Liberté - Page 254
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L'UDC, la presse, le pays réel
Sur le vif - Jeudi 27.10.22 - 11.11hL'UDC demeure de très loin le premier parti de la Berne fédérale. Il est crédité, par le dernier baromètre électoral de la SSR, de 10% de voix d'avance sur le deuxième parti, le PS. Avoir conquis cette avance il y a un quart de siècle, et la maintenir, est phénoménal. C'est le mouvement lourd le plus impressionnant depuis la prise de pouvoir par les radicaux, en 1848.Et la presse suisse ? Pour qu'elle soit "représentative" du pays réel (je connais le poids historique de ces deux mots, les assume parfaitement), il faudrait qu'il y ait plus de 26% d'éditos et de commentaires politiques défendant, dans les grandes lignes, les valeurs de l'UDC. Souveraineté. Indépendance nationale. Souveraineté énergétique, alimentaire. Pouvoir suprême donné au peuple, entendez le suffrage universel des citoyennes et citoyens. Démocratie directe. Fédéralisme. Défense des petits entrepreneurs, des indépendants. Préférence nationale à l'emploi. Combat pour un contrôle draconien des flux migratoires. Refus des modes. Etc.Oui, il faudrait que plus de 26% des éditorialistes et commentateurs défendent, chacun selon son coeur, son âme, ses nuances et son style, ces idées-là. Donc, plus d'un journaliste sur quatre.En vérité, ils ne sont pas un sur vingt.Nous avons donc l'une des presses les plus décalées d'Europe par rapport aux aspirations et aux mouvements de pensée du pays profond.Pascal DécailletLien permanent Catégories : Sur le vif -
Bravo Youniss !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26 octobre 2022
Il s’appelle Youniss Mussa, il a 25 ans, il veut devenir avocat, il est député socialiste. Et il vient, avec la plus civile des courtoisies, de lancer un amour de petite bombe à fragmentation dans l’univers des camarades. Dans le Temps, puis aux Yeux dans les Yeux, il jette aux orties le socialisme de la morale, de la pensée grisâtre des catéchistes, des interdits, et de la continuelle leçon donnée sur les vertus du Bien.
La Fan Zone Qatar? Youniss n’a rien contre ! Les jeunes ont besoin de se rassembler, de vivre ensemble des moments fédérateurs, de boire un verre. « C’est aussi cela, la cohésion sociale ». La course de motos de Verbois ? Ca pétarade quelques heures, mais ça n’a rien à voir avec le problème structurel du bruit en ville. C’est un moment populaire, pourquoi diable le PS, dressé en Savonarole, devrait-il stupidement se couper du peuple ?
Et puis, il y a le poids des Verts, ces chers alliés, qui thématisent une interdiction possible de la viande, comme si c’était le rôle d’un parti politique. Tout cela, à sa manière, Youniss le dit. Il est pourtant socialiste, jusqu’au bout des ongles, veut justement défendre les fondamentaux historiques du parti. Il cite Chavanne et Grobet, les deux grands socialistes de l’après-guerre à l’exécutif genevois, et il a mille fois raison.
Et ceux de ses camarades qui n’ont jamais entendu parler d’André Chavanne (1961-1985) ni de Christian Grobet (1981-1993), eh bien qu’ils ouvrent des livres d’Histoire, plutôt que de faire la morale à la terre entière ! Cela, ça n’est pas Youniss qui le dit, mais Pascal. Qui vous adresse ses amitiés.
Pascal Décaillet
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Conseil d'Etat : la dérive autoritaire
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.10.22
Pourquoi diable s’embêter à affronter le Parlement, alors qu’on peut gouverner par ordonnances ? Cette question centrale, rêve inavoué de tous les exécutifs du monde, le Conseil d’Etat genevois l’a résolue à sa manière. Par la grâce d’un ministre, celui des Transports, M. Dal Busco. Sur le sujet hypersensible des zones à 30 km/h, le magistrat ne s’est pas embarrassé d’un texte à ratifier par les élus du peuple, il y est allé par la voie d’un arrêté de son Département, et vogue la galère ! En France, cela s’appelle le 49.3 : dans ce pays où le Parlement a toujours été malmené par l’exécutif (sauf sous les Troisième et Quatrième Républiques), c’est l’article qu’on brandit lorsque les discutailleries des députés nous fatiguent. Alors, on promulgue. Certes, on risque la Motion de censure, mais on a préparé ses arrières : on sait que l’Assemblée n’ira pas jusqu’à provoquer la chute du gouvernement. Michel Rocard, entre 1988 et 1991, avait excellé dans cette partie de saute-moutons sur le dos des élus du peuple.
Dans notre démocratie suisse, les choses ne se passent pas comme cela. Le Parlement, à Genève, est le premier pouvoir. C’est lui qui contrôle l’activité du gouvernement et de l’administration. Il peut leur taper sur les doigts, les remettre à l’ordre, notamment dans la Commission de Contrôle de gestion du Grand Conseil. Dans les cas graves, on crée même une Commission d’enquête parlementaire. Malgré ce statut historique du législatif, M, Dal Busco n’a pas craint de gouverner par ordonnance. Ça passe mal. La droite fulmine, notamment le PLR, hors de lui. Sympathique ambiance au sein de l’Entente (existe-t-elle encore ?), à quelques mois des élections !
Le ministre des Transports, au demeurant le meilleur des hommes, n’est pas le seul à se raidir dans l’exercice du pouvoir. La crise du Covid est passée par là, l’exécutif a pris des habitudes, il a exercé un pouvoir d’exception, certains y ont manifestement pris goût. Dire que le Parlement a été mis de côté pendant ces longs mois de pandémie, c’est soulever une évidence. Le plus étonnant n’étant pas, d’ailleurs, les habitudes autoritaires du pouvoir, mais la résignation des députés, semblant trouver normal que la vie politique du Canton, pendant toute cette période, se fût déroulée sans eux. Face à une telle léthargie des élus du peuple, pourquoi les ministres se seraient-ils gênés, après tout ?
Il y a pire. Au Grand Conseil, il arrive de plus en plus souvent que des Conseillers d’Etat se permettent de faire la leçon aux députés, quand ils ne leur passent pas franchement une bordée. C’est totalement inadmissible. Au Parlement, un magistrat n’est pas chez lui. Il est face à la représentation populaire, il lui doit des comptes, il n’est en rien autorisé à la sermonner. Mais le plus surréaliste, c’est lorsque des députés, par groupes entiers, se mettent à applaudir la leçon de morale d’un ministre qui se croit dans son bureau, face à ses subordonnés ! Avec de tels godillots, tout juste bons à servir de groupie à « leur » magistrat, l’arrogance du pouvoir exécutif, à Genève, a encore de magnifiques jours devant elle.
Pascal Décaillet
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