Liberté - Page 518
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Emotion de censure
Sur le vif - Jeudi 01.10.20 - 15.28hTel confrère nous annonce que telle future bataille politique sera "hautement émotionnelle".J'espère bien qu'elle sera émotionnelle !La politique n'est pas un jeu de mikado pour bourgeois de salons, à l'heure du thé, ou du sherry.La politique engage nos vies. Notre amour du pays. Nos projections sur son avenir. Notre volonté, avec nos mains périssables, de façonner son destin. Elle engage le partage des richesses, le lien avec la nature, le patrimoine, la solidarité ou non avec des frères humains, des soeurs humaines.Si tout cela n'est pas "hautement émotionnel", alors on dépose les plaques. On s'en va, nimbé de superbe solitude, vivre dans un hamac le reste de son âge. Toutes émotions censurées, on oublie les sens. On oublie la vie. On émigre en apesanteur, quelque part vers Jupiter. Comme chez Kubrick.Au mieux, au passage de la comète, on tombe amoureux du robot.Chouette, non ?Pascal DécailletLien permanent Catégories : Sur le vif -
Nos capacités de combattants
Sur le vif - Jeudi 01.10.20 - 09.43hLe combat pour une Suisse souveraine n'est ni ancien, ni nouveau. Il est le combat de toujours, celui de toute communauté humaine luttant pour sa survie.Mon lien avec la Suisse n'est ni mystique, ni magique. Il ne relève d'aucun surnaturel. Il m'étonne même, moi qui rejette à bien des égards le mythe de la Raison, et celui des Lumières (car ce sont des mythes, comme les autres), par la puissance de son côté rationnel. Je n'aime pas cela en moi, cette part de la démonstration, mais je dois constater sa présence. Les faits sont là.La Suisse s'est toujours battue pour sa souveraineté, et jamais ce combat n'a été acquis. Jamais. La Suisse, comme toute nation, est fragile, imparfaite, habitée par de puissants ferments de dispersion. Rien, ni sa prospérité (si récente dans notre Histoire, j'entends encore mon père me raconter le Valais d'avant-guerre), ni sa souveraineté ne sont acquises.Elles ne le seront jamais. Elles sont le fruit d'un immense combat, sans cesse recommencé. Nous eûmes des moments, dans notre Histoire, où nous n'avons survécu que par la grâce des autres nations, Traités de Westphalie (sur la ruine des Allemagnes), Congrès de Vienne. Notre tout petit pays, en ces temps-là, devait son destin au tapis de casino des négociateurs européens.Mais nous eûmes aussi, comme en 1848, des moments d'intensité interne, même si, là aussi, c'était sur fond de chamboulement général, dans toute l'Europe.Et puis, nous eûmes des heures de gloire. Lorsque nous inventâmes l'AVS, en 1947, suite à une immense bataille politique interne dont il vaut la peine de relire les minutes, nous avons donné à l'Europe l'exemple d'une assurance sociale salutaire, solidaire, durable. La Suisse n'est jamais plus forte que lorsqu'elle s'occupe de ses plus faibles.Le vote de dimanche dernier renforcera, dans notre pays, le camp des souverainistes. Parce qu'une immigration inconsidérée va hélas continuer, dévastant notre Plateau, notre Patrimoine naturel, augmentant les coûts du social, continuant (avec la bénédiction syndicale) à jeter les nôtres, les citoyennes et citoyens suisses les plus fragiles, sur le bord du chemin. Et ça, c'est immonde, c'est un acte contre le pays, contre sa cohésion interne et sociale. Cela porte un nom. Je sais lequel. Vous aussi.Alors, le combat pour la souveraineté est plus actuel que jamais. Il n'est ni d'aujourd'hui, ni d'hier, ni de demain. Il est le combat de toujours, sans cesse recommencé, jamais gagné, jamais perdu si notre ardeur est là. Il fait appel à notre essence de citoyens. Et, beaucoup plus encore, plus noble, plus vital, à nos capacités de combattants.Pascal DécailletLien permanent Catégories : Sur le vif -
Vous délirez, Monsieur le sociologue !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.09.20
Et si les Suisses suivaient des cours d’intégration ? Pour s’adapter à quoi ? Réponse : à « l’hyperdiversité » qui règne dans leur pays ! Cette proposition hallucinante nous vient d’un sociologue, et déchaîne à juste titre la polémique en Suisse alémanique. L’occasion, ici, de mettre quelques points sur quelques « i ».
La Suisse est un pays ouvert. Nous sommes un peuple simple et paisible, nous nous passionnons pour les pays et les cultures du monde, nous parlons trois des principales langues continentales (français, allemand, italien), et la quatrième, le romanche, attire l’intérêt des linguistes du monde entier. Nous n’avons, sur les pays qui nous entourent, aucune espèce de tentation dominatrice. Nous n’avons pas de passé colonial. Nous avons une diplomatie ouverte au monde, et sommes respectés pour notre neutralité. Je me suis rendu plusieurs fois, pour des reportages, au Proche-Orient : les peuples antagonistes de cette région du monde m’ont toujours dit qu’ils appréciaient la présence suisse, la capacité d’intermédiaire de notre pays.
Et puis, la Suisse accueille beaucoup d’étrangers. La plupart viennent s’installer chez nous pour des raisons économiques. Nos compatriotes ne sont, dans leur écrasante majorité, ni xénophobes, ni racistes. Prétendre le contraire, pour nourrir telle mode de pensée, embrasée par telle flambée planétaire, jaillie du mimétisme des réseaux sociaux, c’est mentir. Et ce mensonge-là, à l’encontre du pays ouvert et tolérant qui est le nôtre, est immonde.
Seulement voilà. Les Suisses, désolé Monsieur le sociologue, ne vont pas, croyez-moi, se mettre à suivre à des « cours d’intégration » pour mieux saisir « l’hyperdiversité » de leur propre pays. Cela, pour une raison simple : les citoyennes et citoyens de ce pays, hommes et femmes mûrs, adultes, libres et responsables, n’ont pas à « s’intégrer » au sein même de leur patrie ! Proposer cela, comme vous le faites, c’est renverser éhontément le fardeau de la tâche d’assimilation aux mœurs et coutumes. Ce devoir n’échoit pas aux Suisses, mais aux immigrés. Inverser les pôles, comme vous l’entreprenez, c’est mettre la République la tête en bas, nous placer aux antipodes, refuser les lois de Newton sur la pesanteur.
Il appartient aux nouveaux arrivés, Monsieur le sociologue, de prouver, comme dans n’importe quel club, leur aptitude à l’intégration. D’abord, par l’apprentissage de l’une de nos langues. Par un respect absolu de nos lois. Par une participation active à notre vie commune. A partir de là, quelle que soit la couleur de leur peau, leur religion, leurs origines, tout s’efface devant leur intégration dans notre espace républicain. A partir de là, nous les saluons comme des nôtres. Car ils auront fait l’essentiel : la preuve par l’acte. Mais ce chemin, magnifique, Monsieur le sociologue, c’est à eux de le faire. D’ailleurs, l’immense majorité d’entre eux en sont demandeurs. Ils savent très bien qu’il existe un rite initiatique pour s’intégrer dans une communauté. Ils se réjouissent de l’accomplir. Alors, de grâce, Monsieur le sociologue, ne venez pas tout inverser. Ne venez pas tout casser.
Pascal Décaillet
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