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Liberté

  • La République, c'est nous ! Pas la "contrainte" !

     
    Sur le vif - Lundi 30.03.26 - 15.30h
     
     
    L'idée même que puissent exister, dans le Budget d'une collectivité publique, des "charges contraintes", relève d'une aberration démocratique.
     
    Le Budget du Canton de Genève ne tombe pas du ciel. Nulle table de la loi, remise à un Moïse de passage. Nulle Muse homérique. Nulle transcendance. Nul droit divin.
     
    Le Budget du Canton est le Budget du peuple. Voté par ses représentants, les cent élus du Grand Conseil. C'est un acte éminemment politique. Il implique des choix. Un angle d'attaque. La clarté d'une vision. Une conception générale de l'Etat, et de son rôle. Un Budget ne se limite en rien à un simple exercice comptable, pour actuaires.
     
    La primauté du peuple, soit via ses élus, soit (beaucoup mieux) par le suffrage universel, c'est pour cela que Mirabeau, un 20 juin 1789, refusa, avec les députés du Tiers-Etat, de quitter la Salle du Jeu de Paume. C'est un acte majeur, il a ouvert la porte à cet incomparable moment de notre Histoire européenne qu'on appelle la Révolution française. Selon ses traditions à elle, ses coutumes, ses lois, sa manière d'organiser la politique, la Suisse des années 1798-1848 s'en est profondément inspirée.
     
    En République, il ne saurait exister de "charges contraintes". En République, tout est fonction de choix. Des penseurs aussi puissants que Hegel, Karl Marx, ont écrit les lignes les plus éclairantes sur cette primauté de la dialectique, appliquée au champ politique.
     
    En clair, soit les charges d'un Etat nous semblent acceptables, parce que nécessaires. Soit leur poids démesuré nous semble porter atteinte à la survie de l'Etat lui-même, et du Contrat social. Dans ce second cas, on les bazarde.
     
    Mais en aucune manière, on ne vient s'abriter derrière le concept de "charges contraintes". Comme si elles émanaient d'un mécanisme inéluctable, impossible à défaire par la voie démocratique.
     
    Gouverner, c'est choisir, a dit le seul grand homme d'Etat de la Quatrième République, Pierre Mendès France. Au pouvoir pendant seulement huit mois, de juin 1954 à février 1955, il a pris des engagements. Il les a tenus. Il a mené une politique de choix clairs, de transparence et de rigueur. Puisse son exemple nous inspirer. Faire de nous des citoyennes et citoyens responsables. Nous assumons nos choix. Nous ne nous réfugions pas derrière l'invocation d'une "contrainte".
     
    La politique, c'est nous, ou nos élus. Nulle autre force, venue de l'Olympe ou des entrailles de la terre, ne doit nous empêcher d'agir, selon nos choix.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Sur le coup de minuit, feu et lumière

     
     
    Sur le vif - Jeudi 26.03.26 - 11.37h
     
     
    Hier soir, Grande Librairie. Autour de Michel Houellebecq, qui sort un recueil, on parle poésie. Et on écoute du Bach, remarquablement interprété au piano par Claire-Marie Le Guay.
     
    Poésie, Bach, ça me parle. Ca nous change des mondanités de salon. Je tends l’oreille, et toujours davantage. L’émission est belle, même si les propos sur l’acte poétique, par les autres invités, gravitent autour du sujet, lui en demeurant extérieurs. Mais peu importe, de belles choses sont quand même dites, par de belles personnes.
     
    Surtout, Houellebecq se tait. Il est là, totalement présent, concentré, aimable, drôle quand on l’interpelle, mais frappe par ses silences. Il ferme les yeux, comme en radio, tout au verbe, insensible à l’image. Il est là, central, objet des discours et des louanges (Orsenna, dans l’ordre de la pommade, en fait un peu trop). Mais lui, Houellebecq, muet, semble à des années-lumière. Alors qu’il est là, totalement présent. À l’écoute.
     
    Et Bach, à dix jours de Pâques, pour ponctuer cet attachant petit monde de surgissantes élévations.
     
    Et puis, sur le coup de minuit, à la toute fin de l’émission, vient le moment où Houellebecq se voit invité à lire, à haute voix, l’un des poèmes de son dernier recueil. Et là, comme dans les Écritures, lumière et parole. Densité. Souffle, retenue, présence. Un moment de feu.
     
    Enfin là, face à nous, celle dont on nous parlait tant mais demeurait invisible : la poésie.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Plus jamais la chienlit de 2003 !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.03.26

     

    Je suis le premier à contester l’ordre libéral du monde. L’impérialisme américain. Le capitalisme mondialisé. La politique de MM Trump et Netanyahu au Proche-Orient. Et jusqu’à l’existence même, indécente, de ce club de riches et puissants qu’on appelle le G7.

     

    Tout cela, oui. Mais tout de même ! Face aux événements qui attendent Genève en juin, comment ne pas se remémorer ceux de 2003 ? J’ai couvert tout cela, pour la RSR. J’étais producteur de Forum. Et nous collions aux événements, avec la valeureuse équipe de correspondants genevois de l’époque. La chienlit, nous l’avons vécue de près. De l’intérieur.

     

    Elle n’était pas belle à voir. Liberté d’expression, oui. Mais Genève à feu et à sang ! Casseurs habituels. Vitrines brisées. Commerces en état de siège, barricadés derrière des planches de bois. Genève, transformée en Fort Alamo. Forces de police venues d’Allemagne, en renfort. Une Conseillère d’Etat, par ailleurs de qualité, en a payé le prix. L’Etat, dépassé par les événements. La République, aux abonnés absents.

     

    C’est cela que nous voulons revivre, en juin ? Ma réponse de citoyen est claire : « Non, non, et non ! ». Nous attendons de nos autorités que tout soit mis en œuvre pour éviter le retour d’un tel cauchemar. Genève est une ville de paix et de dialogue. Et non un capharnaüm de fureurs mêlées.

     

    Pascal Décaillet