Sur le vif - Mercredi 21.01.26 - 16.34h
Je me suis déjà exprimé avant-hier, ici même, sur le scandale des expulsions massives de locataires et de commerçants au Boulevard Carl-Vogt, côté Jonction.
Scandale, le mot est faible. Plus de cent locataires sont concernés. Leur sort : se retrouver à la rue. Certains sont là depuis des décennies. D'un jour à l'autre, une lettre de la régie. Et ouste, raus !
Ces méthodes rappellent les pires pratiques ultra-libérales des années 80/90. Mais à l'époque, Genève avait, à la tête des Travaux publics, rue David-Dufour, un homme d'Etat. Pour faire contrepoids. Un ministre d'exception. Avec une compétence de juriste incroyablement pointue dans les affaires immobilières. Mais surtout, un sens de l'Etat, de l'intérêt public, hors du commun. Il s'appelait Christian Grobet.
On a beaucoup critiqué l'arsenal législatif, notamment la fameuse LDTR, tissée avec complexité dans les années Grobet. Sans doute n'est-elle pas parfaite. Mais, face à la jungle, elle a fixé un cadre. Elle a défendu l'Etat. L'intérêt public. Les plus faibles.
Dans le cas de la Jonction, l'Etat doit intervenir. Il doit le faire au plus haut niveau, celui du magistrat en charge, voire du collège. Il doit rappeler le droit. La décence. Il doit, plus que jamais, protéger le faible contre le puissant. C'est son rôle. Sa mission. Sa noblesse.
En parallèle, comme je le notais lundi, nous tous, la société, devons lancer un immense débat populaire sur la nature de la propriété foncière, le rôle des assurances et des Caisses de pension, la financiarisation du logement, quand il est livré aux appétits spéculatifs.
Cette réflexion nous appartient à tous. On espère qu'à droite aussi, dans ce Canton beaucoup trop marqué par l'emprise des libéraux, des consciences révoltées se feront entendre, au nom du respect des faibles et de la justice. Où sont, par exemple, les grandes voix radicales ? Aux fraises ?
Entre la jungle et l'Etat, mon choix, depuis l'enfance et mon éveil à la politique, a toujours été fait. C'est l'intérêt public qui doit primer. Il appartient au Conseil d'Etat genevois, sans tarder, de le rappeler.
Pascal Décaillet