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Liberté - Page 1184

  • Les ectoplasmes

     

    Coup de Griffe - Lausanne Cités - 26.06.13
     
     
    Rien de pire que les planétaires, les mondialistes. Formés à HEI, les Hautes études internationales, en anglais ou en espagnol, perfectionnés aux Etats-Unis, frayant et fricotant dans le petit monde international, ces Suisse se permettent, au nom de leur vision céleste, de contempler leur propre pays de haut, du ciel, ou de Sirius, avec la longue-vue des savants. Ils nous regardent, nous, leurs compatriotes, comme un entomologiste contemple un insecte. 


    Nous leur serions extérieurs. Cette nation qui est nôtre, nous a pétris, et dont ils sont autant que nous surgis, ils la renient. Il faudrait tout accepter, la Lex Americana, l’adhésion à l’Union européenne, les pressions de Washington et Bruxelles, Paris ou Berlin. Dire oui, parce que ce serait inéluctable. La marche du monde, disent-ils. Ils ne pensent qu’au monde, ne raisonnent que global, et nous les nationaux, accrochés à notre parcelle de terre, serions les archaïques, les dépassés.


    Ces déracinés de l’âme n’ont aucune leçon à nous donner. Ils ont voulu sauter l’échelon de la patrie, pour une adhésion directe à la planète ? C’est leur droit. Le nôtre, c’est d’aimer notre pays, ce qui est d’ailleurs le meilleur commencement pour aimer un jour le monde. En étant soi-même. Et non des ectoplasmes.

     

    Pascal Décaillet


     

  • Le Temps : tapis rouge pour Rethondes

     

    Sur le vif - Lundi 24.06.13 - 10.02h

     

    Sous la plume de notre talentueux confrère Alexis Favre, le Temps de ce matin nous explique, au nom du réalisme, les raisons d'abandonner notre souveraineté. Cela rappelle d'autres discours, à d'autres époques: soyons raisonnables, capitulons. Le Temps nous déroule un merveilleux tapis rouge, tellement convenable, tellement doux, pour signer l'armistice, dans le wagon de Rethondes, forêt de Compiègne.



    Pour notre part, nous préférons la folie du refus à la raison de l'alignement. C'est de cela, justement, oui de cette résistance, que sont nées les nations. Et nous croyons beaucoup, encore, n'en déplaise aux modes, à l'échelon national comme espace de reconnaissance de valeurs, de liberté démocratique, de mémoire commune, de citoyenneté partagée. Une chose est sûre: l'échelon multinational, ou supranational, n'a pour l'heure rien réussi à prouver dans l'ordre de ces vertus-là, le flagrant déficit démocratique de l'UE étant à lui seul suffisamment éloquent. Tous les partisans, sans exception, de l'excellente matinale spéciale Europe, ce matin, à la RSR, reconnaissaient ce déficit comme le fléau premier.



    Nous reviendrons sur ce texte du Temps, ici même, pour en élaborer une sévère critique. Regrettons enfin que l'auteur, quant à la forme, se soit cru obligé de parsemer sa démonstration de citations, ne faisant ainsi pas assez la part entre le papier journalistique classique, qui expose un problème avec les pour et les contre, et le commentaire assumé, où il convient de serrer au plus près la ligne de sa thèse. Cela vient-ils de sa propre prudence, de sa peur du conflit ou de l'Etiquette du Temps, pour ne pas froisser les salons, en matière d'auto-castration?

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • La totalité vivante de notre démocratie

     

    Sur le vif - Samedi 22.06.13 - 09.53h

     

    La Suisse est, au niveau fédéral comme dans les cantons, un régime (ou un ensemble de régimes) exagérément parlementaire. Tous, nous accordons intellectuellement beaucoup trop d'importance aux moindres faits et gestes de nos Assemblées législatives. Elles sont certes fondamentales. Mais la démocratie suisse, unique au monde, est un tissu tellement plus vivant, tellement plus global. Initiatives. Référendums. Possibilité, pour les citoyens, d'influer d'en bas sur le cours des choses. Souveraineté ultime accordée au collège de l'ensemble des citoyens, qu'on appelle "peuple".

     

    Les perroquets des Pas perdus



    Dans ce système total, les Parlements cantonaux et le Parlement fédéral occupent à coup sûr une place de choix, et il faut être reconnaissant à ceux qui se dévouent pour y siéger. L'immense majorité de nos élus sont habités par le sens de la chose publique. Mais les Parlements, chez nous, ne sont qu'un échelon de la vie démocratique. Nous avons tendance à les surestimer. Regardez le service public audiovisuel: dès qu'une initiative a récolté les signatures, le Mammouth passe plus de temps à se tétaniser sur l'avis des Chambres (en général, pour balayer le texte), qu'à nous présenter... l'initiative elle-même ! Et les accrédités de la molasse bernoise, perroquets des Pas perdus, pérorent à l'envi pour nous dire à quel point il faut refuser ce texte, "excessif", "de toute façon inapplicable", "contraire au droit supérieur". Bref, s'alignent immédiatement, par réflexe, sur le pouvoir en place, lorsque ce dernier est, sur un objet précis, contesté par au moins cent mille de nos concitoyens.



    C'est absurde. Parce que justement, si une initiative existe, et a fortiori a recueilli plus de cent mille signatures, c'est qu'elle vient corriger un déficit d'écoute des élus. C'est cela, le génie de notre démocratie, ce mécanisme correctif qui permet au peuple de rétablir sa vision souveraine. Combien de fois une initiative sèchement refusée par le Parlement, et par l'immense majorité de la classe politique, méprisée et jugée comme pendable par 97% de la presse, n'est-elle pas, au final, acceptée par le peuple ?

     

    Souffle, sève et vie

     

    Notre démocratie directe, c'est la possibilité raisonnée, organisée, constitutionnelle, de "lever la Matze", comme on dit en Valais. C'est un extraordinaire fusible pour exprimer quelque chose de puissant, évidemment de l'ordre d'un mécontentement, surgi des entrailles, non d'en haut. Ca n'est pas de la doxa (l'opinion), encore moins du plêthos (le peuple, juste dans sa masse), mais bel et bien du démos (le peuple électeur), puisque c'est un mécanisme inscrit dans nos lois. L'utiliser, c'est faire vivre la démocratie, et non la déranger, comme voudraient nous le faire croire nos éditorialistes accrochés au pouvoir.

     

    Le culot de ces journalistes de pouvoir, lorsqu'ils viennent parler de "mise en danger des institutions", alors qu' au contraire, un texte jailli d'en bas vient leur donner souffle, sève et vie, à ces institutions. Ils confondent juste "institutions" avec "pouvoir en place". Avec lequel il est si confortable de se sentir bien, entre gens convenables.

     

    Carte de visite trompeuse


    Pendant des années, à Berne, j'avais sur ma carte de visite "correspondant parlementaire". Titre objectivement faux: j'étais correspondant politique, basé au Palais fédéral. Certes, nous avions nos bureaux, à l'époque, à quelques mètres des deux Chambres fédérales, et vivions littéralement sous la Coupole, en symbiose avec les parlementaires et l'administration. Mais enfin, je couvrais aussi le Conseil fédéral, les Offices, les Assemblées de partis, les associations patronales et syndicales, j'allais dans les cantons. Il y avait déjà dans ce titre, "correspondant parlementaire", une exagération métonymique de l'échelon législatif. Elle est significative de notre excessive focalisation, en Suisse, sur un pouvoir qui a certes toute sa place, mais ne représente de loin pas, à lui seul, la totalité vivante de notre démocratie.

     

    Pascal Décaillet