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Liberté

  • Lumières de la connaissance contre Archanges de la mort

     
     
    Sur le vif - Dimanche 22.03.26 - 14.50h
     
     
     
    France Inter, hier soir (samedi), entre 18h et 19h. Sur l'Histoire de l'Iran depuis sa Constitution de 1906, mais surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, un invité d'exception. Sur toutes les périodes, avènement du Shah, épisode Mossadegh (de 51 à 53), exil de Khomeini, luttes d'influences entre les mollahs et ayatollahs de tendances différentes, en Iran comme en Irak, complexité des rapports avec les Américains, causes de la Révolution islamique de 1979, premiers mois de cette Révolution, chute du Shah, guerre Iran-Irak, relations de l'Iran avec Israël pendant cette guerre, rapports du monde persan avec les mondes arabes, mais aussi turcs, azéris, russes, sur tout cela, les lumières de la connaissance et de l'Histoire.
     
    Ce qui nous manque le plus, aujourd'hui, ce sont ces lumières. Avant de parler, il faut se renseigner. Lire l'Histoire des peuples, lire le livre de Françoise Gardiol (Prendre le signalement de l'univers, entre Perse et Iran, Éditions de l'Aire, 2020). S'initier aux langues et aux textes fondateurs de l'Orient compliqué.
     
    Au lieu de cela, notre univers médiatique, en Suisse, en France, à quelques exceptions près (Dieu merci !), c'est le néant. Je ne condamne pas les prises de position. Je condamne le bavardage, pour cause de méconnaissance, d'inculture historique, linguistique, littéraire. Je condamne l'image barbaresque qu'on veut bien se forger de l'Orient, lorsqu'on n'y connaît rien, qu'on n'y a jamais mis les pieds, qu'on est soi-même persuadé d'appartenir au "monde libre", ou autres poncifs dont nous régalent les ultra-conservateurs américains, ou les démocrates impérialistes et bellicistes, depuis 1945.
     
    Tenez, "les barbus". C'est ainsi qu'on qualifie les mollahs. On balance ce mot, dont Rome affublait déjà les barbares (ce qui lui était étranger), comme synonyme de retour à l'état primaire, je n'ose dire primate. Mais que sait-on du port de la barbe dans la tradition perse ? Darius, Cyrus, Xerxès, Artaxerxès, vous avez regardé leurs visages ? Et ceux des Athéniens, qui les combattaient, il y a 2500 ans ? Et celui d'Eschyle, auteur du plus grand texte sur la peur de l'autre, "Les Perses", cinq siècles avant notre ère ? Lisez, relisez, ce texte hors du commun, lisez-le en grec si vous pouvez, sinon choisissez bien votre traduction : il importe qu'un poète soit traduit par un poète. La poésie est un art de l'exactitude, contrairement à ce qu'on peut en croire. Précision des mots, du rythme, de la métrique, du souffle, des silences.
     
    Il ne s'agit pas, une seule seconde, de défendre le régime au pouvoir depuis 47 ans en Iran. Il s'agit d'appeler ceux qui prétendent s'exprimer, dans l'espace public, à le faire en CONNAISSANCE DE CAUSE. Méfiez-vous des puissants raisonneurs. Méfiez-vous des syllogismes, Méfiez-vous des philosophes. Méfiez-vous du mot "Occident". Pour ma part, mais cela n'engage que moi, comme d'ailleurs chacun de mes mots, je me sens plus proche d'un poète persan, ou égyptien, ou syrien, ou palestinien, ou d'un moine copte, ou d'un érudit de Byzance, que des Archanges de la Mort de MM Trump et Netanyahu.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Nostalgie, ou décadence ?

     
     
    Sur le vif - Mercredi 18.03.26 - 23.10h
     
     
     
    Avec ce brin de perfidie récurrente dont il persiste à ne plus se départir vraiment, Alain Finkielkraut, ce soir dans La Grande Librairie, face à Leila Slimani, croit bon de rappeler, l’air de rien, le célèbre siège de Vienne par les Ottomans. Le vieux thème, déjà si présent dans Eschyle, du Barbare à nos portes.
     
    Tout cela, sur le ton docte de celui qui cite et qui mentionne. Evidemment, vous pensez bien, sans la moindre malignité de pensée liée à la sociologie intérieure de la France aujourd’hui. Toute ressemblance, fortuite.
     
    Fort bien. Va pour le siège de Vienne.
     
    Juste dommage que, par symétrie, l’exégète en chef de Lévinas et Arendt (une citation, métronomique, de l’un ou l’autre, toutes les 187 secondes), omette, par distraction passagère, toute allusion aux Croisades, à la prise de Jérusalem (1099), à la colonisation du Maghreb par la France, à l’expédition du duc d’Aumale en 1843, à la guerre des Français contre l’émir Abdel Kader, aux événements de Sétif le 8 mai 1945, à la corvée de bois dans les Aurès ou en Kabylie, aux guillotinés d’Alger sous François Mitterrand Garde des Sceaux de Guy Mollet (56, 57), à la Question d’Henri Alleg, au Métro Charonne (62), aux Arabes précipités dans la Seine (61).
     
    Pour ne saisir, au vol, que de furtifs et rafraîchissants exemples.
     
    Dommage, oui.
     
    Si on convoque le vent de la violence dans l’Histoire, il est peut-être préférable de considérer tous les sens dans lesquels ce délicieux et mortifère zéphyr a pu être amené à souffler.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Catherine Trautmann : la flamme intacte

     
     
    Sur le vif - Mercredi 18.03.26  14.52h
     
     
     
    J'ai une très grande admiration pour Catherine Trautmann, qui fut une remarquable Maire de Strasbourg, dès 1989. Théologienne, spécialiste de la langue copte (le grec parlé notamment en Égypte dans la période alexandrine, puis lors des premiers ermites chrétiens), Catherine Trautmann, que j'ai plusieurs fois interviewée à l'époque, a œuvré avec une rare intelligence dans le domaine des transports publics. Elle a littéralement révolutionné la mobilité dans sa ville, sans jamais en faire une guerre de religion, ni une affaire de morale.
     
    Je vois qu'elle tente, à 75 ans, un retour à la Mairie, pour six ans. J'ignore ses chances. Mais j'admire la flamme. La permanence de la passion politique, du souci du bien public, chez une femme qui a servi toute sa vie sa ville, et la France.
     
     
    Pascal Décaillet