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Liberté

  • Les volets rouges, les volets bleus

     
     
    Sur le vif - Vendredi 28.08.26 - 17.17h
     
     
     
    Insupportables profs de droit. Ils nous disent « Ne touchons pas à la neutralité, car la neutralité EST ceci, EST cela ».
     
    Ils me font penser à un entrepreneur en gypserie-peinture à qui vous auriez demandé un devis pour repeindre en bleu tous les volets de votre maison. Et il vous dirait : « Désolé, on ne peut pas les repeindre en bleu, car ils sont rouges ».
     
    Vous, vous savez bien qu’ils sont rouges, c’est votre maison, vous y vivez. Simplement, vous voulez à présent des volets bleus.
     
    Dans notre démocratie directe suisse, il n’y a pas de profs de droit, pas de plombiers, pas de médecins. Il n’y a que des CITOYENS.
     
    La citoyenneté est indivisible. Elle ne se fractionne pas en fonction des statuts professionnels, ce serait un suffrage censitaire selon la charge occupée dans le corps social. Un retour à l’Ancien Régime, dans son pire visage : la Restauration. Les notables repus, dans leurs salons, ventripotents sous le gilet de luxe, avec d’interminables favoris, jusqu’au menton.
     
    Une initiative consiste à changer la Constitution fédérale. Acceptée par le peuple et les cantons, elle DOIT être mise en application. Et nul n’a à entraver ce processus. Ni les parlementaires. Ni surtout les profs de droit.
     
    S’ils participent au débat dans la campagne, ce dont nous avons tous le droit, cela doit être comme CITOYENS, à égalité absolue avec chaque membre du corps électoral constituant le suffrage universel. Mais pas comme profs de droit.
     
    Tout au plus, leur rôle de descripteurs du réel sera de dire à leurs étudiants : « Longtemps, les volets de cette maison ont été rouges. Maintenant, ils sont bleus ».
     
     
    Pascal Décaillet

  • Le terrain, tel qu'il est

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.08.26

     

    En Suisse, près d’une personne sur trois vote UDC. Idem en France, avec le RN. Dans la gauche française, la France Insoumise domine le terrain. Juste après la guerre, c’étaient les communistes. Puis, François Mitterrand a renversé la vapeur, en imposant le PS comme première force à gauche, coup de génie d’ailleurs. Eh bien aujourd’hui, c’est LFI. Le vent tourne. Des idées nouvelles, ancrées dans les réalités d’aujourd’hui, s’imposent. Un chef charismatique, Mélenchon, mène une campagne redoutable. C’est ainsi. Ce sont les faits. Rien ne sert de regretter les temps passés. Il faut voir le champ politique, tel qu’il est.

     

    Et ne parlons pas de l’AfD, en Allemagne. En vue des prochaines élections fédérales, elle ne cesse de grimper. Surtout, dans les Länder (les élections régionales sont capitales, Outre-Rhin), elle est créditée de chiffres à donner le vertige. A gauche aussi, les solutions radicales, dont certaines issues du communisme de la DDR, dont la nostalgie est considérable en Prusse, en Saxe et en Thuringe, relèguent le SPD, vieux parti issu des combats de barricades en 1848, le parti du grand Chancelier Willy Brandt (1969-1974), au rang de second rôle. Là aussi, ce sont les faits.

     

    On peut, bien sûr, rêver le renverser la vapeur. Maintenir sous perfusion l’Ordre Ancien, celui des années d’après-guerre. Mais la politique est affaire de réalités. Et non de chimères.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Les extrêmes montent. Et alors ?

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.08.26

     

    Partout en Europe, les positions politiques radicales, à gauche comme à droite, progressent. France Insoumise et Rassemblement National en France. AfD et Die Linke en Allemagne. Dans beaucoup de pays qui nous entourent, si on fait la somme des adhérents à ces formations, elle dépasse ceux qui soutiennent les idées « modérées ». C’est un changement majeur dans les politiques européennes depuis 1945, façonnées sur des majorités de centre-droit (démocratie chrétienne italienne ou allemande), ou sociales-démocrates (travaillisme britannique, SPD allemand, avec les grandes figures de Willy Brandt et Helmut Schmidt, gauche modérée en Autriche, en Suède). Pour l’heure, les modérés s’en sortent dans les élections majoritaires, comme la présidentielle française : on laisse les sensibilités s’exprimer au premier tour, on décrète des « Fronts républicains » au second, en clair on passe les alliances les plus biscornues pour faire barrage à la « bête immonde ».

     

    Ce petit jeu, qui permet aux « partis traditionnels », entendez ceux qui, à gauche comme à droite, se partagent allègrement pouvoir et prébendes depuis la guerre, de survivre, est à bout de souffle. Il vit ses dernières années, peut-être ses derniers mois. De moins en moins de citoyens supportent cette mise à l’écart permanente de ceux qu’on appelle avec mépris « les extrêmes ». Cette étiquette, d’ailleurs ! Si facile, avec tout ce qu’elle comporte de rejet, d’ostracisme, Cyniquement instrumentalisée par les « modérés », pour s’agripper au pouvoir. Ainsi, oser prétendre que le RN, ou LFI, ou l’AfD seraient « extérieurs au champ républicain » ! Voilà des partis qui participent aux élections, font élire les leurs, nourrissent le débat d’idées, proposent des solutions, dans le cadre de la République, et lui-seul. Et ils ne seraient pas « républicains » ! Comme si l’idée républicaine n’était pas, justement, fondée sur des antagonismes idéologiques puissants, loyalement posés, face à un corps électoral mûr, adulte et vacciné, qui tranche !

     

    Au début de l’ascension de l’UDC, en Suisse, dans les années 1990, on a vu d’ineffables pétitions d’écrivains, d’intellectuels, de profs de droit moralisateurs, pour tenter d’exclure ce parti du champ du respectable. Peine perdue ! Plus nos belles âmes s’étranglent, plus l’UDC monte. Les citoyens ne sont pas dupes. Ils jugent sur pièce, sujet par sujet, et ne supportent pas qu’une clique vienne leur dire pour qui voter, ou ne pas voter. Et puis, quoi ! Ces modérés voudraient faire de la politique sans adversaires ? A l’instar de ces ahurissants « débats », menés par des cercles d’intellectuels, où l’on pérore de l’UDC sans l’UDC, du RN sans le RN, de LFI sans LFI ! Juste entre soi. Entre gens raisonnables, bien élevés. Derrière le dos des intéressés. Aveu de faiblesse, terrible. Chant du cygne. Si les citoyens de nos pays, à gauche comme à droite, se tournent de plus en plus vers les « extrêmes », c’est qu’ils ont des raisons. La première chose serait peut-être de les étudier, en profondeur.

     

    Pascal Décaillet