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Liberté

  • Sublimes inconnus

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.03.26

     

    Relisez les journaux de l’époque. Au début des années 1920, est apparue la radio. La presse écrite, jusque-là souveraine, s’étranglait de cette subite concurrence, elle en dénonçait la superficialité, la vulgarité.

     

    Au début des années 1950, idem pour la TV. Mêmes réactions : les journaux, et aussi la radio, devenue à son tour un média de la convenance et du pouvoir, hurlaient face à l’immense popularité de cette lucarne qui venait prendre la place du foyer, le vrai avec le feu, autour duquel les familles s’agglutinaient depuis des siècles.

     

    Aujourd’hui, même scénario avec les réseaux sociaux. Que de haine, chez les désormais très conservateurs journaux, radio et télévision, bien installés ! Eh bien je vous dis, moi, de ne pas vous laisser influencer par ce torrent de propagande et de jalousie.

     

    Sur les réseaux, il y a le pire : les meutes, l’anonymat, la lâcheté. Mais croyez-moi, il y a aussi le meilleur : le surgissement de parfaits inconnus, des solitaires, passionnés par un thème, ultra-compétents, dont les informations sont précieuses, surprenantes, documentées. Ces gens-là, sans l’existence des réseaux, auraient passé le restant de leur vie sans que personne ne pût bénéficier de leurs apports, leurs lumières.

     

    Alors moi, homme de radio, homme de télé, homme de presse écrite, je vous dis que les réseaux c’est génial. Écartez le pire. Prenez le meilleur. Vous en serez enrichis. Cultivés. Moins seuls.

     

    Pascal Décaillet

  • Leur démarche est coloniale, donc détestable

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.03.26

     

    Nous, Suisses, ne sommes les ennemis de personne. Nous sommes amis de tous les peuples du monde. Nous considérons qu’un être humain en vaut un autre, quelle que soit son ethnie, la couleur de sa peau, sa condition sociale. Et puis, nous sommes un peuple libre, fier de son Histoire. Après des siècles d’épreuves (un peu trop tues dans les livres d’Histoire scolaire), nous avons, au fil des générations, en tout cas depuis 1848, réussi à mettre au point un système où, tout en reconnaissant nos différences, nous parvenons à vivre ensemble. Peuple libre, nous voulons notre souveraineté. Peuple libre, nous soutenons ceux qui aspirent à l’indépendance, à la souveraineté, à la liberté. Nous soutenons l’Etat d’Israël, depuis 1948. Mais nous soutenons tout autant la patiente, la courageuse aspiration du peuple palestinien à avoir un jour un Etat. La dignité d’un Etat !

     

    Prenez les huit ans de Guerre d’Algérie (1954-1962), j’étudie en profondeur ce sujet depuis un demi-siècle. Dans les deux dernières années du conflit, le FLN (Front de libération nationale algérien) et le gouvernement français, alors que la guerre se poursuivait sur le terrain, ont discrètement tenu des négociations, pour tenter de trouver une solution politique au conflit, qui s’éternisait. Ces rencontres préparatoires ont permis d’évoluer vers ce que seront, en mars 1962, les Accords d’Evian. Du côté français, les meilleurs négociateurs. Du côté de la Résistance algérienne, la fine fleur des futurs dirigeants de l’Algérie indépendante. Eh bien figurez-vous que notre pays, la Suisse, qui avait alors une diplomatie ouverte, imaginative et éclairée, a joué un rôle de premier plan dans l’organisation de ces rencontres. La Suisse est amie de la France. Et elle est amie de l’Algérie, indépendante depuis juillet 1962. Notre pays est minuscule, sur la planète. Mais notre force, immense, c’est la puissance d’esprit, la soif de connaissance, qui nous portent vers l’autre, qu’il soit Indochinois, Maghrébin, Levantin, Perse, Arabe, Israélien, Turc.

     

    Notre force, c’est notre curiosité intellectuelle, celle qui nous pousse à apprendre les langues, à commencer par celles de l’Orient (l’arabe, le persan, le turc), nous pétrir d’Histoire, de connaissance des nuances, des musiques, des poésies, des civilisations. Tout le contraire de la caricature brandie par les officines de propagande de Washington, qui laissent à penser que le Proche-Orient serait peuplé de sauvages, incapables de s’auto-déterminer. Leur démarche est coloniale, donc détestable. Car la colonisation porte en elle l’idée immonde de supériorité d’une civilisation sur une autre. Pour ma part, de toutes mes forces, je rejette ce concept. Il est contraire à mes adhésions spirituelles, profondément inculquées par un homme d’exception, entre 1965 et 1969, le Père Louis Collomb, aumônier du primaire, là où j’étais. Je ne renierai jamais la sainte douceur du Père Collomb. Ni mes convictions républicaines. Nous, Suisses, n’entrons dans aucune guerre, aucune Croisade. Soyons amis des peuples du monde.

     

    Pascal Décaillet

  • Le Chorégraphe des Généraux en Retraite

     
     
    Sur le vif - Mardi 10.03.26 - 16.07h
     
     
     
    Inviter tous les soirs, depuis des années, des Généraux en retraite. Bombarder le spectateur d'infographies militaires, de destructions d'objectifs vues du ciel, indolores comme des jeux vidéo. Pérorer avec les Généraux, en total confort, comme au mess des officiers, il manque juste le drink, sur les opérations du jour. Afficher un doucereux sourire lorsque l'un des invités se hasarde à parler des horreurs, pour les populations civiles. S'égarer à l'infini dans le Kriegspiel. Jouer le Grand Oral, examen final de l’École de Guerre, juste avant de se (faire) coudre un nouveau galon. C'est une option médiatique.
     
    Elle n'est pas la mienne. Je veux parler des peuples en conflit. De leur Histoire. De cette chaîne de causes et conséquences, si génialement établie par l'historien athénien Thucydide, il y a 25 siècles, dans la Guerre du Péloponnèse, l'un de mes livres de chevet. Je veux parler des textes fondateurs, ceux des Perses par exemple, mais ceux de tous les belligérants. Leurs références. Leur écriture. Je veux parler des langues, des représentations du monde. Je veux parler des religions, de leurs nuances, ou courants divergents, à l'interne. Je veux évoquer, avec mes invités, les souffrances infinies de ceux qui sont en bas. Pas dans l'avion de chasse. Pas derrière l'écran GPS des missiles. Pas dans la salle de jeux vidéo. Non. En bas. Dans le brasier. Sous les bombes.
     
    Avec mes invités, dans les "Regards sur le Proche-Orient", avec le centième de moyens de ceux dont dispose le Chorégraphe des Généraux en Retraite, je veux, là où je suis, dans cette chaîne si riche de compétences, de coeur et d'esprit pour laquelle j’œuvre avec un intense bonheur depuis vingt ans, approcher le réel sur la pointe des pieds. Dire l'Histoire. Dire les souffrances. Avec des invités lucides et pétris d'humanité.
     
     
    Pascal Décaillet