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Liberté - Page 1187

  • Aux ricaneurs du PDC

     

    Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 16.01.13

     

    Amis PDC,

     

    Dimanche soir, Delphine Perrella Gabus, fidèle militante et ancienne candidate à la présidence de votre parti, annonçait son passage au MCG. Certains d’entre vous ont cru bon de ricaner. Demain,  cela pourrait bien être le député et brillant chirurgien Philippe Morel, comme ce fut, par le passé, Mauro Poggia. A chaque fois, vous ricanez.

     

    Vous avez tort. Parce qu’au lieu de vous gausser, comme des notables se croyant éternels, vous feriez mieux de vous demander pourquoi certains membres de votre parti - et l’hémorragie n’est pas finie – passent avec armes et bagages chez M. Stauffer. Oui, vous feriez mieux de vous livrer à un minimum d’introspection sur le véritable état de votre parti.

     

    Et ne venez pas me parler de vos valeurs. Je les connais mieux que vous. A part Fabiano Forte, et sans doute un ou deux autres, je ne connais plus personne, dans votre section genevoise, qui soit capable de tenir une conversation sur Léon XIII, la Doctrine sociale, le Sillon, le Zentrum, ou même la Democrazia Cristiana et les pères de l’Europe. Vous êtes devenus ignares de votre propre essence, de votre Histoire. A Genève, vous êtes juste un parti de notables, entre clans familiaux, automatismes locaux, petites facilités entre amis.

     

    Vous n’avez, aujourd’hui, plus aucune ligne. Votre actuelle présidence n’existe pas. Vous êtes juste là, à regarder partir certains des meilleurs des vôtres, en ricanant. Eh bien, ricanez, mes amis. Vous êtes les héritiers d’un grand parti, qui a donné au canton des hommes d’Etat, comme Jean-Philippe Maitre. Mais cet héritage, qu’en avez-vous fait ? Vous avez certes de bons candidats au Conseil d’Etat, mais votre parti, aujourd’hui, son profil, ses priorités, c’est quoi, exactement ? Il vous reste le choix : vous ressaisir, ou continuer de ricaner. Comme vous voudrez.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • Oui, je soutiens François Hollande

     

    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 18.01.13


     
    Homme de droite, je soutiens François Hollande. Je l’ai fait ici, dans cette chronique, bien avant la présidentielle, puis pendant la campagne, et après son élection. De même, jeune homme de droite, naguère, j’ai toujours soutenu François Mitterrand. Enfin, disons en 1981, et même en 1988. Il y a, dans la fonction présidentielle française sous la Cinquième République, quelque chose de puissant, à la fois un lien direct avec le peuple, et quelques essences de monarchie qui rassemblent, au-delà des clivages.


     
    Homme de droite, j’ai détesté Giscard, exagérément j’en conviens, encore plus Sarkozy, parce qu’ils donnaient l’impression, malgré leurs qualités, de ne point s’être affranchis des forces de l’argent. Oui, cette droite orléaniste qui n’a jamais été mienne, ni en France, ni dans ses équivalents suisses. Il me faut la République. Il me faut le verbe. Il me faut la rigueur de l’Etat. Ensuite, droite, gauche, alternance, c’est la vie : vous ne voudriez tout de même pas avoir toujours les mêmes cliques au pouvoir, les mêmes sacristies, les mêmes chapelles, les mêmes obédiences.


     
    Homme de droite, je soutiens François Hollande, non sur ses choix, en tout cas pas économiques et fiscaux, mais parce qu’il est le chef, élu en parfaite légitimité et pour cinq ans, de ce pays qui nous est si proche. Et je déteste les discours actuels, ce fiel qui nargue et vilipende, sous le seul prétexte que l’homme est en difficulté. Bien sûr qu’il l’est ! Et il est là pour ça ! Où diable serait-il écrit que la première fonction de France ne serait que flottaison sur long fleuve tranquille, se laisser bercer par le vent, dire oui à tous ?


     
    Homme de droite, je déteste l’actuelle UMP, je veux dire ses chefs, à commencer par Copé, qui n’a rien trouvé de mieux, à l’Assemblée, que de faire de la politicaillerie alors que les soldats de France se battent au Mali. Je l’ai déjà écrit ici, l’UMP n’est plus aujourd’hui (sauf à aller chercher Juppé) l’alternance à la gauche. Il faudra aller la trouver ailleurs, peut-être sur des rivages longtemps tabous, jusqu’ici.


     
    Homme de droite, je soutiens François Hollande. Parce qu’il est président de la République, et qu’au-delà des choix de son gouvernement, il incarne avec dignité sa fonction. C’est exactement ce qu’on attend de lui. Oh, comme Suisse, il m’exaspère, je ne supporte pas la guérilla fiscale qu’il mène contre mon pays, ni l’histoire des 75% d’impôts, ni plein de choses. Mais là n’est pas la question : cet homme a été porté au pouvoir pour incarner le destin de la France, en partager les souffrances, la représenter à l’étranger. Oui, la période est difficile. Oui, il devra tenir compte de la grande manifestation de dimanche dernier. Mais il n’est écrit nulle part qu’il ait échoué. Il est élu pour cinq ans. Il peut devenir un grand président.


     
    Pascal Décaillet

     

  • Meyer de Stadelhofen: mort d'un génie

     

    Mardi 15.01.13 - 12.39h

     

    La douceur d’une voix, incomparable. La politesse d’une diction. Un sens inné de l’événement. Des centaines d’archives sonores. La mémoire d’une radio, et aussi celle du siècle. Henri Meyer de Stadelhofen (1916-2013), nous a quittés le 11 janvier, à son domicile de Sion, m’annoncent ses fils, à qui j’adresse mes meilleures pensées. Il est possible que ce nom ne vous dise pas grand-chose, moi je dis que les ondes romandes sont orphelines de l’une de leurs plus grandes voix, un reporter sans égal, toujours dehors, toujours sur le terrain, toujours dans le bruissement du monde. L’homme de radio idéal, celui qui vous restitue la vie, parce que la radio, c’est la vie.

     

    Automne 1944. Libération d’Annecy. De Gaulle fait son entrée, au milieu d’immenses clameurs, dans le chef-lieu de la Haute-Savoie. Meyer de Stadelhofen est là, dans la foule, décrit ce qu’il voit, c’est juste, c’est simplement admirable. Plus tard, il sera reçu à la Boisserie, ce dont peu de journalistes peuvent s’honorer. Quelque cinquante ans après, alors que je faisais tous les étés des émissions historiques à la RSR, je reçois Stadelhofen, lui balance l’archive, il s’émeut, nous fait revivre la Libération de cette Haute-Savoie qui s’était montrée si courageuse. Une autre fois, en pleine période des fonds en déshérence, je diffuse cette archive si bouleversante où il est sur le quai de la gare de Genève, 1943 je crois, pour accueillir des enfants français, tellement heureux de se retrouver en Suisse.

     

    Je ne vous raconterai pas ici sa vie, si riche d’entreprises, de Radio Genève à Europe 1, dont il fut l’un des fondateurs, de Charles de Gaulle à Churchill, Eisenhower, Cocteau, Chaplin, de Funès, Fernandel. Je dirai simplement l’immense bonheur qui fut le mien, lorsque j’étais à la RSR, de traîner à la phonothèque pour écouter les innombrables archives de ce reporter d’exception. Il aimait les choses du quotidien, donnait la parole à tous, était comme attiré par l’événement. Surtout, il faisait ses reportages dehors, au milieu de l’action, debout, sous la pluie, dans le froid. Il n’était pas un homme de studio, mais un génie de l’extérieur.

     

    Il nous reste la douceur de cette voix, l’éternelle fraîcheur de ce regard. L’éblouissement, à chaque fois réinventé, de se trouver, palpitant, quelque part au cœur du monde.

     

    Pascal Décaillet