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Liberté - Page 730

  • Une femme d'action

     

    Commentaire publié dans GHI - 03.04.19

     

    Je ne suis pas sûr d’épouser la vision de RFFA (imposition des entreprises), volet cantonal, véhiculée par Nathalie Fontanet, soumise au vote (au milieu d’une foule d’autres sujets) le 19 mai. Je n’aime guère la manière dont les milieux libéraux, sous prétexte de conjurer l’exode des multinationales vers le canton de Vaud, nous mettent le couteau sous la gorge, prétendant que l’Apocalypse nous attend en cas de non.

    Je ne partage sans doute pas la position de notre ministre des Finances. Mais j’admire son énergie, sa volonté d’action, sa lucidité dans le combat. Voilà une conseillère d’Etat qui prend son bâton de pèlerin, parcourt les communes, les associations, la plupart du temps le soir, pour aller convaincre citoyens et citoyennes.

    C’est exactement comme cela qu’il faut faire de la politique. Se porter physiquement vers les gens, aller à leur rencontre, mener bataille. La campagne de Nathalie Fontanet m’en rappelle une autre, que j’ai couverte jour après jour, pendant des mois, lorsque j’étais correspondant au Palais fédéral : celle de Jean-Pascal Delamuraz en vue de la votation du 6 décembre 1992 sur l’Espace économique européen.

    Delamuraz, au final, avait perdu. Mais il s’était battu avec un courage exemplaire, au nom de sa conception de l’intérêt supérieur du pays. Toutes proportions gardées, Nathalie Fontanet mène un combat similaire. On partagera ou non son choix politique, mais on devra bien reconnaître la dimension d’Etat de son combat.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Guy Mettan face à la caressante tiédeur du vent

     

    Sur le vif - Vendredi 05.04.19 - 15.06h

     

    Je connais Guy Mettan depuis plus de quatre décennies, des séminaires d'Histoire et des centaines d'heures passées en commun dans les bibliothèques nous relient. C'est un homme intelligent et cultivé : son niveau, en Histoire contemporaine, est nettement supérieur à la moyenne.

    Mieux : ses livres à lui sont souvent passionnants, et toujours incroyablement documentés, comme celui consacré à mille ans de russophobie, ou le tout dernier, "Le Continent perdu", Éditions des Syrtes, qui paraîtra dans quelques jours, et que j'ai eu l'occasion de lire en avant-première.

    Guy Mettan, qui était au Temps stratégique alors que j'étais au Journal de Genève, aurait pu faire une carrière de chercheur, s'il n'avait été saisi par l'appétit du journalisme. C'est l'un des politiques actuels, à Genève, avec une véritable dimension intellectuelle. On doit la constater, qu'on partage ou non les options politiques personnelles du député. Je suis loin de les partager toutes, notamment sa passion transfrontalière. Mais qu'importe !

    Je me suis souvent demandé ce que Guy Mettan faisait au PDC. Peut-être un atavisme familial, le même que le mien (très conservateur, en l'espèce), mais enfin nous sommes de grands garçons, et les obédiences des ancêtres sont là pour être transgressées, non ? Peut-être, aussi, naguère, une fenêtre d'opportunité pour exister dans le champ politique, à Genève. D'autres, également de familles valaisannes, tout aussi conservatrices que les nôtres, ont choisi d'autres partis, alliés à Genève, mais historiquement opposés dans le Vieux Pays, tout en conservant en leur for la noirceur de la flamme qui les anime vraiment. Leur duplicité ne me dupe pas une seule seconde.

    Guy Mettan a donné au PDC genevois, notamment à sa députation, une élévation sensible du niveau de culture, d'approche des problèmes, nourrie de références. Ca va tout de même un peu plus loin que la seule présence dans le parti pour s'inscrire dans une dynastie, ou pour la recherche extatique d'un Centre introuvable. Plus loin, aussi, que céder béatement à la première mode, tantôt climatique, tantôt féministe, tantôt jeuniste, juste pour demeurer dans la caressante tiédeur du vent.

    Je suis loin d'être d'accord avec toutes les options politiques de Guy Mettan, mais je partage sa vision de l'Histoire, faite d'observation et de lectures, de recueil des témoignages, de parole donnée à tous (et pas seulement au camp du Bien), de séparation drastique entre le champ politique et celui de la morale. Bref, Thucydide, plutôt que le chant des sirènes.

    A cet homme de valeur, compagnon de génération et de lectures, j'adresse tous mes voeux pour la suite de son parcours, et l'assure de ma fidélité amicale, intellectuelle et spirituelle.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Franz Weber (1927-2019) : émotion et reconnaissance

     

    Sur le vif - Jeudi 04.04.19 - 15.25h

     

    Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Franz Weber était l’un de mes compatriotes que j’admirais le plus. En radio, puis en télévision, j’ai eu maintes fois l’honneur de l’interviewer, c’étaient toujours des moments de feu, de lumière. J’aimais son phrasé, j’aimais son débit, j’aimais sa passion, j’aimais cette succession d’indépendantes, affectives, fulminantes, les mots sortaient, jaillissaient, le cœur parlait.

    En apprenant son décès, tout à l’heure, toute une vie d’images se sont pressées dans ma mémoire. Son engueulade homérique avec Rodolphe Tissières, à la Croix-de-Cœur, dans les années 70, au sujet d’un altiport. Les vignes de Lavaux, miraculeuses entre ciel et lac, par lui préservées. Le site de Delphes, où je me suis rendu pour la première fois en 1966. L’Engadine. Les Baux-de-Provence, où je vais trois ou quatre fois par an. Le martyre des phoques, sur la banquise canadienne. Telle source, tel glacier, telle forêt, tel étang, tout ce polythéisme antique où le divin est omniprésent, là où on l’attend le moins, là où surgit la vie.

    En quarante ans, j’ai suivi tous ses combats. Je les ai tous partagés, parce qu’ils ne relevaient pas d’une idéologie géométrique, mais de la chaleur d’un humanisme. Du Danube au Togo, cet homme d’exception s’est toujours battu pour un rapport mystique avec la nature, un sentiment d’unité entre la matière et l’esprit, une fierté d’être, parmi les autres espèces, quelque part dans le cœur vibrant du monde.

    Mardi, ce bouleversant contemporain est passé sur une autre rive. Laquelle ? Pour nous faire accéder à ce mystère auquel je n’ai nulle réponse, ou tout au moins nous en rapprocher, je vous invite à écouter, par exemple, Georg-Friedrich Haendel, dans son « Ombra mai fu ». On y entend, notamment dans l’interprétation de Philippe Jaroussky, une musique dont chaque note semble nous placer sur le chemin de crête entre la vie et la mort, la terre et le ciel, la rancune et le pardon, le silence et la parole.

    A sa fille remarquable, Vera Weber, à sa famille, à ses proches, j’adresse toute ma sympathie. A Franz Weber, j’adresse mon infinie reconnaissance. Il m’a ouvert les yeux, avec quelques autres, mais en première ligne d’entre eux, sur l’éblouissant mystère de la nature.

     

    Pascal Décaillet