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Liberté

  • Proche-Orient : l'audace de déplaire

     
     
    Sur le vif - Lundi 09.03.26 - 16.02h
     
     
     
    "Violation du droit international" : bravo, M. Pfister ! On aimerait cette clarté, ce courage, chez votre homologue M. Cassis.
     
    Hélas, trop occupé à ne vexer ni ses amis d'Israël ni ceux des Etats-Unis, auteurs complices de cette pure et simple guerre d'agression, le ministre suisse des Affaires étrangères rase les murs.
     
    Face au silence de M. Cassis, les mots du ministre suisse de la Défense font du bien.
     
    Et les parlementaires ? Silence radio ! Ils entament aujourd'hui leur deuxième semaine de session, poursuivent l'ordre du jour le plus routinier, comme si de rien n'était. Le Proche et le Moyen-Orient s'embrasent, nos Chambres fédérales ferment les yeux. Nos élus ne veulent ni voir, ni entendre, ni savoir. L'impératif de méconnaissance règne sous la molasse fédérale.
     
    Une fois de plus, le Parlement suisse brille par l'obsession de ressembler à une horloge mécanique. Ou une boîte à musique. Perfection des rouages. Au service du peuple suisse ? Non, juste au service de la machine elle-même ! Éternellement recommencée, comme chez Tinguely.
     
    En ces heures graves pour une région du monde qui nous est si chère, qui nous est matricielle, la Suisse a besoin de voix discordantes. De salutaires emmerdeurs, comme purent l'être un Jean Ziegler, ou un Franz Weber.
    Plus que jamais, la petite musique suisse a besoin de discordances. Pas seulement des dièses, ni des bémols. Mais, dans la composition elle-même, l'audace de déplaire.
     
    Rompre avec l'unisson de la convenance atlantiste n'est pas un luxe. Pour ceux qui, par la plume, par la voix ou par les lumières de la connaissance, en ont l'étoffe, c'est un devoir.
     
     
    Pascal Décaillet

  • "Remodelage" du Proche-Orient, saloperie d'euphémisme

     
     
    Sur le vif - Dimanche 08.03.26 - 15.21h
     
     
     
    Je me suis rendu maintes fois au Proche-Orient. A chaque voyage, quel que soit le pays, toujours cette émotion, si intense, l'ombilic du monde. Les parfums, les mêmes que j'ai toujours respirés en Afrique du Nord, en Turquie, et même déjà en Andalousie. Les musiques. Les marchés. La splendeur des monuments, Mosquées, Synagogues, Eglises. Apogée de ce croisement vertigineux de civilisations : la Vieille Ville de Jérusalem. Ces ruelles étroites, si denses, qui semblent porter le poids du monde.
     
    J'ai eu la chance immense de découvrir en famille le Liban, ainsi que la Syrie, très tôt dans ma vie, à l'été 1966. J'avais huit ans. Saisissant souvenir, qui revient dans mes rêves. Beyrouth, Baalbeck, Damas, Mosquée des Omeyyades, fascination totale. Mais hélas, le Liban, je n'y suis jamais retourné. J'espère le revoir un jour.
     
    Le Liban. Fabuleux pays, croisement de civilisations, mélange d'ethnies, de religions. Mais aussi, des décennies de souffrances. Pays complexe, carrefour des ambitions coloniales des Britanniques et des Français, reliques d'Empire Ottoman, ruines de Rome, de Phénicie, marché à ciel ouvert.
     
    En ce dimanche où j'écris ces lignes, le Liban, une nouvelle fois, vit un calvaire. L'intervention israélienne ne combat pas seulement le Hezbollah : elle détruit, elle tue, elle sème la désolation. Et surtout, elle provoque un déplacement de populations tout simplement hallucinant. Le deuxième en deux ans, depuis Gaza.
     
    Comme si c'était hier, je me souviens de "Paix en Galilée", le nom cynique qu'Israël avait donné à l'entrée des chars d'Ariel Sharon au Sud du Liban, en 1982. On sait ce qui s'est passé là-bas, dans les camps palestiniens. On sait les conditions qui avaient permis ce massacre, quels qu'en fussent les responsables.
     
    44 ans plus tard, quatre décennies de souffrances récurrentes, revoilà les troupes d'Israël semant la mort au Liban. Des masses infinies de populations déplacées. Israël, aujourd'hui comme naguère, entre au Liban, s'y promène, y règle sans comptes, sans le moindre souci des conséquences pour le peuple libanais, sans le moindre mandat international, sans le moindre accord de l'ONU. Israël marche sur le Liban, à sa guise, comme sur un paillasson.
     
    Et chez nous ? D'ineffables commentateurs, la Cinquième Colonne d'Israël, non contents de se réjouir de l'agression américano-israélienne sur l'Iran, applaudissent aux ravages d'Israël dans le Sud du Liban. Ils ont l'immense culot, ces suppôts des puissants, d'utiliser cette saloperie d'euphémisme, "le remodelage du Proche-Orient".
     
    Pour eux, comme pour Darius et ses généraux, comme pour les archanges du bolloréisme, la guerre est un jeu vidéo. Avec ses termes imposés : "remodelage", "opérations préventives", "cibles traitées", "terroristes neutralisés". Tout cela, toute la reprise servile de ce charabia, est à vomir.
     
    Le Liban de mon enfance me revient dans les rêves. Je veux encore y croire. On ne "remodèle" pas ses rêves d'enfants. On vit avec eux, jusqu'à la mort.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Faire la guerre, c'est mentir

     
     
    Sur le vif - Samedi 07.03.26 - 12.15h
     
     
     
    La guerre se fait avec des armes. Mais elles se fait aussi, depuis toujours, avec des mots. Des images. Des formules. La maîtrise de la communication est aussi importante que celle du ciel. Tout belligérant de ce monde, de tous les temps, accompagne sa guerre d'une intense propagande. Faire la guerre, c'est mentir.
     
    Que le régime des mollahs nous raconte des salades, depuis 47 ans, tout comme celui du Shah avant lui, n'en doutons pas une seule seconde.
     
    Mais les Etats-Unis ! Mais Israël ! La première puissance militaire du monde et son cher allié du Proche-Orient ont compris, plus et mieux que d'autres, l'absolue nécessité de maîtriser les mots de la guerre. Faire passer des formules : "action préventive", "traiter les cibles", "neutraliser les terroristes". En Israël, les services dédiés à la propagande sont redoutablement efficaces. C'est une arme de la guerre, au même titre que les avions de chasse ou le dôme aérien.
     
    Le problème, ça n'est pas les agents de propagande des belligérants. Ca fait partie de la guerre, c'est une donnée. Non, le problème, c'est l'inféodation hallucinante de nos médias à leur vocabulaire imposé, leur récit, leur grammaire.
     
    Record absolu d'obédience au discours imposé par Israël : les chaînes privées parisiennes. Toutes. Mais particulièrement, celle de la droite dure. Consignes Bolloré ? Peut-être même pas : peut-être, pire encore, suradaptation des braves soldats du bolloréisme à ce qu'ils pensent être de nature à plaire à leur cher maître et protecteur. Soyons francs : cette chaîne constitue, du matin au soir, une Cinquième Colonne d'inféodation totale la machine de guerre israélienne, sur territoire français.
     
    Ainsi, pendant les deux ans de massacre à Gaza, la parole donnée, quasiment tous les soirs, à l'ineffable colonel chargé de la propagande en langue française, dans l'armée israélienne. Un homme intelligent, vif d'esprit, un balanceur talentueux de mots-valises, préparés pour être repris comme argent comptant, par nos braves journalistes. Ce colonel israélien fait son boulot, il accomplit sa mission. Mais les oisillons, ici, bec ouvert, tout en appétit de la bonne parole !
     
    Inféodée à Israël, cette chaîne ? Pas seulement ! Inféodée aux pires faucons du gouvernement Netanyahu ! Pendant les deux ans de massacre à Gaza, soutien total à l'action guerrière d'Israël. Depuis une semaine de guerre en Iran, idem. Et toujours, ce même cénacle de "chroniqueurs" (étrange mot, qui impliquerait un acte éditorial construit, au lieu de quoi nous n'avons que hurlements, interruptions brutales de paroles, combats de coquelets). Toujours, cette joyeuse équipe au service de M. Netanyahu, de M. Bardella (dans le duo concurrentiel avec Marine, ils ont clairement choisi l'ultra-libéral contre la protectionniste, l'ami affirmé d'Israël, qui a jugé bon d'aller saluer M. Netanyahu, en pleines tueries à Gaza). Ils en ont, évidemment, le droit, c'est leur ligne éditoriale. Mais ne soyons pas dupes de leur rôle actif, comme belligérants et non comme observateurs critiques, dans la guerre des mots et des images.
     
    La Suisse romande ? C'est moins caricatural qu'en France. Mais la Cinquième Colonne est présente, et en ordre de marche. On la trouve dans les journaux "de référence", dans les grands groupes de presse dirigés de Zurich. On la trouve, surtout, chez les commentateurs, chez nombre de politiciens de la droite libérale (pas tous), chez nos atlantistes suisses, les mêmes qui applaudissaient au bombardement de Belgrade au printemps 1999, à l'invasion de l'Irak au printemps 2003. Les mêmes qui, pétris d'obédience à l'Oncle Sam, ont entraîné la Suisse économique, ces dernières décennies, dans une incroyable dépendance à l'économie américaine, on s'en rend compte avec les droits de douane. Ces gens-là ne servent pas la Suisse. Ils servent le colonialisme de la première puissance du monde.
     
    J'invite tout observateur du réel à l'ascèse de lucidité. Décrypter les mots. Décoder les propagandes. Fuir toute meute de pensée, de gauche comme de droite. Se renseigner. Se cultiver. Étudier les langues, à commencer par celles de l'Orient compliqué. Garder l'esprit ouvert. Se méfier de la morale.
     
    Dire les choses, simplement, au plus près de ce qu'elles sont. Avec les bons mots. Pas ceux des agresseurs. Ni des dominants. Ni des colons. Non, les mots de tous les jours, ceux qui touchent l'esprit et le coeur. Les mots qui sonnent juste.
     
     
    Pascal Décaillet