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Liberté

  • Les passants du désert

     
     
    Sur le vif - Vendredi 31.07.26 - 11.57h
     
     
    Au moment où la Suisse, ce pays qui est nôtre et que nous aimons tous, s’apprête à vivre des heures de fraternel et joyeux recueillement national, je tourne mes pensées vers tous les êtres du monde attachés à un bout de terre. Un paysage. D’infinis fragments de mémoire. Et aussi, en invisible lien avec ceux qui nous ont quittés. Nos parents, nos proches, nos amis, nos frères d’armes.
     
    Ce qui constitue un humain, c’est un passé, des joies, des cicatrices, des rencontres, des ruptures, des souffrances, des chemins de solitude. Il faut passer par là, oui par des temps de désert, peut-être même de désespoir, pour se sentir en lien avec une communauté invisible. Une patrie. Une espérance. Une attente de lumière. Les grégaires professionnels ne m’intéressent guère.
     
    Le patriotisme n’a pas à être sermonné, par un individu qui se prétendrait plus patriote que d’autres. Il n’a pas à être enseigné. Il n’appartient à personne, aucune faction, aucun parti. Justement parce qu’il appartient à chacun d’entre nous, qui en possède une part indivisible.
     
    Et cette part est intimement tissée de mémoire, de nostalgies, de la galerie vivante de ceux qui furent, comme nous tous, des passants.
     
    Alors oui, en cette veille de Fête, je souhaite à tous de beaux moments autour de ce qui nous est commun. Avec une pensée pour ceux, dans le monde, qui n’ont pas de patrie, ou en sont exilés, ou tout simplement souffrent de ce manque. Ça fait pas mal de monde.
     
    Ces frères humains sont innombrables. Mais, parmi tant d’autres, je tourne toutes mes pensées vers un peuple qui, depuis 78 ans, et plus cruellement encore depuis 59 ans, se cherche une terre, une patrie, une communauté vivable. Je pense, bien entendu, au peuple palestinien.
     
    Leur quête de patrie est sœur de nos solitudes invisibles. Leur nostalgie est la nôtre. Leur désert est, au fond, habité des mêmes passants que ceux de chacune de nos vies intérieures.
     
     
    Pascal Décaillet

  • William Heinzer, homme de radio, frère d'armes

     
     
    Sur le vif - Vendredi 25.07.26 - 22.57h
     
     
    Énorme choc, à l’instant, en apprenant, de retour d’une virée en montagne, le décès de William Heinzer !
     
    Il était mon frère d’armes. Avec lui et Georges Pop, trois co-producteurs, nous avons lancé, il y a 33 ans, la toute nouvelle formule des Matinales RSR, celles pour lesquelles j’étais revenu de Berne. Des mois de maquettes, avec toute la rédaction, tout l’automne 93, puis nouvelle formule, dès début janvier 94. Un continuum info, avec journaux et séquences, sur deux heures d’antenne, le 7-9. La formule, en 33 ans, a bien sûr été maintes fois aménagée, mais au fond, la refonte complète de 1993 demeure en vigueur.
     
    William était un frère d’armes, comme un ou deux autres ont pu l’être en 2000, dans la refonte complète, cette fois, de la tranche du soir, bref la formule encore actuelle de Forum, dont j’ai été le producteur, de 2000 à 2006.
     
    William, frère d’armes, passé ensuite à la TSR, mais homme de radio, chevillé viscéralement à son micro. Il y a peu, au fond, d’hommes ou femmes de radio, je veux dire totalement radio, viscéralement radio, pour qui la radio est une affaire vitale. Il en était. Comme Frank Musy. Comme un ou deux autres.
     
    Surtout, William était un type bien, ça aussi c’est rare. Un bosseur, qui vivait pour les intérêts supérieurs de sa tranche de production. Un fonceur. Un homme dont je me souviendrai toujours. Un frère d’armes, tout simplement.
     
    À sa famille, ses proches, mon immense sympathie. Le monde de la radio, en Suisse romande, perd l’un de ses meilleurs représentants.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Mélenchon : la France mérite mieux !

     
     
    Sur le vif - Mercredi 15.07.26 - 09.26h
     
     
    J’ai déjà dit ici mon opposition à Mélenchon, même si je le rejoins sur de nombreux points : Proche-Orient, soutien à la cause palestinienne, ouverture au monde arabe, au Sud, souveraineté intransigeante de la France, rejet de la machine administrative européenne, rejet de l’atlantisme et de l’impérialisme américain depuis 1945, rejet de tout colonialisme, rejet du capitalisme prédateur. Et, bien sûr, dans les grandes lignes, aspiration à une société plus juste, richesses mieux réparties, respect des plus humbles. Ca commence à faire beaucoup, d’ailleurs, quand j’y pense, le nombre de sujets fondamentaux sur lesquels je le rejoins. Je dirais même que ça me travaille, ça me remue intérieurement, ça m’interroge, ça laboure mes réflexions, ça m’intrigue.
     
    Alors, mon opposition, pourquoi ? Elle ne vient pas des thèmes, mais de sa personne. Parce que sa vision sectaire, sa haine de ses adversaires, sont de nature à DIVISER LES FRANÇAIS, plutôt qu’à les réunir. Parce que lui, Mélenchon, par sa nature, son orgueil démesuré, sa manière de faire de la politique, n’est autre qu’une graine de dictateur. Au fond, cet homme brillant, cultivé, prodigieux orateur, a pour pire ennemi la noirceur constamment émergente de sa propre personne.
     
    C’est un gourou, un chef de meute, un excitateur de foules. Désolé, mais la France, déjà si déchirée, a besoin en 2027 d’un pacificateur. Un unificateur. Un Henri de Navarre, entrant dans Paris par le Pont-Neuf, un 22 mars 1594, pour mettre fin à l’horreur absolue des Guerres de Religion, et RÉCONCILIER LES FRANÇAIS.
     
    Revivifier ce miracle, oui, en 2027, mais cette fois autour de la Nation, et de la République.
     
    Mélenchon n’est pas cet homme, il n’est pas un rassembleur. C’est un clanique. Un sectaire. Un aiguiseur de haines. Un marionnettiste de meutes, pour établir son propre pouvoir. D’ailleurs, regardez son entourage, ses lieutenants, les Bompard, les Panot : adhésion totale, fidélité aveugle au chef. Tous, autour du gourou. Tous, à sa suite. Tous, à se presser, pour figurer le plus près possible du Maître, dans les meetings, les manifs. Ils sont ses officiants. Ses enfants de chœur.
     
    Mélenchon, un homme d’une grande intelligence, mais miné par la monstruosité de son propre rapport au pouvoir. Par sa propre personne. La France n’a pas besoin d’un Fouquier-Tinville en 2027, ni de charrettes de condamnés, ni de s’exciter face à la lame sanglante et vengeresse, en place de Grève. Se réinventer, oui, trouver la profondeur d’un nouveau souffle, ce dont elle a toujours été capable dans son exceptionnelle Histoire. En 1789, en 1792, en 1830, en 1848, en 1944, en 1958. Mais pas avec un factieux. Pas avec un chef de meute. Pas avec un vengeur de classes. La France mérite mieux.
     
     
    Pascal Décaillet