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Liberté - Page 1186

  • Grand Conseil: l'extase de l'entre-soi

     

    Sur le vif - Vendredi 25.01.13 - 20.00h

     

    Elles furent bien pénibles, et méchamment pesantes, les vingt premières minutes du Grand Conseil, ce soir. Un député s’en va, on se relaye pour lui passer la pommade. Une tradition ? Ça n’est pas une raison pour ne pas s’en étonner. Car enfin, l’hommage à Guillaume Barazzone, qui quitte le cénacle pour avoir été élu à l’exécutif de la Ville, fut trop long, trop appuyé. On eût cru la Chambre de 1957 se séparant d’un Edouard Herriot l’ayant maintes fois présidée, et y ayant siégé pendant un demi-siècle. Ou l’Angleterre, prenant congé de Victoria.

     

    Surtout, ces effusions, plus ou moins talentueuses, de rhétoriciens plus ou moins fluides, ont la tonalité, au mieux, d’un repas de fin d’année, ou de quelque propos de mariage, à l’heure bienfaisante du mousseux. Et n’ont rien à faire, sur une telle longueur, dans l’enceinte d’un Parlement dont la mission première est d’être au service de la population. Et non de se regarder le nombril.

     

    Le signal : une fois de plus, une caste parlementaire genevoise qui se parle à elle-même, se félicite elle-même, se fait rire elle-même, au milieu d’un immense miroir. Les députés de l’entre-soi. L’extase de l’autocongratulation. Tragi-comédie en cercle fermé, même pas de craie, même pas caucasien. Juste une corporation de notables, heureuse d’être ensemble.

     

    On en est très content pour elle. Vivement le 6 octobre.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Les indignés de la 25ème heure

     

    Sur le vif - Vendredi 25.01.13 - 11.11h

     

    Je suis révolté, comme tout le monde, par la décision de la Commission des États sur les primes surévaluées. Mais ne suis pas dupe, une seule seconde, de l'aubaine que constitue pour certains politiques - en surjouant l'indignation - cette malheureuse décision.

     

    Ces indignés de la 25ème heure, qu'ont-ils mis en oeuvre, concrètement, pour éviter ce vote majoritaire des commissaires ? On sait la Commission des États, légendairement, sensible aux pressions. Nos indignés, leur lobbying à eux, sont-ils suffisamment montés le faire, à Berne ? La politique n'est pas affaire de morale, ni de pleurnicheries, mais de rapports de force. Aussi difficile à accepter soit son vote, il n'en demeure pas moins que la Commission de la Santé du Conseil des Etats est un organe souverain de notre démocratie. Plutôt que de pleurer, il faut s'employer à renverser le vote, au moment du plénum. Ce ne sera pas facile.

     

    Pour le reste, il y a hélas beaucoup de gesticulations. Un conseiller d'Etat, à Genève, qui en fait un peu trop dans le registre de la colère. Son homologue, sur Vaud, fidèle à lui-même. On accordera davantage de crédit à MM Buchs et Poggia: eux, au moins, se battent tous les jours de l'année, y compris hors caméras, pour la défense des assurés.

     

    Il y a un populisme de droite. Il y a un populisme de gauche. Il y a, oh oui, un populisme du centre. Et il y a, plus que tout, un pénible populisme de l'indignation.

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • Le journalisme en 2013, entre paravents et pleurnicheries

     

    Dimanche 20.01.13 - 10.30h

     

    Je me refuse depuis des années à accepter les invitations aux colloques de pleurnicherie sur l'état de la presse en Suisse romande. Où l'on passe des heures à se lamenter sur les méchants éditeurs, les méchants lecteurs, les méchants internautes qui tuent la presse papier. Comme si le papier était autre chose qu'un simple vecteur !

     

    Le problème numéro un de beaucoup de journalistes en Suisse romande n'est pas là. Il est dans leur absence de curiosité, d'imagination, d'inventivité, de combativité pour évoluer avec les nouvelles techniques de notre temps, qui sont non seulement fascinantes, mais très propices au développement du journalisme. Mise en ligne. Travail en réseau. Interactivité immédiate, développement d'intelligences collectives. Ou alors, possibilité extraordinaire, pour les solitaires, les individualistes (pour peu qu'ils soient sacrément bosseurs), de proposer aux gens leur univers à eux, rien qu'eux, avec leurs textes à eux, leurs images à eux, leurs sons à eux, leur mise en page à eux. Chacun, avec les outils d'aujourd'hui et de demain, peut proposer son journal. Ensuite, les gens aiment ou non, adhèrent ou non. C'est une autre question.

     

    Bientôt, on ne confondra plus journalisme avec journaux. On peut faire du journalisme sans cette intrication complexe qui s'appelle un journal papier. On peut, tous les jours, sortir un journal papier, sans que cela soit du tout du journalisme. Certains, en Suisse romande, s'y emploient à merveille.

     

    De quoi sont nés, techniquement, les journaux ? De la nécessité, à l'époque, de concentrer une équipe rédactionnelle à proximité immédiate de l'équipe technique, autour de la rotative qui, à minuit, sort chaque jour le bébé. C'est exactement dans ces conditions, au reste fascinantes, que j'ai exercé mes premières années au Journal de Genève, rue du Général-Dufour: nous produisions le journal d'un bout à l'autre, et savions pratiquement tout faire nous-mêmes. Il y a une trentaine d'années, on a commencé à avoir la possibilité technique d'éloigner l'imprimerie. Aujourd'hui, on peut parfaitement éloigner les rédacteurs les uns des autres.

     

    Mais on en est resté aux grosses équipes rédactionnelles, hypertrophiées, avec les rubriques, les chefs de rubriques, les sous-chefs de rubrique, les évaluations annuelles, les interminables conférences de rédaction, les ressources humaines, les horaires, les congés, les vacances, les propos venimeux de cafétéria les uns contre les autres, les rivalités internes, les ascensions des grimpaillons, toutes choses qui tuent la créativité, éloignent l'objectif premier qui doit être la création, la production, l'imagination. Et on laisse passer les années, et on se croit éternels, et un beau jour le quotidien meurt.

     

    Le problème numéro un, c'est l'hypertrophie des structures, le poids des habitudes, l'incroyable lenteur lorsqu'il faut affronter des techniques nouvelles. Le reste, ce ne sont que paravents, prétextes et pleurnicheries.

     

     

    Pascal Décaillet