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Liberté - Page 1527

  • Salut les Copains !

     

    Tribune de Genève - Jeudi 05.11.09


    Issu des unes de 2005, l’actuel Conseil d’Etat compte cinq partis politiques différents. C’est un gouvernement œcuménique, patchwork, tentant, tant bien que mal, de réunir des horizons d’attente aussi différents que ceux de Laurent Moutinot et Mark Müller. Bref, le supplice de l’écartèlement, juste tempéré par la douceur lactée du système suisse.

    Cet automne, il se trouve que les cinq sortants qui briguent un nouveau mandat viennent chacun de l’un de ces cinq partis différents. Trois d’entre eux sont flanqués d’une colistière. Au fond d’eux-mêmes, ces chers messieurs ont-ils vraiment envie que leur fiancée de liste face partie du septuor gagnant ? Officiellement, oui. Et en réalité ? Hmmm ?

    Pendant quatre ans, ces représentants de cinq partis n’ont cessé de nous répéter à quel point ils s’entendaient bien entre eux. Du Burkhalter pur sucre avant la lettre. Et même dans la campagne qui s’achève, vous avez remarqué comme ils ont pris soin, ces cinq-là, de s’épargner les uns les autres ?

    Pacte ? Même pas. Juste l’instinct de survie. On se tient les coudes. On se lèche et se pourlèche les barbichettes. On rêve, pour quatre nouvelles années, d’un nouveau Palais de l’Equilibre. Surtout pas la marge. Surtout pas la fange. Surtout pas de bruit. Juste continuer. Entre gens du monde. Entre soi.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Les larmes d'Adonis


    Marathonien aux yeux de saphir, Rolin Wavre est un homme sympathique. Issu de l’humanitaire, comme certains météores le sont de Pluton ou d’Adonis, le secrétaire général du parti radical genevois multiplie les communiqués où il nous inonde de larmes pour regretter le temps béni où la politique se faisait entre gentlemans.

    Le temps d’avant Stauffer, avant l’UDC, avant l’émergence, des profondeurs de la fange, de cette bête immonde qui s’en vient tout perturber, tout piétiner, jusqu’à l’éblouissante clarté des Compas et des Equerres. Et pour laquelle une partie de la population, évidemment obscurantiste, frileuse, rétrograde, bernée, a la faiblesse de voter. Ah, les sottes gens, aveuglées, insensibles aux Lumières du grand vieux parti, désertées par la Raison, désespérément accrochées à l’archaïque notion de frontière. Des fauves. Des primitifs. Et puis surtout des mal élevés, qui parlent caniveau. Ne parlent pas salon.

    Si j’avais un peu de temps, j’aimerais expliquer à Rolin Wavre, devant un drink, quelque part dans l’improbable proximité d’un green, que la politique n’est pas affaire de morale, ni de pleurnicheries, mais de rapports de force. La communication aussi : sans rien renier des valeurs qui sont les siennes, le parti de Monsieur Wavre a devant lui un océan à traverser pour aller vers un langage plus clair, plus accessible, moins éthéré dans l’apesanteur d’Adonis et de ses sous-satellites. Il ne s’agit ni de hurler, ni d’être vulgaire. Simplement, fortifier le verbe au service de l’idée. Préférer l’indépendante soutenue par la justesse et la vivacité d’une image, à l’enchevêtrement rocardien – ou longetien – de principales et de subordonnées où le locuteur finit par trébucher dans ses propres fils.

    Bref, un métier. Mais je suis optimiste : dans la vie, tout s’apprend. Et ça n’est sans doute pas sans quelques millions d’années-lumière d’effort que le rocher Adonis, un soir, bien avant James Fazy, a réussi l’exploit de s’arracher à la pesanteur.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

  • Le jour des morts

     

    Tribune de Genève - Lundi 02.11.09

     

    Je dédie cette chronique à tous ceux que nous avons connus, aimés, et ne sont plus. Parents, amis, passagers de la pluie, passantes de feu, amantes d’un soir, vieux ennemis, poètes, chanteurs, anciens profs, ces sublimes hussards noirs de notre mémoire. Je pense à vous, Père Collomb, aumônier du primaire, années soixante, qui nous avez si bien enseigné la connaissance des autres religions : judaïsme, Islam, bouddhisme. A vous, votre sourire, votre bonté, je dédie des minarets de reconnaissance.

    Où sont-ils, maintenant ? On dit qu’ils vivent encore, dans les cœurs : parole de survivant, juste pour se rassurer ? Début novembre, on les évoque. Et toute ma haine d’Halloween, je la retourne en immense tendresse pour la Toussaint, ce frêle et dérisoire passage d’une bouffée de brume dans l’intensité solaire de nos vies si pressées. Juste penser à eux, juste un instant. Qui sont-ils, les vrais passants : eux, ou nous ?

    Qui sont-ils, les vrais vivants ? Qui est l’ombre, et qui la silhouette ? Où est-elle, la vraie vie ? Au-delà du rivage, en deçà ? Vous le savez, vous ? Vous y pensez, parfois, à vos morts : ou plutôt vous parvenez, une seule seconde, à n’y point penser ? Eux, humus de glaise et poussières d’étoile. Ils sont l’avant et l’après. Ils nous ont précédés. Ils nous attendent.

     

    Pascal Décaillet