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Liberté - Page 1191

  • Modeste et Pompon

     

    Sur le vif - Jeudi 03.01.13 - 11.25h

     

    Démolir Ueli Maurer. L'exercice mimétique, toujours recommencé, de ce début d'année. Aujourd'hui, c'est le Temps qui s'y colle. Portrait d'un homme modeste, ironie surmultipliée autour de cette modestie (que, chez un autre, on eût trouvée géniale), démolition en bonne et due forme, parole donnée presque exclusivement à ses détracteurs. Bref, la routine.



    Toujours recommencée, comme la Mer de Valéry. Juste le ressac en moins, le goût salé de l'écriture. Oui, juste au final la pâteuse impression de copié-collé, tellement conforme, de ce qu'on lit partout ailleurs. Démolir Maurer, exercice sans style, juste l'accomplissement d'une tache, aujourd'hui acheter du sel, prendre de l'essence, farter les skis, démolir Maurer, changer les draps. Encore quelques articles comme celui-ci, et le Temps pourra clamer qu'il ne sera mort que de lui-même, par lui-même, comme Paris libéré: le Temps par lui-même martyrisé.



    Président, tout au plus, du Conseil fédéral, dixit le Temps de Maurer. Dans un article rédigé, au plus tard, le deuxième des 365 jours de présidence du Zurichois. Admirable prescience. Se contenter de présider les séances, sans incarner du tout la fonction de lien avec le peuple, c'est exactement ce qu'on pouvait reprocher à Eveline Widmer-Schlumpf. Sur le constat, bien réel, de ses 366 jours de présidence 2012. Mais que voulez-vous, la présidente bissextile, on l'épargne, on la cajole, on l'encense, on l'amadoue. N'était-ce pas elle, le 12 décembre 2007, qui, faisant au pays le don improvisé de sa personne, le sauvait des griffes de la Bête immonde ?



    Oui, les journaux disparaîtront de leur propre conformisme. D'avoir trop choisi la duplication. Pendant ce temps, Ueli Maurer présidera. Et le 31 décembre 2013, autour de minuit, nous commencerons à porter un jugement. Excellente Année à tous.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Ueli et les moralistes de la haine

     

    Sur le vif - Vendredi 28.12.12 - 09.47h

     

    Excellente interview d'Ueli Maurer, en page 3 de la Tribune de Genève. Évidemment, comme il est de bon ton de considérer le futur président 2013 comme un parfait abruti, l'immense majorité de mes confrères, des observateurs et des commentateurs vous diront que cette interview est nulle, et que l'homme n'a rien dans la tête.



    Eh bien pour ma part, j'y ai lu les propos d'un homme simple et sage, profondément attaché à son pays, aimant la Suisse, prêt à la servir au mieux de sa conscience. Un homme qui n'a pas l'intention de paniquer face aux pressions et au chantage de l'Union européenne. Un homme qui identifie, sans en faire un tabou, sans les camoufler sous le tapis, les vraies souffrances de la population de notre pays face à une immigration non-contrôlée, trop massive.



     Il n'y a là strictement rien de xénophobe. Ceux qui,  à longueur d'année, nous hurlent le mot "xénophobe" dès qu'on évoque, du bout des lèvres, une possible régulation des flux migratoires (que pratiquent les pays qui nous entourent), nous mentent. Il est temps de le leur dire. Il n'est plus question de laisser le champ libre à ces moralistes de la haine.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Chénier, Dugain, le chemin perdu

     

    Jeudi 27.12.12 - 19.06h

     

    Le point commun entre André Chénier, le poète des alcyons, qui perdit la tête sur un échafaud à l'âge de 32 ans, en 1794, et  Marc Dugain, le génial auteur (entre autres) de la Malédiction d'Edgar, né en 1957 ?

     

    Ne cherchez pas. Des livres de ces deux auteurs, simplement, me furent offerts avant-hier, pour Noël, par mes deux filles. Une fois de plus, elles ont senti juste. Ayant décrété une bonne fois, autour de 1973, en pleine folie rimbaldienne, que nul grand poète français n'avait, étrangement, vécu au 18ème siècle, j'avais toujours remis la lecture de Chénier, malgré les innombrables dédicaces qui lui étaient consacrées chez les génies poétiques allemands contemporains de sa fin tragique, puis ceux du 19ème. Ce rejet de ma part est une erreur, que je vais maintenant m'employer à combler. Oui, Chénier vaut mieux que d'être perpétuellement pris en exemple par des grammairiens et rhétoriciens imberbes et asexués, à cause de ses doux alcyons qui pleurent, et de sa jeune Tarentine. Je me rappelle par exemple que Bernhard Böschenstein, mon inoubliable professeur de poésie allemande à l'Uni, nous en recommandait la lecture, comme l'un des chemins pour aller vers Hölderlin.

     

    Avec Dugain, auteur contemporain dont j'ai lu presque tous les livres, je suis chez moi. Un style. Un art du scénario littéraire campé sur fond historique, comme on n’en avait plus vu depuis longtemps (Anatole France, « Les dieux ont soif », 1912, chef d’œuvre). Un écrivain majestueux, dont j’ai souvent, dans mes Notes de lecture, évoqué les ouvrages, ici même.

     

    André Chénier, Marc Dugain. Le hasard d’un Noël. Pourquoi aimons-nous tant les livres, en vertu de quelle magie ? Enfant, adolescent, deux choses m’ont aidé à vivre : les livres, les journaux. Tous les livres et tous les journaux qui me tombaient sous la main. Et puis, la musique. Mes filles, aujourd’hui, vivent le même trajet, chacun le sien. On discute, on évoque, on échange, on essaye de se faire envie. Tenez, je me suis mis, grâce à l’une d’elles, à écouter Rachmaninov, alias le Fou, alias le Trop Romantique, alias le Débordant. J’écoute, mes préjugés se dissipent.

     

    Ainsi la vie, autour des livres. Nulle recette. Nul chemin, hors de soi-même. Tout au mieux, des dons, des prêts, des échanges. « Unterwegs zur Sprache », le titre de l’ouvrage fondamental où Heidegger, entre 1950 et 1959, analyse nos liens au langage. J’ai toujours, à chaque livre, ces trois mots en tête. Comme un chemin. Une initiation. Une aventure.

     

    Le seul grand chemin. Le seul qui ne soit pas perdu. Le seul où accepter de se perdre, plutôt, serait la clef des retrouvailles. Avec qui ? Je l’ignore.

     

    Pascal Décaillet