Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sur le vif - Page 436

  • Le multilatéral passe, la nation demeure

     

    Sur le vif - Mercredi 15.04.20 - 07.07h

     

    Ennemies jurées de Trump, depuis le début et quoi qu'il fasse, nos belles âmes ne manqueront pas de pester contre la suspension de la contribution américaine à l'OMS, jugée totalement inefficace dans la lutte contre le coronavirus.

    Elles ont tort. La décision américaine n'est que l'un des aspects - certes le plus sensible sur le plan financier - de la désaffection croissante des peuples pour un édifice multilatéral qui, de façon criante, affiche aujourd'hui son inexistence. Avez-vous, dans cette crise, entendu parler de l'ONU ? Ou de l'Union européenne, si ce n'est pour tenter désespérément de jouer un rôle ?

    Cette crise, je l'ai déjà dit ici, marque le retour de la nation comme unité de référence, non seulement opérationnelle mais affective. À l'inverse, elle précipite la décomposition d'une toile multilatérale tissée à partir de 1945, pour donner l'illusion d'une grande horlogerie planétaire.

    La seule réalité qui, dans les tempêtes, demeure, est celle des nations. Dans la crise actuelle, elles ne se battent nullement les unes contre les autres. Mais chacune, selon son génie propre, contre un ennemi commun. Le multilatéral passe, comme la catastrophique SDN était passée, les nations survivent.

    Alors oui, nos belles âmes ont tort de tomber sur Trump, parce qu'il dénonce l'impuissance impersonnelle des organisations mondialisées. Sa défiance à lui n'est que le prélude à d'autres retraits, dans le monde, de ces constructions tentaculaires qui s'évaporent à la première crise.

    Chaque nation qui, individuellement, combat le coronavirus, mérite le respect. Chacune représente une communauté de mémoire, une construction sociale, un ensemble de repères rationnels et affectifs autrement plus solides que le château de cartes mondialiste.

    Ce qui, depuis un demi-siècle, nous est décrit comme ringard par la cataclysmique idéologie de 68, revient en force. Les frontières, les repères, la proximité, le local, l'ancrage dans une terre et dans une Histoire, la communauté d'appartenance (Gemeinschaft), voilà ce qu'aujourd'hui veulent les peuples. À des milliers de lieues marines des illusions planétaires et des spéculations cosmopolites.

     

    Pascal Décaillet

  • Pour Lisa Mazzone

     

    Sur le vif - Lundi 13.04.20

     

    Je ne partage pas les idées politiques de Lisa Mazzone. Mais cette jeune politicienne, déjà Conseillère aux Etats, m'est toujours apparue, depuis des années (je l'ai repérée fort tôt), comme une personne de qualité. Elle est sincère, droit dans ses bottes, elle dit les choses directement, sans détours. Dans les débats, elle se montre toujours respectueuse de l'adversaire. Il arrive assez souvent, hélas, que ce dernier ne le lui rende pas.

    Elle n'attaque jamais les personnes, alors que si souvent on attaque sa personne. Elle avance des arguments. Si on veut donner la parade, il s'agit de contre-argumenter. Hélas, beaucoup de ses contradicteurs, alors que les armes intellectuelles nécessaires à la contre-offensive existent, préfèrent souvent, face à elle ou derrière son dos, la rabaisser quant à sa personne.

    Sur l'aide aux compagnies aériennes, Lisa Mazzone a parfaitement le droit d'énoncer des idées qui, après tout, sont conformes à son parti, à ses engagements politiques de toujours. De même, en face, on a le droit d'avancer les arguments contraires.

    Je n'invite personne à partager les idées de Lisa Mazzone, et en conteste pour ma part beaucoup. Mais enfin, du calme ! Nous sommes dans le champ des idées politiques, l'idée A s'oppose à l'idée B, fort bien, vivons cet antagonisme, cela s'appelle la disputatio. Mais cela exige des arguments. Et surtout, une posture citoyenne dans le débat, consistant à en découdre avec des principes politiques, y compris férocement s'il le faut. Mais jamais à mettre en jeu l'intégrité de la personne d'en face.

     

    Pascal Décaillet

  • La puissance retrouvée d'un destin commun

     

    Sur le vif - Dimanche 12.04.20 - 14.29h

     

    Dans la crise que nous traversons, l'unité de référence, celle dans laquelle chaque peuple se reconnaît, est celle de la nation. Chacune d'entre elles, pour son combat contre la pandémie, mérite le respect. Chacune d'entre elles fait de son mieux. Chacune d'entre elles agit selon son génie propre, les lois de son Histoire, sa mécanique sociale : confiance dans les citoyens en Suisse, jacobinisme en France, élans patriotiques en Italie, etc.

    Chaque nation livre son combat, mais il ne s'agit en aucun cas d'un combat des nations, les unes contre les autres. Et cela est totalement nouveau ! Chaque nation lutte, sait que l'autre, à côté, lutte aussi. Chaque nation respecte le combat de l'autre. Les citoyennes et citoyens de chaque nation compatissent avec ceux des autres nations. Exemple : nous, en Suisse, savons que le confinement est plus dur en France, nous pensons à nos amis français. Nous savons à quel point l'Italie a été meurtrie, et nous sommes plus que jamais en sympathie avec cet admirable peuple, celui qui chante Verdi sur les balcons.

    Ce qui resurgit, ça n'est pas le nationalisme, dans son acception péjorative, qui implique le rejet d'une nation par l'autre, voire la volonté de l'envahir. Pas du tout ! Ce qui resurgit, dans chaque pays, en fonction de son identité propre, de son chemin historique, de sa mémoire collective, de sa construction sociale, c'est la nation, avec ses frontières, ses horizons, comme unité de référence.

    Le théâtre d'opérations, c'est la nation. Chaque nation, séparément, pour elle-même, pour les siens, mais sans aucune animosité pour les nations voisines. Ce modèle protectionniste, avec tout ce qu'il implique de retour à la proximité, de souveraineté alimentaire, énergétique, industrielle, sanitaire, de préférence aux siens, c'est le modèle qui nous attend, bien au-delà de la crise sanitaire, pour les années qui viennent. Il n'implique en aucune manière un rejet des autres, encore moins une conception du monde fondée sur les inégalités. Non, il implique simplement la prise en charge, en priorité, des hommes et des femmes qui, à l'intérieur d'un horizon délimité, forment une communauté d'appartenance. Cela, en allemand, porte un nom : cela s'appelle Gemeinschaft.

    Au contraire de tout cela, l'édifice multilatéral, échafaudé depuis 1945 (après un précédent catastrophique, entre 1919 et 1939, la SDN), s'effondre, avec une brutalité inouïe. Dans cette crise, pourtant mondiale, les institutions internationales (à part l'OMS, pour des constats et des recommandations) n'existent plus. Elles se sont évaporées ! Ne parlons pas de l'Union européenne, où l'impuissance impersonnelle atteint ses records. Du grand délire multilatéral de l'après-guerre, il ne reste rien. Rien, sinon le gémissement du glissement vers le néant. On voit mal ces impénitents bavards, après la crise, revenir sur scène avec le moindre crédit.

    Il se pourrait bien que le modèle qui, pour un certain temps, succède à cette crise, soit celui des solidarités réinventées au sein des différentes nations. Non comme forces de combat les unes contre les autres. Mais comme théâtres d'opérations pour construire, chacune selon son génie propre, la puissance retrouvée d'un destin commun.

     

    Pascal Décaillet