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Sur le vif - Page 241

  • Le bleu de Prusse du ciel. Le vent.

     
    Samedi 04.09.21 - 16.20h
     
     
    La plaine, immense. L'espace ouvert, offert, comme la Camargue. Après la Prusse forestière, et ses méridionales pinèdes, dans le Nord-Est du Brandebourg, près de la frontière polonaise, voici la Prusse agricole. Derrière nous, les forêts, les lacs. Sur la grande route du Nord, de Stettin à Rostock, l'infini verdoyant. Des champs, des bosquets. Un état impeccable de la chose cultivée. Mais pas un homme ! Pas un paysan visible, pas un village. Des panneaux, oui, pour indiquer des localités que nul ne voit. Un désert de beauté, où la nature est reine. La mer, ici, est-elle un but, ou un monde à part, cette Hanse si fascinante à laquelle le reste des Allemagnes, à l'intérieur des terres, a tourné le dos pendant des siècles ?
     
    La route est longue, somptueuse, le temps s'arrête. Nulle buvette, nulle aire providentielle pour se rafraîchir, des camions polonais, baltes, sinon seulement des plaques allemandes, presque toutes issues de l'ex-DDR, où nous sommes. Ici, tout au Nord des Allemagnes, Berlin est déjà loin au Sud, la prochaine ville sera hanséatique, pour peu qu'elle advienne jamais, tant l'immensité de la plaine nous emplit l'âme. Ce monde a-t-il une limite ?
     
    La Prusse agricole, au Nord de Prenzlau, est une terre de beauté, d'austérité, de simplicité luthérienne, de défi, de fierté. Perdues au Sud, les richesses industrielles de la Saxe, les bassins miniers de Silésie, les splendeurs de Potsdam (dont nous venons), les lumières cosmopolites de Berlin. Il y a un moment, après la longue forêt du Nord-Brandebourg, où plus rien n'existe que le champ cultivé, la terre, le ciel, parfois le clocher d'un temple de briques rouges. Peu d'animaux, des milliers d'éoliennes. Le bleu de Prusse du ciel. Le vent.
     
    Les Suédois, lors de la dévastatrice Guerre de Trente Ans, sont passés par ici. Les oiseaux migrateurs, aussi, de la Scandinavie aux mers du Sud. Le catholicisme, pendant des siècles, puis Luther, la parole biblique traduite en allemand, les Psaumes du dimanche, la musique de Bach, quelques héros de Kleist. Mais cette Allemagne-là est déjà perdue. Généreuse, exigeante, roide, rigoureuse, elle vous ouvre le champ du possible, à condition que vous en ayez puissamment envie. C'est mon cas, comme dans tous mes voyages en ex-DDR, depuis tant d'années. Il faut aimer l'Histoire, la langue allemande, la musique, la Bible de Luther.
     
    Il faut la parcourir, cette Prusse du Nord, pour saisir ce qui, depuis Frédéric II et à vrai dire depuis déjà son père, scelle la prodigieuse singularité de ce peuple : austérité, simplicité, dévotion à l'ordre, ouverture d'esprit, appétit de sciences et de verbe. Telles sont, à travers trois siècles, leurs richesses, telle est leur force, leur puissance, surgie de l'être, non de l'avoir.
     
    La côte balte, enfin. La mer, si belle, qui me valut une secouée mémorable une nuit de 1968, en montant vers Oslo. La fin d'une terre. La fin d'un monde ? On dit de l'Allemagne qu'elle n'a guère de frontières naturelles, en voici quand même une. Là où nous allons, la beauté nous attend. Simple. Élémentaire. Comme un fragment d'Ancien Testament. Sur la musique de Bach.
     
     
    Pascal Décaillet

  • L'Allemagne et l'Europe : Dom Juan et Monsieur Dimanche

     
    Sur le vif - Mercredi 01.09.21 - 15.12h
     
     
    Depuis la chute du Mur et "l'élargissement" de l'UE à l'Est, il n'y a plus de construction européenne. Il y a juste une extension de la zone d'influence économique de l'Allemagne, redevenue le moteur du continent, sous le paravent de l'Europe communautaire.
     
    Je ne dis pas autre chose, depuis trente ans. J'en avais d'ailleurs abondamment parlé avec l'ancien Chancelier Helmut Schmidt, dans son bureau de Hambourg, en avril 1999.
     
    L'Europe donne sa caution, avec sa bannière bleue étoilée. L'Allemagne donne sa prodigieuse vitalité économique. L'Allemagne, c'est Dom Juan. L'Europe, c'est Monsieur Dimanche.
     
    L'Union européenne n'est pas un thème, juste un organigramme. Le vrai sujet, c'est le renouveau époustouflant de la puissance allemande en Europe. Nous sommes dans la continuité des questions nationales, et de l'accomplissement du destin des nations. Le "multilatéral" n'est qu'un trompe-l’œil.
     
    A vrai dire, rien n'a changé. Rien, dans les grandes lames de fond entre nations, ne change vraiment, d'ailleurs. Les grands enjeux, depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763), sont à peu près les mêmes. Depuis Frédéric II, et ses appétits sur la Silésie et la Poméranie.
     
     
    Pascal Décaillet

  • D'abord on bosse, après on discute !

     
    Sur le vif - Mercredi 01.09.21 - 13.09h
     
     
    La grève des trains, en Allemagne, est totalement contraire à la puissante et remarquable tradition de dialogue social et de concertation, dans ce pays. Elle date des années bismarckiennes, qui furent celles des premières conventions collectives en Europe, peut-être même au monde.
     
    L'Allemagne est aujourd'hui la grande puissance économique en Europe. Sa vitalité exceptionnelle tient à la relation que chaque Allemand entretient avec son travail. Il commence par se demander ce qu'il peut faire pour son entreprise. Cette maturité, ancrée dans la philosophie de la responsabilité individuelle au service du collectif, si présente chez les grands penseurs allemands, prussiens notamment, depuis le milieu du 18ème siècle, est magnifique. Elle détermine tout le reste.
     
    Nous, les Suisses, pouvons comprendre cela. Nous sommes proches de ce modèle. Nous sommes consciencieux, bosseurs. Notre système social, en tout cas depuis 1937, notre rapport à l'économie, notre construction de majorités politiques, par coalitions, ressemblent au modèle allemand. Et c'est tant mieux, parce que c'est la clef de la réussite.
     
    La grève n'est pas un modèle pour l'Allemagne. Ni pour la Suisse. Laissons à la France le triste monopole de ces démonstrations de puissance des grandes centrales syndicales. Nous les Suisses, comme les Allemands, avons mieux à faire : d'abord on bosse. Après, on discute.
     
     
    Pascal Décaillet