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Liberté

  • L'inculture de Trump est plus qu'un crime : c'est une faute

     
     
    Sur le vif - Mardi 31.03.26 - 14.12h
     
     
     
    Cette guerre est la guerre d'Israël, et d'Israël seul.
     
    Et encore. Elle n'est de loin pas la guerre de tout le peuple d'Israël. Ni celle de l'Etat d'Israël, tel qu'il fut, à juste titre, reconnu en 1948.
     
    Non. C'est la guerre de M. Netanyahu, et de son clan. C'est la guerre d'une certaine vision d'Israël, depuis juin 1967 : coloniale, dominatrice, méprisante pour le peuple palestinien. Tout le monde, en Israël, ne partage pas cette approche.
     
    Cette guerre est celle d'Israël, avec toutes les restrictions énoncées plus haut.
     
    Mais cette guerre n'est pas celle des Etats-Unis. Les manifs massives, partout dans le pays, témoignent d'une opposition qui, à ma génération, rappelle les grands rassemblements des années 60 contre une autre guerre coloniale et mortifère, celle du Vietnam.
     
    Non, ça n'est pas la guerre du peuple américain. C'est celle d'un Président dont on pouvait, en 2016 et même 2024, espérer quelque chose de son credo protectionniste et isolationniste. Mais qui, ivre de son pouvoir illimité en ce début de deuxième mandat (jusqu'à l'automne prochain), est devenu complètement fou. Ubuesque. Il a perdu toute mesure. Éclaté par son propre ego, comme la grenouille de la fable. Trump n'est plus qu'une caricature.
     
    Surtout, ce Président est totalement inculte. Quand on s'avise de déclarer la guerre à un Etat comme la Perse millénaire (quel qu'en soit le régime du moment), sans rien connaître de son Histoire, de son rapport à l'idée nationale, de ses strates culturelles, l'inculture est plus qu'un crime, c'est une faute.
     
    Enfin, cette guerre est tout, mais alors absolument tout, sauf l'affaire de l'Europe. Notre vieux continent ne pourra jamais faire l'économie d'une politique ouverte, avisée, renseignée, avec le monde arabo-persique. Avec ses langues. Avec ses courants confessionnels. Avec ses textes fondateurs. Avec ses représentations du monde qui, de manière matricielle, via la mythologie grecque, via Byzance, via l'Andalousie des Lumières, ont forgé les nôtres.
     
    Culturellement, nous devons infiniment plus à l'Orient qu'au Nouveau Monde. Je vous le dis, je vous le répète : apprenez le grec ancien puis moderne, apprenez le byzantin. Apprenez le copte. Apprenez le syriaque, l'araméen. Apprenez l'arabe. Apprenez le persan.
     
    Le régime des mollahs est assurément condamnable, il n'est pas question de contester cela. Mais l'oeuvre de guerre menée avec frénésie par les faucons d'Israël et ceux de Washington contre l'Orient compliqué ne doit en aucun cas être la nôtre, dans notre Vieille Europe.
     
    Plus que jamais, je dis ici aux Palestiniens qui souffrent, à Gaza et en Cisjordanie, mais aussi aux Libanais qui souffrent, mais encore aux Persans qui souffrent sous les bombes, et d'ailleurs aussi aux civils israéliens qui se retrouvent sous le feu allumé par leur Premier Ministre, je dis à tous ces frères et soeurs en humanité mon amitié. Et mon soutien.
     
     
    Pascal Décaillet

  • La République, c'est nous ! Pas la "contrainte" !

     
    Sur le vif - Lundi 30.03.26 - 15.30h
     
     
    L'idée même que puissent exister, dans le Budget d'une collectivité publique, des "charges contraintes", relève d'une aberration démocratique.
     
    Le Budget du Canton de Genève ne tombe pas du ciel. Nulle table de la loi, remise à un Moïse de passage. Nulle Muse homérique. Nulle transcendance. Nul droit divin.
     
    Le Budget du Canton est le Budget du peuple. Voté par ses représentants, les cent élus du Grand Conseil. C'est un acte éminemment politique. Il implique des choix. Un angle d'attaque. La clarté d'une vision. Une conception générale de l'Etat, et de son rôle. Un Budget ne se limite en rien à un simple exercice comptable, pour actuaires.
     
    La primauté du peuple, soit via ses élus, soit (beaucoup mieux) par le suffrage universel, c'est pour cela que Mirabeau, un 20 juin 1789, refusa, avec les députés du Tiers-Etat, de quitter la Salle du Jeu de Paume. C'est un acte majeur, il a ouvert la porte à cet incomparable moment de notre Histoire européenne qu'on appelle la Révolution française. Selon ses traditions à elle, ses coutumes, ses lois, sa manière d'organiser la politique, la Suisse des années 1798-1848 s'en est profondément inspirée.
     
    En République, il ne saurait exister de "charges contraintes". En République, tout est fonction de choix. Des penseurs aussi puissants que Hegel, Karl Marx, ont écrit les lignes les plus éclairantes sur cette primauté de la dialectique, appliquée au champ politique.
     
    En clair, soit les charges d'un Etat nous semblent acceptables, parce que nécessaires. Soit leur poids démesuré nous semble porter atteinte à la survie de l'Etat lui-même, et du Contrat social. Dans ce second cas, on les bazarde.
     
    Mais en aucune manière, on ne vient s'abriter derrière le concept de "charges contraintes". Comme si elles émanaient d'un mécanisme inéluctable, impossible à défaire par la voie démocratique.
     
    Gouverner, c'est choisir, a dit le seul grand homme d'Etat de la Quatrième République, Pierre Mendès France. Au pouvoir pendant seulement huit mois, de juin 1954 à février 1955, il a pris des engagements. Il les a tenus. Il a mené une politique de choix clairs, de transparence et de rigueur. Puisse son exemple nous inspirer. Faire de nous des citoyennes et citoyens responsables. Nous assumons nos choix. Nous ne nous réfugions pas derrière l'invocation d'une "contrainte".
     
    La politique, c'est nous, ou nos élus. Nulle autre force, venue de l'Olympe ou des entrailles de la terre, ne doit nous empêcher d'agir, selon nos choix.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Sur le coup de minuit, feu et lumière

     
     
    Sur le vif - Jeudi 26.03.26 - 11.37h
     
     
    Hier soir, Grande Librairie. Autour de Michel Houellebecq, qui sort un recueil, on parle poésie. Et on écoute du Bach, remarquablement interprété au piano par Claire-Marie Le Guay.
     
    Poésie, Bach, ça me parle. Ca nous change des mondanités de salon. Je tends l’oreille, et toujours davantage. L’émission est belle, même si les propos sur l’acte poétique, par les autres invités, gravitent autour du sujet, lui en demeurant extérieurs. Mais peu importe, de belles choses sont quand même dites, par de belles personnes.
     
    Surtout, Houellebecq se tait. Il est là, totalement présent, concentré, aimable, drôle quand on l’interpelle, mais frappe par ses silences. Il ferme les yeux, comme en radio, tout au verbe, insensible à l’image. Il est là, central, objet des discours et des louanges (Orsenna, dans l’ordre de la pommade, en fait un peu trop). Mais lui, Houellebecq, muet, semble à des années-lumière. Alors qu’il est là, totalement présent. À l’écoute.
     
    Et Bach, à dix jours de Pâques, pour ponctuer cet attachant petit monde de surgissantes élévations.
     
    Et puis, sur le coup de minuit, à la toute fin de l’émission, vient le moment où Houellebecq se voit invité à lire, à haute voix, l’un des poèmes de son dernier recueil. Et là, comme dans les Écritures, lumière et parole. Densité. Souffle, retenue, présence. Un moment de feu.
     
    Enfin là, face à nous, celle dont on nous parlait tant mais demeurait invisible : la poésie.
     
     
    Pascal Décaillet