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Liberté - Page 905

  • Entreprendre

     

    Sur le vif - Jeudi 15.03.18 - 13.25h

     

    En page 3 de la TG, mon confrère Roland Rossier décrit avec beaucoup de justesse le parcours du combattant que constitue la création d'une entreprise. Oh, pas seulement l'inscription au Registre du Commerce, cela n'est rien, mais la lente et patiente affirmation de son indépendance, le choix de la forme juridique, le combat avec les assurances, les obstacles multiples à franchir.

     

    Ce chemin d'initiation, je l'ai vécu, il y a exactement douze ans (printemps 2006), alors que j'avais déjà vingt ans d'expérience comme journaliste professionnel. Il est passionnant, riche d'enseignements sur l'essentiel, éprouvant pour le caractère.

     

    Et puis, s'inscrire n'est rien. Il faut tenir. Un an, cinq ans, dix ans. Le plupart de ces fameuses "start-ups", dont les ménestrels de "l'innovation" (la plupart eux-mêmes salariés, n'ayant jamais rempli une fiche de paye, ni établi un bilan annuel) nous chantent les louanges à longueur d'année, meurent aussi vite qu'elles ont surgi. Pourquoi ne le disent-il pas ? Pourquoi montrent-ils autant d'ébahissement devant les premiers jours, sans rendre hommage à ceux qui, à force de ténacité, ont su durer ?

     

    Après douze ans comme entrepreneur, dont neuf comme employeur, douze ans avec des locaux à moi, douze bilans, douze comptes d'exploitation, des centaines de petits tracas à régler soi-même (parce que personne ne le fera à votre place), un sentiment puissant d'indépendance incluant le vertige de la solitude, j'estime, pour ma part, savoir de quoi je parle lorsque je prononce les mots "entrepreneur" ou "entreprise".

     

    Car même un grand directeur, avec des centaines d'employés, s'il est salarié, n'est pas vraiment entrepreneur. L'entrepreneur, c'est celui qui assume le risque économique, le risque de disparition. Mais qui se bat quand même. Un petit cordonnier, seul avec un apprenti au fond de son échoppe, est sans doute plus entrepreneur qu'un chantre salarié du patronat.

     

    Cela, en marge de la belle page de Roland Rossier, à titre de témoignage, je voulais quand même le dire. Comme entrepreneur. Responsable de la même entreprise, étonné moi-même par sa durabilité, loin du fracas des modes et du snobisme des "start-ups", depuis douze ans.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Tristes missiles

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.03.18

     

    Il nous reste un peu plus de quatre semaines : c’est la dernière ligne droite pour la campagne électorale du 15 avril, Grand Conseil et premier tour du Conseil d’Etat. C’est le moment où la Drôle de Guerre, celle où chacun s’observe et s’épie en silence, laisse la place aux attaques. Et même aux missiles.

     

    L’enjeu est simple : comme dans un jeu de quilles, il s’agit, pour certains partis, de faire tomber un conseiller d’Etat sortant, pour prendre sa place. Sur le fond, la démarche est parfaitement légitime : c’est à cela que sert une campagne électorale.

     

    Oui. Mais il y a la manière. D’un côté comme de l’autre, on a trop tiré en rafales, entendez sans précision, en direction, selon l’humeur, de M. Poggia, ou de M. Dal Busco. On a eu tort. Ce sont des hommes solides, ils ne seront pas si faciles à atteindre. D’une manière générale, les sortants, cette fois, sont mieux implantés qu’à l’automne 2013, où deux points faibles étaient clairement identifiables.

     

    Et puis, il y a les coups sous la ceinture. Par exemple, l’attaque en règle contre Mme Emery-Torracinta, en lien avec les ennuis judiciaires de Tariq Ramadan. A cinq semaines de l’échéance électorale ! On ne se prononcera pas ici sur le fond. On se contentera de ne pas être dupe de toute la dimension de récupération politique, pour nuire à une magistrate qui n’est peut-être pas la première impliquée, d’une affaire qui charrie tant d’émotions, et tant de jugements sommaires. Tristes missiles.

     

    Pascal Décaillet

     

  • L'âge du Capitaine, on s'en fout !

     

    Sur le vif - Mardi 13.03.18 - 14.58h

     

    Mais depuis quand un Parlement a-t-il besoin d'un "capitaine" ? Où sont-ils allés chercher cela ? Chez quel Montesquieu ? En quelle Lettre persane ?

     

    Un Parlement n'est pas un gouvernement. Ca n'est pas une petite équipe, réduite, dense, opérationnelle, avec en effet nécessité d'un patron. Pour un an, ou pour cinq, peu importe.

     

    Le Parlement, c'est le reflet des volontés d'actions citoyennes, pour une législature. Nécessairement antagonistes ! Ils sont là pour ferrailler, et même avec une certaine rudesse, c'est cela la vie démocratique. Vous croyez que les débats étaient gentils et consensuels, sous la Révolution ? A la Constituante ? A la Convention ? Puis, sous la Troisième République ? Ou au Reichstag, à l'époque de Bismarck ?

     

    Il est parfaitement normal qu'on s'engueule (sur les sujets, pas sur les personnes) dans l'enceinte d'un Parlement. On est là pour ça ! Mais toujours avec le verbe, SVP. Pas avec des gestes, encore moins des coups.

     

    Un Parlement n'a pas à avoir de "capitaine". Il est nécessairement pluriel, contradictoire, protéiforme, indocile, imprévisible. Ou alors, c'est juste la Chambre d'enregistrement, mécanique et disciplinée, des ukases d'un gouvernement.

     

    Tout au plus, un Parlement a besoin d'un Président. Pour veiller sur le bon déroulement, c'est tout. Mais en quoi, diable, l'Assemblée reflétant les énergies du peuple aurait-elle besoin d'un "capitaine" ?

     

    Le seul capitaine, c'est le peuple, justement. Le corps électoral. L'ensemble des citoyennes et citoyens qui l'ont élu, ce Parlement. Et qui pourront, à terme, le défaire.

     

    Pascal Décaillet