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Sur le vif - Page 420

  • La morsure infectée des Gueux

     

    Sur le vif - Lundi 01.06.20 - 08.00h

     

    J'ai condamné ici la décoiffante conversion de nombreux libéraux à la dette, en toute hâte, au plus fort de la crise sanitaire. Ont-ils pris peur ? Ont-ils vu poindre, avec quelque frayeur, un effondrement de l'ordre social ? Ont-ils eu le vieux réflexe de la bourgeoisie suisse face à la possibilité d'un Novembre 1918 ? Encore que la perspective d'une grève générale eût paru fort singulière en une période où... tout le monde était au repos forcé !

    Je ne parle pas ici de la gauche. Ni de la droite souverainiste. Mais de la droite libérale ! Celle qui, dans les Cantons et sous la Coupole fédérale, gardait le Temple de l'orthodoxie financière. Frein à l'endettement, refus des déficits, coupes dans les dépenses. Et là, en quelques jours, juin 40 ! Tout se retourne, tout s'effondre ! La fin d'un discours, la fin d'un monde. Soudain, c'est Keynes, le New Deal, la relance de l'économie par les investissements, sans qu'on sache d'ailleurs lesquels !

    Alors, quoi ? On n'était anti-dette que par posture, par beau temps ? On lâche des dizaines de milliards aux Gueux par peur de la morsure infectée ? On craint l'ordre social secoué, la vase retournée, la tourbe répandue ?

    Pour ma part, moi qui ne suis pas libéral, je demeure viscéralement opposé à tout déficit, et tout endettement. On dépense l'argent si on l'a. Pas d'emprunt. Pas de lien avec les usuriers. S'il le faut, on vit plus simplement. On travaille pour gagner sa vie, tant qu'on le peut. On va chercher du travail là où il y en a. On ne sollicite les aides qu'en cas d'extrême nécessité. On arrête de tout attendre de l'Etat, comme des oisillons, le bec ouvert. Et ce dernier ne doit être fort que dans ses fonctions vitales ou régaliennes. Pas comme distributeur de milliards à la première crise.

     

    Pascal Décaillet

  • Sur le Mur, 16 juillet 1972

     

    Sur le vif - Dimanche 31.05.20 - 13.20h

     

    Sperrgürtel der DDR. Extrait (ci-dessous) de mon Journal. J'ai écrit des centaines de pages, comme celle-ci, textes, dessins, croquis, photos, sur plusieurs années. C'était pulsionnel, il fallait que je tienne mon journal, j'adorais ça.

    Là, nous sommes le dimanche 16 juillet 1972. Je vivais tout au Nord de l'Allemagne, chez un ancien combattant de la Guerre à l'Est, à deux pas de la frontière historique entre la Prusse et la Saxe. Nous avons fait des milliers de kilomètres, lui et moi, dans sa Coccinelle vert bouteille. Tous les soirs, nous regardions le téléjournal de la DDR. Nombreuses visites sur le Mur de Fer, qui me fascinait.

    On était en pleine Guerre froide, mais instinctivement, je refusais les clefs de lecture de cette dernière. Je ne considérais ce Mur, cette ligne de fracture entre les Allemagnes, que comme un prix à payer, provisoire, pour la défaite d'étape du 8 mai 1945. Le Mur ne m'intéressait pas du tout comme séparation entre l'Est et l'Ouest, encore moins comme césure entre les Bons et les Méchants (je n'étais absolument pas anticommuniste). Mais comme une cicatrice interne au destin allemand. Une Mer Rouge réinstallée, en attendant la Réconciliation (Versöhnung). Quelque chose de biblique, puissant, comme dans la traduction de Luther.

    A noter que la Ligne de démarcation avait sacrément bien été tracée (sans doute par un Renseignement britannique, juste avant Yalta, qui savait lire des livres d'Histoire) : la frontière sur laquelle je me trouvais était non seulement celle entre Niedersachsen et Mecklenburg-Vorpommern, mais c'était la vieille frontière, si importante dans la Guerre de Sept Ans (1756-1763), entre la Prusse et la Saxe. Là oui, beaucoup plus qu'entre capitalistes et communistes, deux univers. Deux rapports à la langue allemande, aux mythes fondateurs médiévaux, à l'écriture, à la tradition musicale, à la Réforme.

    Je refusais les clefs de la Guerre froide. Pour autant, je n'aurais jamais imaginé, ce 16 juillet 1972, qu'une Réunification fût possible, 17 ans plus tard. Le Chancelier, à l'Ouest, s'appelait Willy Brandt. C'était un homme d'exception, que je place au plus haut rang de mon admiration. Nous étions dix-neuf mois après la génuflexion de Varsovie. Partout, autour de moi, surtout dans les cercles très particuliers que je fréquentais, on parlait d'Ostpolitik. Mais imaginer une Allemagne réunifiée, avant des siècles, c'était intellectuellement impossible.

    Déjà, le destin allemand me troublait, m'habitait, me concernait. Au plus profond. Pour des raisons que je discerne. Et aussi, pour d'autres. Un être humain, c'est une part de lumière, et des fragment plus enfouis. L'un et l'autre nous constituent.

     

    Pascal Décaillet

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  • Toutes les manifs - Sauf une !

     

    Sur le vif - Samedi 30.05.20 - 17.19h

     

    Je suis ennemi viscéral de toute manifestation. Jamais participé à aucune, de toute ma vie. Je rejette absolument cette culture de la foule. Tout comme j'abhorre le monopole de la gauche sur la rue, depuis 75 ans. Aucune sympathie pour les défilés du 1er Mai, et je ne sache pas qu'on puisse me qualifier d'ennemi du travail. Jamais aimé les banderoles, encore moins les vociférations.

    Pour moi, le peuple, c'est le démos, le corps des citoyens qui font institution, par le suffrage universel. Et ça n'est certainement pas le pléthos, celui qui hurle dans le désordre de la rue.

    Des manifestations, il en est en pourtant une - UNE SEULE - à laquelle j'aurais aimé participer. Elle s'est déroulée il y a jour pour jour 52 ans, sur les Champs-Élysées. C'était pour soutenir Charles de Gaulle. Montrer - sans la moindre ambiguïté - où était la vraie majorité en France. Remettre à leur place les bourgeois libertaires du Quartier Latin. Mettre fin à la petite plaisanterie de Mai 68, qui demeure pour moi une verrue dans l'Histoire de la France au vingtième siècle.

    Je me souviens comme si c'était hier du 30 mai 1968. J'allais sur mes dix ans. Je terminais mon avant-dernière année d'école primaire. J'adorais l'école. Je ne comprenais absolument pas ce que mes aînés reprochaient à un système de transmission des connaissances qui, pour ma part, me convenait fort bien.

    Vous n'imaginez pas ce que cette école-là a fait pour moi, à quel point elle m'a ouvert l'âme, aiguisé l'esprit. A quel point j'ai aimé, dès l'âge de sept ans, l'Histoire avec ses dates et ses Traités, la géographie avec ses fleuves et leurs affluents. La musique, avec un prof génial - j'étais dans sa chorale - qui est devenu chef d'orchestre. Et, avant toute chose, le miracle de la langue. Les dictées. Les poèmes à apprendre par coeur : Paul Fort, Emile Verhaeren, Albert Samain. Oui, j'ai passionnément aimé mon école primaire, entre septembre 1965 et juin 1969. Et j'ai, déjà sur le moment, haï - je pèse mes mots - l'esprit de Mai 68. A commencer pas son leader.

    Alors voilà, j'exècre toutes les manifestations. Sauf une. Ca doit être comme dans la grammaire latine : il y a toujours une exception. Et on tombe sous son charme.

     

    Pascal Décaillet