Liberté
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Face à l'Allemagne, la France endettée est larguée !
Sur le vif - Jeudi 01.10.26 - 10.44hDepuis l'immense Frédéric II, Roi de Prusse entre 1740 et 1786, l'homme qui remet les Allemagnes au centre du jeu européen, un siècle après la dévastation totale de 1648 (lire "Simplicius Simplicissimus", Grimmelshausen, 1668), France et Allemagne sont, depuis trois siècles, en rivalité directe pour le statut de première puissance continentale européenne.Frédéric marque des points avec la Guerre de Sept Ans (1756-1763). Ses successeurs, dans une Prusse affaiblie, sont vaincus par Napoléon à Iéna en 1806, la Prusse est occupée (très sévèrement) par les Français jusqu'en 1813. Cette année-là, en octobre, la victoire des Allemands coalisés à Leipzig, la Völkerschlacht, sonne le début d'une Allemagne nouvelle. Celle qui, sous Bismarck, fera son unité en 1866, deviendra Empire unifié en 1871 à Versailles, après la défaite de la France, deviendra aussi première puissance industrielle d'Europe, avec les bassins de charbon de la Ruhr et de Silésie, ainsi que des aciéries d'exception.La suite, vous la connaissez : deux guerres mondiales. En juin 40, la France qui subit, après six semaines seulement d'une campagne-éclair, la pire défaite de son Histoire. Et puis, dans les années d'après-guerre, le charbon et l'acier mis en commun, la naissance d'une Europe communautaire. Dont les deux piliers les plus puissants sont, encore et toujours, la France et l'Allemagne. Le couple, encore le couple, toujours le couple.Une lecture économique des décennies d'Europe communautaire montre une réalité, avec éclat : sous couvert de "projet commun", la France et l'Allemagne sont toujours demeurées intensément rivales sur les questions de démographie, de capacité de production industrielle, de balance commerciale, de paix sociale.Nous sommes en octobre 2026. Dans l'éternelle pesée comparative des puissances, dans ce jeu de concurrence qui existait déjà sous Louis XV, puis de façon continue pendant trois siècles, la France a perdu la bataille. Durablement. Dix années de Macronie, arrogantes, mensongères, dispendieuses, ont ruiné ce pays, comme jamais depuis les ultimes années de l'Ancien Régime. La dette de la France, absolument colossale, honte de l'Europe, interdit à ce pays tout investissement mobilisateur, et surtout tout rôle crédible dans le concert des nations.L'Allemagne d'octobre 2026 ? Assurément en difficulté. Radicalisation des positions, vieillissement des infrastructures routières et ferroviaires, industrie automobile qui s'effondre, choix énergétiques majeurs à trancher. Mais la situation financière du pays, sa confiance d'exception dans la valeur travail, l'énergie vitale d'un peuple qui en a vu d'autres, et jusqu'à l'immense projet de réarmement (100 milliards par an pour la défense), surpasse la paralysie française. Sans compter son expansion sans limites, depuis la chute du Mur, sur les marchés de l'Est (Pologne, Tchéquie, Hongrie, Pays Baltes). Le dynamisme économique allemand est bien vivant. Il doit juste se réinventer. Mais L’ÉNERGIE est là, vous comprenez ?Il ne faut pas trop parler "d'Europe". "L'Europe", politiquement, n'existe pas. Ni stratégiquement. Les vieilles nations qui la constituent sont tout, sauf mortes. Leurs intérêts vitaux, chacune séparément, sont encore prioritaires, on l'a vu dans la crise Covid. La France, ça existe. L'Allemagne, ou plutôt les Allemagnes, ça existe. Le réarmement allemand, ça existe. Le jour venu, ce nouvel outil stratégique ne sera pas mis au service de "l'Europe", comme le croient les naïfs et les incultes en Histoire. Mais au service de l'Allemagne. Des intérêts vitaux, intrinsèques à la nation allemande. Et c'est sur les Marches de l'Est, une fois de plus, que les choses sérieuses se joueront.Pascal Décaillet -
Radicaux fondateurs
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.09.26
J’ai vécu à Berne, comme correspondant parlementaire, il y a plus de trente ans, toute la genèse de la LAMal (loi sur l’assurance maladie). Projet du Conseil fédéral, procédure de consultation, débat-fleuve aux Chambres, enfin acceptation par le peuple, le 4 décembre 1994. Une étape, majeure, dans l’Histoire sociale de notre pays. Comme l’avait été, en plus essentiel encore, la création de l’AVS, en 1947, entrée en vigueur le 1er janvier 1948.
Mais déjà, à l’observateur que j’étais, apparaissait toute l’impossibilité d’un paradoxe : rendre obligatoire l’assurance, oui, car tous doivent pouvoir accéder aux soins. Mais en même temps, l’obligation de s’affilier, non à un organe d’Etat, comme je l’aurais souhaité, mais à des Caisses privées ! En clair, chaque habitant de notre pays se voyait, par la nouvelle loi, obligé d’apporter de l’argent à… des entreprises privées ! Singulière conception de la République.
32 ans plus tard, l’échec est monumental. La LAMal est un fiasco. Le système étouffe financièrement les Suisses. Les primes ne cessent d’augmenter. Une seule solution : changer radicalement la donne. Avec, à la clef, un grand retour de l’Etat, et de l’intérêt de tous. A sa manière, au modeste niveau du Canton de Genève, Pierre Maudet nous esquisse une solution. Elle vaut, pour le moins, d’être étudiée. Peut-être sera-t-elle recalée. Mais quelqu’un, au moins, aura osé. Dans la veine radicale des Pères fondateurs.
Pascal Décaillet
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Le pire en politique : les amateurs
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.09.26
Rien de plus insupportable que les gens qui prétendent vouloir « faire de la politique autrement ». Ces petits prétentieux, tous partis confondus, qui déboulent sur la place publique, riches de leur seule inexpérience, sans passé, sans cicatrices, surtout sans la moindre culture historique et politique, et vous annoncent l’avènement, grâce à eux, d’une nouvelle ère. Le coup de la table rase. Le coup de l’homme nouveau. Celui qui va se saisir de la chose publique, en tout affranchissement de la moindre contrainte, en toute apesanteur du passé, de ce qui fut patiemment construit par nos ancêtres, des rapports de forces sociaux, de la lutte des classes, des antécédents historiques. Non, juste se pointer, prendre un air moderne (ah, le mythe de la nouveauté !), dégagé de toute contingence, celui qui va vous libérer des entraves, des archaïsmes, des appartenances.
Foutaise. Et je pèse mes mots. Ces gens-là sont des amateurs. Ils n’ont pas le bagage, les codes, la préparation historique, philosophique, pour affronter l’arène politique, alors ils se drapent dans leur ignorance, la transforment en vertu. Ce sont des baratineurs de bas étage. La vérité, c’est que la politique est un métier. Elle exige d’éminentes qualités. Une longue préparation intellectuelle, d’abord, historique surtout, pour placer dans la diachronie, donc dans la durée, la chaîne d’antécédents, un problème politique à résoudre aujourd’hui. On ne surgit pas du néant, ni de Sirius : on consacre sa jeunesse, ses années de formation (Lehrjahre) à se préparer. On étudie l’Histoire. On lit la vie des hommes illustres. On se renseigne sur les guerres, les traités. On se plonge dans l’Histoire économique et sociale, on lit Thucydide (La Guerre du Péloponnèse) et Karl Marx, on se renseigne sur l’Histoire ouvrière, on lit les témoignages, tous, ceux des victimes, ceux des bourreaux, ceux des gentils, ceux des méchants.
Surtout, on se débarrasse de la morale. Non dans sa vie, bien sûr. Mais comme outil d’analyse des rapports de forces humains, donc de la politique. L’observation de la politique exige, désolé de le dire, un parfait cynisme, glacé. Un seul impératif : comprendre. Alors oui, la politique est un métier. Elle a ses codes, ses lois de la guerre, ses impératifs d’endurance. François Mitterrand, plus d’un demi-siècle de politique active, connaissait par cœur la carte électorale de la France, circonscription par circonscription. Président pendant quatorze ans, il prétendait s’en désintéresser, laisser ces détails aux partis. La vérité, c’est qu’il contrôlait tout, actionnait les leviers, plaçait ses hommes. Il faisait de la politique non pas « autrement », mais « mêmement ». Il était habité, jusqu’au fond des ses artères, par la même éternelle noirceur du pouvoir. Il le savait. Il connaissait la règle. Il jouait le jeu. Et souvent, il gagnait. Mais jamais il n’affectait le masque du rénovateur. Il ne trichait pas. Il faisait même, ouvertement, de son cynisme renseigné une marque de fabrique, un fleuron.
Pascal Décaillet