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Liberté - Page 915

  • Prends garde à toi !

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    Commentaire publié dans GHI - 10.01.18

     

    Celui qui veut monter Carmen est libre. Tout créateur est libre. Il a le droit de faire de Carmen un homme, d’en faire à la fin la tueuse plutôt que la victime, de placer l’action en Norvège plutôt qu’en Espagne, aucun problème. Ainsi fonctionnent les variantes : tout étudiant s’étant frotté aux mythes grecs, avec leur infinité de possibles, le sait bien.

     

    Simplement, si on touche la moindre virgule au texte de Mérimée, ou la moindre note à la musique de Bizet, ça n’est plus ce Carmen-là. Mais une autre, qui a parfaitement le droit d’être. Toute œuvre est adaptation, toute nouvelle lecture passe par une forme de transgression. Toute nouvelle variante passe par la petite mort de l’auteur initial, ou tout au moins du précédent.

     

    D’ailleurs, qu’est-ce qu’un auteur initial ? Ni Molière ni Mozart ne sont celui de Dom Juan, ni Hölderlin ni Brecht ne sont ceux d’Antigone, et sans doute pas même Sophocle. Versions antérieures, orales, perdues, retrouvées dans des légendes balkaniques. Infinité du prisme : c’est cela, la troublante fragilité du mythe.

     

    Donc, oui, on peut revisiter la fin de Carmen comme on l’entend. Il ne faut juste plus la présenter comme celle créée le 3 mars 1875 à l’Opéra-Comique. Et, il faut, surtout, se montrer artistiquement à la hauteur de la dénaturation. En l’assumant. En lui donnant du sens. Et pas seulement, pour faire plaisir au vent des modes. Et là, toi le metteur en scène, si tu transgresses cela, alors oui, prends garde à toi !

     

    Pascal Décaillet

     

  • Météo : Davos coupé du monde !

     

    Sur le vif - Mercredi 10.01.18 - 12.33h

     

    Il est très choquant d'entendre, à la radio, qu'Alain Berset va tout faire pour "décrocher un entretien, à Davos, avec Donald Trump".

     

    On espère bien que le Président américain, s'il vient à Davos, rencontre le Président de la Confédération !

     

    C'est bien la moindre des choses que tout chef d'Etat étranger, se rendant en Suisse, prenne soin d'annoncer sa venue à son homologue helvétique. Et sollicite, lui (et pas le contraire !), un entretien, même bref, même de simple courtoisie. Ca n'est pas à M. Berset d'aller, sur son propre territoire, mendier une telle rencontre.

     

    Toute solution contraire accréditerait Davos comme une sorte d'aréopage ploutocratique, au-dessus des lois, des convenances et des nations, où une arrogance cosmopolite mondialisée n'en ferait qu'à sa guise.

     

    Mais, rassurez-moi : Davos, ça n'est pas cela ? Hmmm ?

     

    Pascal Décaillet

     

  • Les fausses nouvelles ? Mais elles sont partout !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.01.18

     

    D’abord, efforçons-nous de parler français. On nous permettra donc de préférer les mots « fausses nouvelles » à « fake news ». Et puis surtout, conservons toujours un œil critique sur le pouvoir, toutes les formes de puissance en ce monde, leurs outils de manipulation de l’opinion. C’est l’une des fonctions du journalisme politique que d’exercer cette vigilance, inviter au décryptage, pour mieux comprendre. Depuis quelque mois, les mots « fake news » se multiplient dans le monde comme des petits pains. Alors parlons-en oui, mais avec la distance de ceux qui refusent d’être dupes.

     

    L’homme qui a fait déborder le vase, c’est Emmanuel Macron. En annonçant sa volonté de légiférer sur les fausses nouvelles, le jeune Président français laisse entendre qu’il appartiendrait au pouvoir politique, donc à lui et ses affidés, de statuer sur ce qui est vrai ou faux, juste ou exagéré, digne d’être publié, ou jeté à la poubelle. Tout cela, en invoquant la foison de mensonges sur les réseaux sociaux, qui en effet constitue un problème. « ll y a des choses fausses, donc nous allons faire une loi », nous assène-t-il en substance. D’aucuns applaudissent, parmi les plus candides, comme si on n’avait jamais vu un texte législatif, dans l’Histoire, avoir raison de la bonne ou de la mauvaise foi, de la vérité sur l’invention, de l’intérêt public sur la manipulation.

     

    Que nous devions, tous ensemble, pas seulement les journalistes mais toute la société civile, lutter contre les fausses nouvelles, est une certitude. Mais pas comme cela. Pas par une loi, décidée par la majorité de pouvoir d’un moment. Seule l’auto-régulation de chaque espace d’expression (journal, chaîne radio ou TV, blog, site internet) doit exercer la responsabilité éditoriale de ce qui est publié. Si, dans ces espaces, il est contrevenu à la loi, chacun est libre de saisir le juge. Si une contre-vérité est proférée, chacun doit être libre de le souligner. Mais de grâce, pas avec la loi, pas avec des juges ! Ou alors, en ultime ressort, en cas d’attaques à la personnalité. Mais pas sur la base d’un simple désaccord politique. Nous avons besoin d’une société du respect et de la confiance mutuelle (qui n’exclut nullement l’affrontement, même vif), et non d’une République des juges.

     

    Enfin, il convient de rappeler que les fausses nouvelles, dans l’Histoire humaine, n’ont rien de… nouveau ! Toujours et partout, là où il y a un Prince et ses vassaux, là où s’affrontent des intérêts, là où il y a de quoi s’enrichir, elles ont existé. Dans les communiqués du pouvoir, dans les conférences de presse, dans l’amabilité feinte des puissants, dans la presse écrite, dans les bons vieux quotidiens papier, à la radio, à la TV, sur les sites, et en effet (parmi tout cela), sur les réseaux sociaux. Une vraie vigilance citoyenne s’appliquera en effet à ces derniers. Mais pas plus, au fond, qu’aux médias traditionnels, aux circulaires ou directives d’un ministre, ou à tout acte de parole émanant de celui – ou celle – qui détient une parcelle de pouvoir. Excellente Année à tous !

     

    Pascal Décaillet