Sur le vif - Lundi 02.03.26 - 16.04h
Depuis le printemps 2003, dans l'espace éditorial de Suisse romande, strictement rien n'a changé. Par le moindre iota. Rien.
Il y a 23 ans, au moment de l'attaque de George Bush Junior sur l'Irak, suivi par son majordome Tony Blair, je publiais, dans la Revue jésuite Choisir, un long édito, intitulé "Ma Colère". Quelques confrères et consœurs, en Suisse romande, dont Myret Zaki, osaient un regard très critique sur cette aventure militaire yankee, dont on connaît la suite : l'Irak, pour des générations, lacérée, entre ethnies et factions rivales. Et un nombre hallucinant de morts.
Nous étions quelques-uns, oui. Mais la masse des commentateurs romands, à commencer par les rédacteurs en chefs, soutenait cette intervention. On allait nous débarrasser d'un régime abominable. Le bonheur, sauce occidentale, avec ketchup et coca, allait imprégner la vieille civilisation babylonienne. Reprenez la presse de l'époque, plus on montait dans les hiérarchies des rédactions, en ces temps ultra-libéraux et ultra-atlantistes, plus le soutien à l'Oncle Sam était affirmé.
23 ans après, rien n'a changé. Quelques francs-tireurs osent. Mais la fine fleur éditoriale de la presse romande s'aligne. Elle s'aligne sur qui ? Mais sur le puissant, pardi, comme elle l'a toujours fait ! Ne s'est-elle pas tue, dans son écrasante majorité, lors des deux ans de massacre à Gaza ? N'a-t-elle pas fermé les yeux sur les actes de M. Netanyahu ? N'a-t-elle pas, au fond, toujours pris le parti du colon contre le colonisé, de la puissance économique occidentale, du complexe militaro-industriel américain, contre d'autres forces, d'autres modèles, en ce monde ?
Les beaux esprits de ce coin de pays, qui est le mien, me désespèrent. A quelques exceptions près, dont Jacques Pilet, et un ou deux autres, ils ne sont ni beaux, ni spirituels. Ca fait peu. Ca frise le néant.
Pascal Décaillet
Commentaires
Je ne suis de loin un spécialiste de la question, je suis même agnostique tendance athée, mais je me souviens que le problème qu'il y a eu en Irak juste après l'intervention des États-Unis, c'était les conflits entre musulmans de l'Islam, entre Chiite et Sunnite. En Irak il y a aujourd'hui 55 % de chiites et 45 % de sunnites. Saddam Hussein était sunnite et il a régné en dictateur pendant 23 ans. Donc Saddam Hussein était minoritaire en tant que sunnite dans ce pays et il y a eu le massacre de 148 chiites irakiens à Doujaïl en 1982 notamment. Donc il y a eu vengeance de la part des chiites lorsque Saddam Hussein a été chassé du pouvoir. Ensuite, certains sunnites qui ont été chassé du pouvoir également ont participé à la création de ce pseudo État islamique en Irak et en Syrie.
J'étais du côté du point de vue de Dominique de Villepin, premier ministre français, lors de son discours à l'ONU. Par la suite, lorsque Saddam Hussein a été chassé du pouvoir, je me suis dis, après tout, si un dictateur tombe, ce n'est pas plus mal, mais sans pour autant connaître ces conflits entre chiite et sunnite. Je l'ai découvert plus tard. Quand des dictateurs sont tombés en Europe, il y a eu la paix. Mais au Moyen-Orient, embourbé dans ces questions de religion, cela a l'air beaucoup plus compliqué. Il n'y a qu'à voir avec le printemps Arabe, des dictateurs sont tombés, mais une autre dictature des frères musulmans sont apparus. .
L'Iran cela a l'air différent sur ce point là en terme de religion de l'Islam par rapport à l'Irak, car il y a presque que des chiites et beaucoup moins de sunnites. Il y aussi d'autres religions, mais la part entre Chiite et Sunnite n'est pas comparable avec l'Irak, donc il y a peut être moins de risque de conflit entre chiite et sunnite en Iran.
Je ne connais pas l'Iran, pas le Moyen-Orient, mais je pense que chaque pays peut réagir différemment. L'histoire le dira, mais l'Europe doit arrêter d'entrer dans ces conflits.
Les États-Unis sont en première ligne pour semer le troupe au Moyen-Orient en Afghanistan et au Maghreb, et c'est l'Europe qui récolte les réfugiés de tous ces pays. L'Europe doit exiger à l'ONU que tous les réfugiés des guerres des États-Unis et parfois d'Israël demandent le statut de réfugié aux États-Unis, ou alors que les États-Unis et Israël versent de l'argent à l'Europe pour prendre en charge ces réfugiés.
Avoir raison avant tout le monde... Quel beau sentiment.