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  • Le libéral de l'étape

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.09.25

     

    Un candidat du Centre et des Verts libéraux, un candidat du MCG, un candidat de l’UDC, soutenu par le PLR. Le mois qu’on puisse dire, c’est que la droite genevoise ne part pas gagnante, en affichant une nouvelle fois ses divisions, dans la course au Conseil d’Etat. Bien sûr, chacun promet de se désister pour le meilleur au soir du premier tour, mais en l’état, face à une gauche (presque) unie, le défaut tactique est criant.

     

    D’autant que l’affaire est complexe. Qui est à droite, qui l’est moins ? Peut-être pas celui que vous croyez. Face au candidat UDC-PLR, le Centre a beau clamer ses valeurs humanistes, il n’en aligne pas moins le candidat le plus économiquement libéral des trois de droite. M. Magnin ne s’en cache pas, d’ailleurs.

     

    Et sur cette échelle, autrement brûlante de pertinence et d’actualité que celle des pseudo valeurs morales, M. Dugerdil se révèle le défenseur d’une droite patriote, mais aussi protectionniste. M. Gerzner, candidat MCG, défend, lui aussi, le rôle régulateur de l’Etat. Le libéral de l’étape, c’est bel et bien M. Magnin.

     

    L’électorat de droite doit le savoir : il y a déjà deux adeptes de la droite économique libérale au Conseil d’Etat, Mmes Fontanet et Bachmann, ainsi que deux radicaux historiques, Mme Hiltpold et M. Maudet. Telles sont les vraies étiquettes, données par les esprits libres, férus d’Histoire, d’indépendance et de lucidité que nous voulons être. Reste à l’électorat de droite à arbitrer les équilibres.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La peste soit des ratiocineurs!

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.09.25

     

    Il y a des gens qui adorent la discussion. S’asseoir avec d’autres humains, de préférence autour d’un verre, et pérorer à n’en plus finir sur des thèmes à la mode. Il faut, à tout prix, qu’émerge la parole. En général, on n’écoute l’autre que distraitement, on rumine sa contre-attaque, et puis, au bon moment, on la sort, on la déploie, tout fier, tout sonore à l’idée d’avoir marqué des points. A ce petit jeu, personne ne convertit personne, chacun campe sur ses positions, on a juste passé un peu de temps à déglutir du langage. On a roté des arguments. On s’est pavané de mots. On se quitte bons amis. On se promet de se revoir. Eh oui, l’humain est un être de langage. Il a besoin de sortir des mots, comme le dragon crache du feu.

     

    Les plus prétentieux, ceux qui se piquent de philosophie, vous établiront bien sûr une hiérarchie dans l’échelle des discussions. Ils condamneront celles du café du commerce, vous inciteront à vous élever vers la discussion organisée, le « débat », la fructueuse « disputatio » dont doit absolument surgir une conclusion, bienfaitrice à l’entendement humain. Je vais vous faire une confidence : j’ai lu, en grec, une quantité de Dialogues de Platon. Ils mettent en scène, dans une écriture magnifique et subtile, les discussions reconstituées de Socrate avec ses disciples. Socrate en est le personnage principal, mais un personnage quand même, comme au théâtre : il questionne, tend des perches, ou des pièges, il réplique, et finalement met en boîte l’imprudent au raisonnement mal posé.

     

    L’écrivain, c’est Platon, pas Socrate. Platon fait parler le grand philosophe, comme l’évangéliste fait parler Jésus. Socrate, le Christ : deux figures absolument majeures de notre civilisation, n’ayant jamais écrit eux-mêmes, mais figurés peu après leur passage sur terre par des auteurs ayant été leurs disciples. Deux millénaires que les plus grands penseurs s’interrogent sur cet effet d’écho, de reconstitution, en effet fascinant. Les étudiants en philosophie lisent tous Platon, et c’est très bien. Hélas certains d’entre eux, dans les plus arrogants, se prennent pour Socrate : rien ne les ravit davantage que prendre l’interlocuteur pour un disciple, le laisser s’avancer dans un raisonnement, surgir à la première faille, reprendre ses mots pour enfin le confondre. Ils se prennent pour Socrate, comme l’apprenti-dessinateur se prend pour Le Caravage.

     

    Ils sont tout fiers d’être de la race des raisonneurs. Ceux qui ont de la méthode. Ceux qui savent poser un problème, induire, déduire, poser un syllogisme, brandir une conclusion. Pour ma part, ami lecteur, je préfère encore le joyeux désordre, avec toutes ses impasses sémantiques, de la bonne vielle discussion de bistrot, où on se harponne à mesure qu’on trinque, sans trop se prendre au sérieux, à la sécheresse démonstrative de tous ces ratiocineurs. Ils se piquent d’aimer le sens. Mais aiment-ils le verbe, sa puissance de feu, de joie, ses vertus musicales, son humaine animalité, à la fois viscérale, allusive et souriante ?

     

    Pascal Décaillet

  • La République l'emporte sur la Communauté

     
     
    Sur le vif - Mardi 02.09.25 - 09.41h
     
     
    Proche-Orient : ne nous déchirons pas entre citoyens suisses, il y a déjà assez d’horreurs et de violence là-bas, sur place, avec le massacre, chaque jour recommencé, de Gaza.
     
    Vous connaissez ma position, elle est celle de toute ma vie : amitié pour le peuple israélien, amitié pour le peuple palestinien. Absolues symétries de ces deux amitiés. Soutien total à un État palestinien, aux côtés d’un État d’Israël. Concernant Gaza : condamnation sans appel du massacre commis depuis deux ans par l’actuel gouvernement israélien.
     
    Faire cesser le carnage. Faire cesser la famine. Et nous, Suisses, œuvrer pour la paix. Comme nous le fîmes, avec efficacité et discrétion, en accueillant des pourparlers France-FLN, dans les dernières années de la guerre d’Algérie, j’ai étudié cela à fond.
     
    Tout cela, nous pouvons - et nous devons - le faire sans nous déchirer nous-mêmes, entre Suisses. Soutenir le peuple palestinien, qui vit les pires heures de son Histoire, sans pour autant instaurer en Suisse un climat de guerre civile entre un camp et l’autre.
     
    La grandeur de la Suisse, c’est de soutenir le droit de chaque peuple à l’autodétermination. Se battre pour la paix. Condamner le colonialisme, l’impérialisme, d’où qu’ils viennent. Panser les plaies du monde, par des actions humanitaires. À Gaza, en proie à la famine, elles sont d’une urgence vitale.
     
    Mais le destin de la Suisse n’est pas de nous déchirer, à l’intérieur de nos frontières, entre citoyens partisans d’un belligérant ou d’un autre. Nous devons aussi penser à notre propre cohésion nationale.
     
    À cet égard, la tentative récente d’un groupe communautaire, à Genève, de museler la parole d’un élu du peuple (ou, plus simplement, de n’importe quel citoyen suisse), est tout simplement ahurissante.
     
    Cette tentative, d’une maladresse inouïe, est un acte contraire aux fondements mêmes de la Suisse. Tout citoyen, toute citoyenne, a droit à sa liberté d’expression, dans les limites bien sûr de la loi. Un député, pas davantage qu’un citoyen non-élu. Mais, jusqu’à nouvel ordre, pas moins non plus.
     
    En un mot comme en mille, j’accorde mon plein soutien au citoyen Thévoz.
     
     
    Pascal Décaillet