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Sur le vif - Page 662

  • Cela s'appelle la politique

     

    Sur le vif - Mercredi 27.06.18 - 08.08h

     

    La préférence indigène entre en vigueur en Suisse dans quatre jours. Il y a encore quelques années, elle était une option inimaginable dans notre pays. Nous n'étions que quelques-uns, au niveau cantonal et national, à en défendre l'idée.

     

    Le dogme libéral et libre-échangiste régnait en maître absolu. Il régentait les consciences, formatait les éditorialistes. Il fallait à tout prix que le marché du travail fût ouvert, sans entraves, à tous, pour légitimer le principe sacré de libre circulation des personnes, réputé sanctifiant pour la vitalité de notre économie. Le libre-échangisme était devenu l'opium des élites mondialisées.

     

    Le résultat, on l'a vu : les bénéfices de ce grand casino des personnes et des biens n'ont profité qu'à une minorité, notamment dans le sacro-saint commerce extérieur, sur l'autel duquel on a strangulé notre monnaie. Cette prospérité n'a pas été répartie sur l'ensemble du tissu social de notre pays. Des patrons ont pratiqué la sous-enchère, avec une main d'œuvre étrangère peu regardante sur les salaires. On a trop souvent oublié les demandeurs d'emploi qui résidaient déjà dans notre pays. On a laissé mourir notre agriculture.

     

    Ce libéralisme du profit immédiat est une impasse. On commence enfin à s'en rendre compte ! Il est temps de revenir à l'économie au service de l'humain. Ca passe par des communautés nationales définies, délimitées par des frontières protectrices pour les plus faibles. Avec des lois, démocratiquement votées. Des peuples qu'on écoute. Des souffrances sociales dont on tient compte. Cela porte un très beau nom, lorsqu'il échappe à la combinazione des partis et aux basses manœuvres des ambitions individuelles : cela s'appelle la politique.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le grand bazar cosmopolite

     

    Sur le vif - Dimanche 25.06.18 - 08.24

     

    Le libre-échangisme commercial, tel qu'il prévaut depuis vingt-cinq ans en Europe, n'est en aucun cas une fatalité. Ni, comme on nous l'assène à coups de massue, la voie naturelle vers une prospérité étendue et partagée.

     

    Tout cela, c'est l'appareil lexical de la propagande ultra-libérale, sa liturgie. En vérité, la philosophie du libre-échange est un choix politique très précis. Le génie de ses partisans est de nous l'avoir administré comme un dogme.

     

    Les dogmes ne sont pas morts. Au 19ème siècle, on en proclamait sur l'infaillibilité du Pape, ou sur l'Immaculée Conception. Aujourd'hui, on édicte et propage le dogme de l'infaillibilité du libre-échange. On prend une position économique, et on nous l'impose comme la seule voie possible. Cela, depuis le 9 novembre 1989, la chute du Mur de Berlin.

     

    Le libre-échangisme est un choix, bien précis. Il a un dieu : la Marché. Il a un Veau d'or : la libre concurrence internationale. Il sublime le commerce extérieur, affame l'agriculteur, abolit les réglementations douanières qui, jusque là, protégeaient justement les plus faibles, les plus déshérités.

     

    Le libre-échangisme sanctifie la transaction financière, l'exonère de tout contrôle d'Etat, accentue les inégalités, dissout la mission régulatrice des nations. Il construit un grand bazar cosmopolite, où l'usure est souveraine, la spéculation impunie. Les marchands ont repris le contrôle du Temple.

     

    Le libre-échangisme se rit des peuples, des Etats, des nations. Les repères politiques, ceux de la mémoire et des émotions partagées, ne l'intéressent pas. On spécule sur une marchandise, on en dilue les traces, on la fait circuler au plus offrant, sans entraves.

     

    Et avec la marchandise, on fait circuler les hommes et les femmes. On abat les frontières, on laisse déferler les masses sur des communautés humaines organisées depuis des siècles, avec des règles, des protections sociales conquises de haute lutte, au service des plus faibles. La fragilité de leurs équilibres, on la saccage. On la piétine.

     

    Ces édifices de solidarité sociale, de mutualité, qui faisaient la fierté de nos pays, on les ratiboise. Il faut laisser la place au grand marché cosmopolite, la nouvelle religion. Universelle, apostolique.

     

    Le libre-échangisme ne relève ni du hasard, ni de l'inéluctable. Mais d'un choix politique, parfaitement précis, traçable, identifiable. Il pourra donc être détruit, le jour venu, par la masse supérieure d'un choix contraire. Celui qui, sans abolir l'échange ni l'ouverture, rétablit comme unité de base la notion de communauté nationale. Avec, à l'intérieur de cette dernière, la cohésion sociale, l'attention aux plus faibles, la solidarité. Toutes ces valeurs que le Marché sanctifié tente, avec une inouïe vulgarité, de nous faucher.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La vieille ficelle de l'homme nouveau

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    Sur le vif - Samedi 23.06.18 - 10.46h

     

    L'immense escroquerie de Macron, lors de la présidentielle 2017, a été de nous sortir la vieille ficelle de "l'homme nouveau". Comme Giscard, en 1974, avec sa "société libérale avancée".

     

    Pour qui sait lire la politique, pour qui s'est frotté à l'Histoire, il ne saurait exister d'hommes nouveaux. Tout politicien, même jeune, même flamboyant, recèle en lui les archétypes de la captation du pouvoir. C'est dans Plutarque, dont je vous recommande absolument la lecture (Pléiade). C'est dans Shakespeare, notamment "Jules César". C'est Kennedy, en 60. C'est Giscard en 74. Et c'est Macron, en 2017.

     

    Le discours sur "l'homme nouveau" est tellement vieux en politique qu'il résume en lui l'éternité de l'archaïsme. Rien de plus éculé que la modernité.

     

    La vérité, c'est que Macron entre, comme tous les autres, dans des typologies parfaitement identifiables, pour qui a consacré une partie de sa vie à les étudier.

     

    Économiquement, c'est un libéral, tradition Tardieu et un peu Giscard. C'est un libre-échangiste, proche d'une école anglo-saxonne peu répandue en France. Il y en eut quelques-uns, sous le Second Empire, puis vers le milieu de l’Entre-deux-guerres.

     

    Dans les rapports avec l'Europe, c'est un MRP, entendez un démocrate-chrétien français de la Quatrième République, on pense à des hommes comme Schuman ou Pleven. À certains égards, Jacques Delors.

     

    Dans le rapport aux choses de l'Argent et à la majesté de sa posture, c'est un orléaniste. La branche cousine des Bourbons, celle qui fit des affaires, ou encouragea qu'on en fît.

     

    Tout cela, toute cette configuration qui finit bien par affleurer, relève d'options que Macron a totalement le droit d'embrasser. Simplement, il n'est pas un homme nouveau. Il incarne les feux de l'Ancien Monde. Ses choix, dans la géographie et la géométrie politiques, sont repérables, traçables, identifiables.

     

    Il n'existe jamais d'hommes nouveaux. Juste des hommes plus jeunes, qui prennent leur place sur l'échiquier. Pour nous rejouer l'ancestrale noirceur du pouvoir. Dans cette partition, toujours recommencée comme une suite de Bach, rien ne change, jamais.

     

    Pascal Décaillet