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Liberté - Page 1178

  • Terre habitée, maison commune

     

    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 15.03.13


     
    Un homme en blanc, 76 ans, propulsé sous le regard du monde, un destin qui bascule. On me demande ce que j’attends de lui, comme s’il fallait à tout prix attendre que les choses viennent d’en haut. Je ferais mieux de me demander ce que j’attends de moi. Mais enfin, d’un personnage aussi mondialement exemplaire, oui, formulons quelques espoirs. On a souligné sa simplicité, puisse-t-elle continuer. Comme son sens du terrain, sa proximité des plus démunis, nous sommes là au cœur de quelque chose de puissant dans le christianisme, une valeur de l’exemple surgie des Ecritures.


     
    Chaque chrétien rêve-t-il de son pape idéal ? Et si cette forme abstraite, rêvée, se nourrissait des exemples déjà donnés, et qui ne sont, après tout, pas les moindres ? Le sens politique de Léon XIII, la sainteté de Pie X, la bonté de Jean XXIII, la ferveur pastorale de Jean-Paul II, l’ascèse textuelle de Benoît XVI. Catholique, en grec, signifie universel, prenons ce mot à la lettre, sans prétention ni arrogance, juste cette globalité sémantique, cette rotondité planétaire, ou maternelle. La terre, habitée, délimitée, familière et nôtre, la maison commune. Non pour l’occuper tout entière nous seuls, quelle horreur, mais pour y définir notre place, au milieu des humains. Universel, comme l’eau nourricière, la terre porteuse, le feu soudeur, le vent chasseur de nuages.


     
    Je suis pour un christianisme de l’instinct. Nulle démonstration rationnelle ne m’emporte, il me faut l’émotion. Mais aussi, la démonstration de l’action. A cet égard, le choix d’un membre de la Compagnie fondée en 1534 par Ignace de Loyola est tout, sauf innocent. Je veux bien que l’élu, aussitôt de blanc vêtu, oublie ce passé régulier, on ne me fera pas croire que des décennies passées dans l’Ordre n’auront pas façonné jusqu’aux entrailles une dynamique de l’action.  Reste à la mettre en œuvre.


     
    Tout résonne, dans l’irruption de l’Argentin. A commencer par le choix de ce magnifique prénom. Ils sont tous partis sur François d’Assise, le saint universel, dans lequel tout chrétien se reconnaît. Mais enfin, le nouveau pape venant d’où il vient, on nous permettra d’envisager, pour le moins, une lecture équivoque avec Saint François-Xavier, l’Apôtre des Indes, ami d’Ignace, missionnaire de l’Asie, noyau dur de la préhistoire jésuite. Assise, la bonté contemplatrice, Xavier la ligne pure de l’action.


     
    Toute l’Histoire de l’Eglise est là, entre l’inaltérable et la vie qui va, ce qui change et ce qui demeure, ce qui échappe au monde et ce qui se consume d’y participer, au cœur de la fournaise. D’autres parleront de dialectique rénovation-tradition, méditation-action. Tout cela, oui. Avec l’exemple d’un homme, à vrai dire premier des serviteurs. Responsabilité écrasante. Du fond du cœur, je souhaite bonne chance au pape François.


     
    Pascal Décaillet

     

  • Franck Jotterand, enfin !

     

    Jeudi 14.03.13 - 12.24h

     

    Certaines arrivées de livres sont une promesse de bonheur. Ainsi, je reçois ce matin, des Edition de l'Hèbe (dont je ne suis, d'ordinaire, pas un fan), une Histoire de la mythique "Gazette littéraire", le supplément du samedi de la Gazette de Lausanne, à l'époque de l'exceptionnel journaliste culturel Franck Jotterand. Il faut voir ce que pour moi, adolescent, a représenté ce supplément, et bien au-delà encore de son équivalent du Journal de Genève. Fenêtres ouvertes. Irruptions de vie. Sentiment d'exister. Bonheur de découvrir.



    L'ouvrage, sur lequel je reviendrai sans faute d'ici quelques jours, signé Daniel Vuataz (que je me réjouis de recevoir dans une émission), porte sur les années 1949-1972, celles des fulgurances de Jotterand, juste celles que je n'ai pas connues, si ce n'est a posteriori, par la passion des archives.



    La Gazette de Lausanne (1798-1998), un journal hors de pair à tous égards. Politiquement, libéral bon teint. Littérairement, d'une ouverture incroyable. C'était le temps où les cahiers culturels du samedi aiguisaient, éveillaient, galvanisaient. Aujourd'hui, hélas, ils ont trop souvent tendance à nous assoupir.

     

    Pascal Décaillet



    *** "Toutes fenêtres ouvertes", Franck Jotterand et la Gazette littéraire. Deux décennies d'engagement culturel en Suisse romande (1949-1972). Par Daniel Vuataz. Éditions de l'Hèbe. Mars 2013.

     

     

  • Eric Leyvraz : une candidature solide et crédible

     

    Sur le vif - Mercredi 13.03.13 - 16.34h

     

    Il m’a toujours fait penser à un radical vaudois des années soixante, avec son calme, son nœud papillon, la pondération de son verbe, son goût de la tradition, sa connaissance du vin. Oui, Eric Leyvraz est un politicien atypique. Il a en lui ce zeste d’anachronisme qui finit par défier le temps et les modes. Le sens de la terre, hélas si rare. Il sait compter. Et, croyez-moi, il a des lettres. Cela commence à faire beaucoup. Par exemple, un candidat sérieux et crédible au Conseil d’Etat.

     

    Hier soir, sur le plateau de Genève à chaud, il a annoncé sa candidature. Tranquillement, en passant, sans en faire tout un drame, sans trompettes, ni sonneries aux morts. Cet homme d’expérience, ancien président du Grand Conseil, apprécié de tous, se met à disposition de la République pour une charge exécutive. Il le fait à l’âge où certains prennent leur retraite, l’âge exact où de Gaulle promettait, au printemps 1958, de ne pas « entamer une carrière de dictateur ».

     

    Bien sûr, comme il est UDC, presque personne n’en parle, de sa candidature. C’est qu’Eric Leyvraz, comme Céline Amaudruz, Yves Nidegger, Mauro Poggia, Eric Stauffer, fait partie de ce troisième tiers de la politique genevoise considéré comme pestiféré. Ce Tiers Etat, on le prend de haut, on le traite de populiste, on lui colle des étiquettes à n’en plus finir. Il faudrait surtout qu’il demeure où il est : hors du gouvernement.

     

    Avec Leyvraz, ils sont mal barrés, les colleurs d’étiquettes. Voilà bien un homme qui n’est ni sonore, ni rugissant, jamais excessif, toujours soupesé, comme il sied à un certain monde de la campagne. Voilà un UDC qui a les manières d’un gentleman farmer. A quoi s’ajoute une compétence que personne ne nie, notamment en matière financière : dans le combat pour un budget équilibré, il ira, lui, jusqu’au bout.

     

    Pour prendre la relève du pire gouvernement que Genève ait connu depuis la guerre, ou en tout cas le septième de cette relève, voilà bien, ma foi, un candidat d’une rare qualité. Et polyglotte, en plus, par exemple l’espagnol, bien utile dans la Genève internationale. Etant moi-même petit entrepreneur, je discute souvent avec lui de ce métier, la prise de risque permanente qu’il implique, mais l’immense avantage de savoir remplir une fiche de salaire, connaître les mécanismes de la TVA et des assurances sociales, et avant toute chose, tenir un budget. Eric Leyvraz : un homme qui sait compter. Et qui, surtout, ne s’en laisse pas conter.

     

    Alors voilà, puisque personne, pour l’heure, parmi mes confrères, ne juge apparemment utile de donner à cette candidature le volume qu’elle mérite, en bien moi si, je le fais. Bonne chance, Eric.

     

     

    Pascal Décaillet