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  • Les noires profondeurs de la Perse

     
     
    Vendredi 27.07.18 - 08.17h

    En France, la liberté d'expression n'existe plus. Il y a des choses qu'on ne peut plus dire, des idées qu'on ne peut plus défendre. Dès que vous tentez de les émettre, une armada de régulateurs vous tombent dessus.

     

    Ils défendent l'orthodoxie de la pensée. Il faut sanctifier l'Europe, même en faillite, et faire passer la nation pour un archaïsme. Il faut gommer l'Histoire, éradiquer la mémoire, vouloir du passé faire table rase.

     

    Il faut sublimer le nomade, mépriser le sédentaire. Il faut déifier l'Autre, en s'ignorant soi-même. Interdire de lire des écrivains qu'on n'a soi-même pas lus. Respecter la liste de ce qui est lisible, convenable, ne pas s'en détourner, jamais.

     

    Il faut être dans le rang. Régulateurs en chef de toute déviance à cet ordre établi de la pensée, quelques figures du Palais des glaces parisien. Ils sont marquis, admis au Coucher du Roi, courtisans du pouvoir en place, sécateurs de têtes qui dépassent. Ils nivellent, normalisent. Ils urbanisent la pensée.

     

    Bien heureusement, ces choses-là n'adviennent qu'en France. Ou peut-être, aussi, en Perse. Dans notre bonne Suisse romande, chacun sait que la liberté d'expression est totale. Nul communautarisme, jamais, ne tente de l'étouffer.

     

    Nul courant dominant. Nulle coterie professionnelle. Nul réseau de géomètres. Nulle Olympe, pour décréter le bien.

     

    Heureux sommes-nous de n'être point en France. Ou pire : dans les noires profondeurs de la Perse.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Macron et la vertigineuse moraine de l'éternité

     

    Sur le vif - Mercredi 25.07.18 - 21.45h

     

    L'affaire Benalla ne sonne pas la fin de la Macronie. Le temps de cinq ans, ce répit de l'Ancien Monde avant de passer aux choses sérieuses, s'accomplira, sauf événement majeur ou imprévu.

     

    Mais cette affaire sonne la fin de ce que l'orléaniste de l’Élysée a cru bon de considérer comme son état de grâce prolongé. Il ne lui aurait pas déplu que cette prolongation durât jusqu'à la vertigineuse moraine de l'éternité.

     

    Seulement voilà, l'Histoire n'est pas un conte de fées. Les Français ne sont pas insensibles aux monarques, mais ils ont, de tout temps, détesté les favoris. Mignons du Roi Henri III, dépenses de la Pompadour, arrogance de la Du Barry. Ils ne répugnent pas, loin de là, à l'exercice solitaire du pouvoir (Philippe le Bel, Louis XI, Louis XIV, Napoléon, de Gaulle), mais à condition que l'homme seul soit un homme grand. Tutoyant le destin.

     

    Nous ne sommes pas exactement dans ce cas de figure.

     

    Pascal Décaillet

     

  • France : la fausse résurrection de l'Assemblée

     

    Sur le vif - Mercredi 25.07.18 - 11.20h

     

    Le ministre français de l'Intérieur, ministre d’État, obligé de passer un Grand Oral face à la représentation nationale. Après lui, toute une série de hauts fonctionnaires régaliens, et même un homme du Président, son directeur de cabinet.

     

    Le tout, en direct sur les écrans TV. Le pouvoir, acculé à répondre sous serment aux élus du peuple. Ces derniers, membres de la Commission des lois, ne se privant évidemment pas de l'aubaine pour se mettre en avant devant des millions de téléspectateurs, et accessoirement devant leurs électeurs.

     

    Je me demande si un quelconque réalisateur de fiction aurait été capable de faire mieux. Ces scènes en direct, avec des députés qui se prennent pour des Fouquier-Tinville, un ministre d’État dans le plus extrême des embarras, les chuchotements et conciliabules des souffleurs, les réponses rédigées avant même que la question ne fût posée, tout cela constitue un scénario qui tient en haleine. Ça tombe bien : le Mondial est fini.

     

    Professeurs d'Histoire, ou d'éducation aux médias, vous devez d'urgence, dès la rentrée, reprendre les archives de ces auditions, les diffuser à vos élèves, les décortiquer, les analyser. En termes de pouvoir, de dissimulation, d'habileté ou de faiblesse dans l'ordre des mots, ces quelques heures valent tous les livres.

     

    Au demeurant, dans une culture politique suisse où l'on fait tant mystère des séances de commissions parlementaires, et où l'exigence du plus grand silence est évidemment compensée, comme chez Archimède, par la fluidité des fuites, je suis désolé de dire que la France nous donne une leçon. Dans certains cas, qui impliquent la confiance dans les plus hautes autorités de l’État (c'est cela, l'enjeu réel, et non la castagne de la Contrescarpe), pourquoi diable les auditions d'une commission d'enquête parlementaire ne seraient-elles pas publiques ?

     

    La richesse d'enseignements, pour les citoyennes et citoyens, sur les mécanismes du pouvoir, y est immense. Faire lire aux élèves Thucydide, Machiavel ou Clausewitz, c'est bien. Exercer leur appréciation critique de ces séances à vif, qui sont d'aujourd'hui et non d'antiques Sorbonnes, c'est encore mille fois mieux.

     

    Reste une remarque, sur laquelle nous reviendrons : la petite vengeance, de jouissance bien rentrée et bien serrée, d'une Assemblée humiliée depuis 1958, donne l'impression de regain de pouvoir d'un législatif que la Cinquième République (et c'est un gaulliste convaincu qui signe ces lignes) a relégué au statut du Chambre d'enregistrement. Eh bien, ne nous y fions pas trop. Si motion de censure il y a, elle sera balayée par la majorité de Marcheurs (entendez de suiveurs du Président) élue en juin 2017.

     

    Le pouvoir contre-attaquera, il a d'ailleurs déjà commencé hier avec une excellente prestation du Premier ministre à l'heure des questions. Oui, Édouard Philippe a été bon. Il ne s'est pas laissé démonter. Il a montré de l'humour, de la répartie, de l'intelligence. Il a même remis à sa place Mélenchon, en lui retournant avec brio quelque considération sur la vertu dans l’État. Bref, la Macronie n'est pas morte. L'Assemblée n'est pas ressuscitée. La France, qui n'est plus un régime parlementaire depuis exactement 60 ans, ne va pas le redevenir d'un coup de baguette magique.

     

    A la minute même de l'élection de Macron, en mai 2017, nous avions titré, ici même, "Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde". Hélas, il faudra bien, sauf événement majeur, que ce temps de cinq ans s'accomplisse. Et les successeurs de cet orléaniste sans épine dorsale ne seront pas les actuels pleureurs de l'Assemblée. C'est à une révolution plus radicale que la France doit d'attendre. Mais c'est une autre affaire. Nous en reparlerons.

     

    Pascal Décaillet