Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.06.26
En République, à quoi sert un ministre ? Ou un chef de gouvernement ? Ou un chef d’Etat ? A une seule chose : servir le peuple. Servir son pays. Servir la communauté citoyenne dont il a la charge. Il doit être le serviteur des serviteurs du peuple. Il n’est là ni pour lui-même, ni pour sa gloriole, ni, orgueil suprême et démesuré, pour sa « place dans l’Histoire » (Mitterrand). De même, il doit être jugé, non sur sa vie privée, ni sur la qualité de son sourire (Kennedy), ni sur ses vertus de danseur mondain (Obama), mais sur la réussite – ou l’échec – des missions qui lui ont été confiées.
A-t-il servi son pays, comme de Gaulle, Mendès France, Willy Brandt l’ont fait ? En a-t-il amélioré le sort, comme le très grand socialiste bâlois Tschudi, trois réformes complètes de l’AVS entre 1959 et 1973 ? A-t-il jeté les bases d’un édifice social unique en Europe, comme le grand Bismarck ? A-t-il révolutionné l’Ecole, comme le socialiste André Chavanne, entre 1961 et 1985 ? A-t-il imposé les exigences de l’Etat face aux féodalités de l’Argent, comme l’inoubliable Christian Grobet, entre 1981 et 1993 ? A-t-il amélioré la vie des plus humbles, comme le travailliste Attlee, juste après la guerre, en Grande-Bretagne, ou comme les sociaux-démocrates scandinaves, le Suédois Olof Palme notamment ?
Bref, a-t-il œuvré au service de tous ? Ou, au contraire, a-t-il ruiné son pays, en l’endettant pour des générations (Macron) ? A-t-il provoqué sa perte, en l’entraînant dans une guerre ? A-t-il cassé son tissu social (Thatcher) ? En a-t-il pulvérisé le crédit, dans tous les sens du terme ? A-t-il abdiqué sa souveraineté ? L’a-t-il livré à un pouvoir supérieur, un empire ? L’a-t-il vendu aux usuriers mondialistes dont il s’est fait, pour rembourser la dette, le débiteur ?
A-t-il défendu l’agriculture de son pays, son industrie, en les protégeant par une politique volontariste d’Etat, ou a-t-il laissé la « main invisible du marché », les dévaster, en les livrant à férocité de la concurrence mondiale ? En délocalisant les sites de production au fin fond de l’Asie ? En laissant les vins étrangers submerger les marchés de son pays ? A-t-il, fuyant la fréquentation de son propre peuple, préféré se pavaner, toute la durée de son mandat (Macron), dans des postures de gluante familiarité avec les autres puissants de la planète ? Les embrassant. Les prenant constamment par le bras. Les tutoyant publiquement. Nous, le peuple, n’élisons pas des gouvernants pour qu’ils tutoient ouvertement d’autres gouvernants, comme s’ils retrouvaient de chères cousines, autrefois aimées, dans une grillade de famille ! Non seulement ils se tutoient, mais ils prennent plaisir à s’afficher en se tutoyant, ils veulent que ça se sache. Ils veulent prouver quoi ? Qu’ils sont du même monde ? Qu’ils font partie du cercle ? Je préfère mille fois le courage ombrageux de Mme Keller-Sutter, quand elle remet à sa place le Roi Ubu de la Maison Blanche. Allez, en guise de tutoiement final, ami lecteur, je te salue ! Et je t’embrasse.
Pascal Décaillet