     
    Sur le vif - Vendredi 15.05.26 - 22,21h
     
     
     
    J’ai connu et côtoyé Jean-Pascal Delamuraz, pendant mes années au Palais fédéral. C’est peu dire que je l’ai apprécié, le mot est trop faible.
     
    J’ai couvert, d’un bout à l’autre, toute sa campagne de 1992 en faveur de l’Espace économique européen. Il aimait la vie. Il aimait son pays. Il était de cette espèce rare, précieuse, furtive comme un lièvre de l’aube, qu’on appelle les hommes d’Etat.
     
    À partir de là, le patron du Buffet de la Gare de Lausanne fait strictement ce qu’il veut. Mais il est des murs, en ce haut lieu des fiertés solitaires et des nostalgies rentrées, qui doivent se sentir terriblement orphelins.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Léon XIII, la croissance, la Suisse à dix millions

     
     
    Sur le vif - Jeudi 14.05.26 - 23.29h
     
     
    Il faut vraiment ne rien connaître à l’Histoire de la Suisse moderne pour s’étonner du ralliement d’une part non-négligeable de la démocratie chrétienne à l’initiative sur la Suisse à dix millions.
     
    Étudiez les 43 années entre 1848 et 1891. Sept conseillers fédéraux sur sept sont radicaux. La Suisse s’industrialise à fond. Le train se développe à une vitesse vertigineuse, mais aussi la chimie, la sidérurgie, la machine-outil. Les villes croissent et accueillent l’exode rural. Les grandes banques mettent la main sur l’industrie.
     
    Les radicaux sont pour. Les catholiques conservateurs et les chrétiens sociaux sont contre. Les Ligues du Patrimoine éclosent. La protection du paysage devient un thème.
     
    1891, année folle ! En Suisse, Joseph Zemp devient le premier catholique conservateur à casser l’hégémonie radicale au Conseil fédéral. La même année, événement mondial : l’Encyclique Rerum Novarum, de Léon XIII, place l’économie au service de l’humain, condamne la spéculation financière, rappelle le rôle de la famille et du développement personnel. C’est ce texte-là, lumineux, qui sera à la source de la démocratie chrétienne au vingtième siècle.
     
    Pour moi, il est parfaitement normal que des démocrates chrétiens, famille politique dont je connais l’Histoire à fond, se rallient à une initiative pour une Suisse combattant la pure folie de la croissance non-contrôlée.
     
    Centristes suisses, ne vous laissez pas avoir par les spéculateurs, le patronat profiteur, et les quelques affairistes en costard de votre parti.
     
     
    Pascal Décaillet