Liberté - Page 252
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La position du missionnaire
Sur le vif - Jeudi 03.11.22 - 15.40hNos Universités, notamment en Sciences sociales, sont totalement infiltrées par l'idéologie sociétale. Et nos bons médias, RTS en tête, qui passent leur temps à leur donner la parole ! Pas un jour, à la radio, sans qu'un "chercheur en Sciences sociales de l'Université de Lausanne" ne vienne nous abreuver de son jargon, appris par coeur, sur les "injonctions" et la "déconstruction". On a supprimé les émissions religieuses, on a juste gardé la liturgie. La prière quotidienne.On ne voit, on n'entend plus que ces hurluberlus. Pendant ce temps, dans d'autres Facultés, d'autres chercheurs nous sortent des thèses passionnantes, procédant d'un autre moteur que celui de l'idéologie sociétale, obsédée par les questions de genre, de sexe, de couleur de la peau. Pour eux, jamais d'accès au micro. Ils sont cantonnés au royaume du silence.Plusieurs scandales absolus ont créé cette situation. D'abord, les rectorats, les décanats ont laissé faire un entrisme éhonté de la gauche et de l'extrême-gauche dans les Sciences sociales. Mais aussi en Histoire. Mais aussi en Géographie. Parmi les endoctrinés, de futurs profs, qui se chargeront de répandre à leur tour, toute leur carrière, la bonne parole militante auprès de nos jeunes. Et eux, fonctionnaires, payés par le contribuable. Payés par vous et moi. Payés par nous !Deuxième élément : la scandaleuse complicité des médias, eux-mêmes pénétrés de l'intérieur par leur position missionnaire de convertisseurs aux idées au Bien. Ce sont eux qui, jour après jour, appellent les ineffables "chercheurs en Sciences sociales", les installent devant un micro, les laissent déblatérer sans la moindre relance critique.Oui, il y a un nid. D'un côté, une Université contaminée par une idéologie. De l'autre, la complicité des relayeurs. Tout cela constitue une petite famille. Incestueuse à souhait. La joyeuse confrérie des militants. Il y a, dans ce noeud de vipères, quelque chose de l'univers d'un Mauriac, quand il nous décrit la consanguinité des grandes familles du Bordelais. Ou d'un Racine, quand il invite à l'amour les rois et les reines.Quelque chose de ces deux auteurs. La lourdeur en plus. La grâce en moins.Pascal DécailletLien permanent Catégories : Sur le vif -
Simonetta Sommaruga : le rang, la fonction
Sur le vif - Mercredi 02.11.22 - 16.07hJe ne suis d'accord avec quasiment aucune idée politique de Mme Sommaruga, mais j'ai toujours trouvé à cette dame une très grande classe.Dans l'exercice de sa charge, elle a toujours, en termes de tenue, de postures, de langage, été parfaitement à la hauteur de sa fonction. En elle, nulle arrogance du pouvoir, jamais. C'est assez rare pour être relevé.Bref, elle n'a pas été (à mes yeux), une très bonne ministre. Mais elle a été une conseillère fédérale de qualité. Il n'y a là rien de paradoxal : il suffit de dissocier les choix politiques de l'équation personnelle avec un certain rang à tenir.Pascal DécailletLien permanent Catégories : Sur le vif -
La folle étreinte avec le macadam
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.11.22
Depuis des années, ici même, je dénonce la mode « sociétale » qui envahit le débat public. Et je propose de revenir aux fondements de la politique : l’action sociale, populaire, concrète, au service de tous, et notamment des plus démunis parmi nos compatriotes. Malades, infirmes, personnes âgées aux retraites insuffisantes, jeunes sans emploi, sans avenir, travailleurs pauvres, oubliés de la vie. Je suis pourtant un homme de droite, attaché à la patrie, et justement pour cela je tiens la cohésion sociale pour essentielle : à l’intérieur de notre communauté nationale, on ne laisse personne sur le bord du chemin.
Le « sociétal » : pas question de nier les souffrances de toute une série de minorités dans notre société. Nous devons nous montrer ouverts, égalitaires, fraternels. Vous ne trouverez pas en moi un homme tenant un autre discours que celui de l’égalité entre les humains. J’adresse la même parole, sur le même ton, au plus modeste de nos contemporains qu’à un ministre. Je ne supporte pas l’arrogance sociale, sous prétexte qu’on est mieux nanti qu’un autre, ou qu’on occupe une position plus enviable.
Mais désolé, l’obsession sociétale, en politique, doit être condamnée. Il y a d’autres choses à considérer, dans le domaine public, que cette focalisation abusive sur les questions liées au genre, au sexe, à la couleur de la peau. Non que ces dernières soient inutiles. Mais chez certains, elles ont dévoré toute la place. Plusieurs facteurs y ont contribué. D’abord, la faiblesse de caractère, l’incapacité à la résistance intellectuelle et spirituelle de pas mal de politiques : face à la pression de minorités agissantes, ils ont préféré céder. Pour s’éviter des ennuis, ils ont choisi le sens du vent. De ces gens-là, tous partis confondus, nous n’avons rien à attendre. Ils manquent de solitude. Ils manquent de caractère. Ils sont les montres molles, sur les toiles de Salvador Dali.
Mais l’Empire du Sociétal n’aurait jamais atteint un tel pouvoir sans la responsabilité écrasante des médias. A la RTS, mais aussi dans certains quotidiens, le moindre « activiste », saisi par la lumineuse idée de se coller au bitume, a immédiatement droit à une couverture en direct de son étreinte avec le macadam, suivie de l’interview d’un chercheur en sciences sociales de l’Université de Lausanne, puis d’un commentaire de la rédaction en chef pour peser le pour et le contre de sa folle aventure sur la chaussée. On ne parle même plus des chiens, on tient la chronique des humains écrasés.
Pendant ce temps, le social, on le tait. Solitude de tant d’aînés, modestie de leurs rentes. Manque de formation de nos jeunes. Mépris pour l’apprentissage, pourtant essentiel. Classes moyennes passées à l’essorage. Taux d’analphabétisme, entendez ceux qui lisent laborieusement, syllabe par syllabe, saisissant pour une société moderne. Primes maladie. Fiscalité dévorante. Prix de l’énergie. Prix des médicaments. Mais non, on préfère braquer les projecteurs sur le premier « activiste venu », venu prouver à la rue l’intensité de son adhésion. Pour ma part, fidèle à mes valeurs, je dis : « Le social oui, le sociétal, non ! ». Et vous adresse mon salut.
Pascal Décaillet
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