Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liberté

  • On ne censure pas la souffrance des peuples

     
     
    Sur le vif - Jeudi 16.04.26 - 10.34h
     
     
     
    Voilà 78 ans, depuis la Nakba, la "grande catastrophe" qui les a chassés de leur terre, que les Palestiniens rêvent d'avoir, eux aussi, un Etat.
     
    J'étais à Jérusalem, en ce jour de mai 1998 qui fêtait les 50 ans de l'Etat d'Israël. Nous étions en reportage pour la RSR. Nous avons, comme toujours, donné la parole à tous, aux Israéliens comme aux Palestiniens. Nos émissions, nous les avons d'ailleurs faites à Jérusalem-Est, annexée comme on sait après la Guerre des Six Jours de juin 1967. Nous sommes allés au Mur. Nous sommes allés au Saint Sépulcre. Nous avons vu l'Esplanade.
     
    Je me réjouissais pour Israël, qui fêtait le premier demi-siècle de cet Etat tant voulu, après l'horreur absolue de la Shoah. Mais tout autant, j'étais en sympathie totale avec les Palestiniens, épars, morcelés, sans Etat, sans dignité. Et encore, c'était en 1998 : on sentait encore les Accords d'Oslo, même déjà essoufflés. L'ombre d'Yitzhak Rabin, ce grand homme, assassiné trois ans plus tôt, planait encore. L'espoir était encore permis.
     
    78 ans que les Palestiniens attendent. Arafat ? Je l'ai vu deux fois. Une fois vivant, lorsqu'il est venu en 1988 à l'Assemblée Générale de l'ONU à Genève, je suis allé le voir, pour le Journal de Genève. Une fois mort : producteur de Forum, j'ai couvert ses funérailles en novembre 2004, en direct de Ramallah, dehors, au milieu d'une foule immense, une heure d'émission spéciale, à l'arraché, avec à notre micro, dans le tumulte, toutes les déclinaisons des voix palestiniennes. C'est peu dire qu'elles sont multiples. Arafat était un grand homme. Mais il n'a jamais vraiment réussi à les fédérer. Il lui manquait peut-être l'étoffe, exceptionnelle, d'un Nasser.
     
    78 ans d'attente. Je fais partie, vous le savez, de ceux qui rêvent encore d'une solution à deux Etats. Celui d'Israël, que je n'ai jamais contesté en tant que tel, c'est la politique de Netanyahu qui me révolte. Et puis, celui de Palestine. L'Israël que je reconnais est celui de 1948, pas celui des annexions de 1967, en aucun cas celui de ce colonialisme continu, exacerbé, fanatique, mortifère à Gaza, en Cisjordanie, et jusqu'aux confins méridionaux du Pays du Cèdre, auquel nous sommes tant attachés.
     
    78 ans d'attente. Et hier soir, à Forum, un homme de paix et de lumière. Le réalisateur Jacob Berger. Un homme de ponts, d'éclairs de conscience, de lucidité. Un homme de paix.
     
    Nous avons besoin d'êtres comme Jacob Berger. Pas de censeurs, qui voudraient, en France, en Suisse, édicter des lois scélérates pour limiter le droit parfaitement pertinent à l'exercice de la pensée critique. Celle de Kant. Celle de Hegel. Celle qui pose sur le monde un regard, une analyse. Nous ne sommes pas les hommes et femmes, d'un seul Livre, d'une seule version, imposée. Nous sommes les témoins de mille vies, mille expériences, mille joies, mile souffrances. Nous ne les partageons pas entre celles qui seraient acceptables et celles qu'il faudrait taire. On censurer.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Coupable, et mortifère

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.04.26

     

    Le discours anti-Islam, en Suisse, ne tombe pas du ciel. Il procède d’une construction intellectuelle, préméditée, visant à propager l’idée que les civilisations ne peuvent pas se mêler. Que les valeurs de l’Islam seraient incompatibles avec celles de la société suisse.

     

    Si, au lieu d’Islam, on parle d’islamisme, système visant à établir sous nos latitudes la charia à la place de nos lois, voire une théocratie à la place de notre démocratie, alors oui, 100% d’accord : l'islamisme, nous devons le combattre.

     

    Mais l’Islam n’est pas l’islamisme. Pas plus que le christianisme ne se résume à l’Inquisition. L’Islam est, dans tous ses composantes, l’un des grands courants spirituels de ce monde. Au même titre que le judaïsme, le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, et tant d’autres. Tous ces courants méritent, tout au moins, d’être étudiés. En profondeur, et avec respect pour nos frères humains qui les pratiquent.

     

    Etudier, cela ne signifie pas adhérer. Libre à chacun d’embrasser la religion de son choix, ou aucune, croire ou ne pas croire. Telle est notre devise républicaine. Elle est la seule qui vaille. Elle garantit le respect mutuel, et invite à pratiquer ses cultes dans la sphère privée. La sphère publique, qui s’impose à tous, ce sont nos lois, notre République.

     

    L’Islam n’est pas l’islamisme. Et les apprentis-sorciers, qui jouent avec sa diabolisation, le savent très bien. D’autant plus grave est leur manipulation. Coupable. Préméditée. Mortifère.

     

    Pascal Décaillet

  • Avant de juger, on s'informe !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.04.26

     

    Se permettre un jugement, alors qu’on est dans l’ignorance : le pire des crimes, dans l’ordre de la vie intellectuelle et de la rigueur personnelle. Un exemple, de plus en plus flagrant dans nos pays, y compris en Suisse : la manière dont tant de jacasseurs pressés règlent le compte de l’Islam et des Musulmans, d’une chiquenaude, sans avoir le plus élémentaire degré de culture historique, géographique, linguistique, littéraire, sur ce qu’est ce monde-là, depuis le début du septième siècle de notre ère (622). Comment il est né, à quels besoins profonds il a, dès ses débuts, répondu, comme avant lui le judaïsme, puis le christianisme. Comment il s’est subdivisé en branches, décliné sur une quantité de rites, selon les coutumes locales. Bref, les faits.

     

    Et puis, tout de même, en ce monde où les voyages sont si faciles et où le premier venu se précipite à se faire dorer la pilule en Australie ou en Thaïlande, il n’est pas interdit d’aller visiter des mosquées, comme d’ailleurs des synagogues ou des églises, avec toujours l’impétueuse fureur de comprendre. Pas juger, à l’emporte-pièce. Mais comprendre, en profondeur.

     

    Les mosquées. Le toute première de ma vie fut, en 1966, celle des Omeyyades, à Damas, lors d’un voyage familial qui m’a ouvert, pour la vie, les portes de l’Orient. Et m’a permis, émerveillé, de découvrir le Liban et la Syrie. Puis, celles d’Istanbul. Puis, en 1969, celles d’Andalousie, éblouissantes. Puis, celles d’Afrique du Nord, etc. A l’école où j’étais, nous avons eu la chance d’avoir une très longue initiation, historique et factuelle, à l’Islam, comme au judaïsme, et bien sûr, en profondeur sur des années celle-là, au christianisme. Allez voir les mosquées, Découvrez les trésors d’une civilisation. Renseignez-vous ! Ne dites pas n’importe quoi ! Ne venez pas confondre Islam et islamisme !

     

    Mais il y a pire. Que des gens sans formation, sans culture, propagent ces amalgames, est une chose. Mais ceux qui ont fait des études ! Qui ont été profs ! Qui se réclament de la philosophie, de l’humanisme, des Lumières ! Et qui, aujourd’hui, ne pensent plus qu’en nous ressassant les anathèmes des surexcités de CNews, de toute cette galaxie bolloréenne, zemourienne, ces théories sur le « Grand Remplacement ». Bref, le discours aujourd’hui à la pointe, en France, dans les milieux visant à préparer l’accession à l’Élysée du gendre idéal du RN. Leurs propos sont mortifères : de cette propagande martelée contre l’Islam, plus ou moins volontairement confondu avec l’islamisme, à une désignation des millions de Musulmans vivant dans nos pays comme boucs émissaires, il n’y a qu’un pas. Certains le franchissent, à dessein.

     

    Alors, quoi ? Alors, gardons-nous de tout jugement péremptoire. Lisons des livres d’Histoire, par centaines, imprégnons-nous de toutes les visions, y compris celles qui nous sont les plus étrangères. Apprenons les langues. Visitons le monde arabe, turc, persan. Visitons l’Égypte, tant de fois millénaire, avec ses grondements souterrains d’influences spirituelles mêlées, où les pharaons côtoient les ermites coptes du désert. Instruisons-nous, plutôt que d’aligner les propos de bar. Et les poncifs.

     


    Pascal Décaillet