Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.10.26
Il y a toujours un paradoxe, lorsqu’un siège se libère au Conseil fédéral, et que les candidats, un peu partout en Suisse, sortent du bois pour se lancer dans le parcours du combattant qui les attend. Le paradoxe, c’est que tout le pays se met à prendre parti sur des personnes, pour les encenser ou les combattre, pariant sur l’un, spéculant sur l’autre, alors que la décision finale n’appartient pas au suffrage universel de la Suisse (les citoyennes et citoyens ayant le droit de vote), mais seulement au cénacle de 246 personnes constituant l’Assemblée fédérale.
En d’autres termes, le pays entier s’enflamme, personnalise à fond, les discussions de bistrot fusent sur les qualités ou les défauts des uns ou des autres, mais… le peuple n’a strictement rien à dire au moment du choix ! Alors que dans les campagnes de votations, les Suisses s’embrasent autour d’une initiative, ou d’un référendum, mais au final ils décident : chaque citoyen possède une fraction, certes infinitésimale mais indivisible, du pouvoir. C’est notre force. Notre grandeur.
Alors voilà, le citoyen Décaillet, par exemple, soutient Céline Amaudruz. Parce qu’il la connaît de longue date (il a réalisé, il y a 17 ans, sa première interview audiovisuelle), l’a vue mûrir, acquérir une stature cantonale, puis nationale, progresser dans tous les domaines, s’engager avec un rare courage dans des causes pas toujours faciles, Bref, il l’a vue combattre. Et il mesure la capacité de travail, la proximité avec les gens, l’amour du pays et de ses habitants, chez cette femme politique remarquable, parce qu’elle ressemble à la Suisse : simple et bosseuse, patiente, soucieuse du bonheur national. Il l’a vue cheminer, et aujourd’hui il peut dire : « C’est une candidate de qualité, elle mérite notre soutien ».
Il peut dire cela, le Père Décaillet, mais ça n’est pas lui qui décidera. Ni vous, qui me lisez, à moins que vous ne soyez parlementaire fédéral. Et c’est là que les choses se compliquent : le parcours du combattant, semé d’embûches, ne consiste en rien à convaincre les foules, ni même l’opinion publique. Non, il faut juste persuader une majorité de l’Assemblée fédérale (124 personnes : la moitié de 246, plus une, si tous sont présents) de voter pour vous. Comme citoyen, ayant consacré toute sa vie à couvrir la politique suisse, ce système ne plaît pas à celui qui signe ces lignes. Mais c’est ainsi. C’est, pour l’heure, la règle du jeu. Le candidat doit inscrire sa campagne dans le cercle fermé des grands électeurs, celui des groupes politiques aux Chambres fédérales, celui des alliances et de quelques promesses. Le tout, non dans le fracas d’une campagne sonore, mais dans une ambiance feutrée de conciliabules, souvent de combinazione, rappelant plus le Vatican en période de Conclave que les grands chocs oratoires de la Révolution française. Toute cette horlogerie, fine et complexe, Céline Amaudruz la connaît de l’intérieur. C’est un avantage. Le parcours sera très difficile. Du fond du cœur, je lui souhaite de réussir.
Pascal Décaillet