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Liberté - Page 904

  • Anne Emery-Torracinta, magistrate intègre et courageuse

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.03.18

     

    C’est toujours comme ça, une campagne électorale : ça commence prudemment, sans trop de bruit, avec des adversaires qui s’observent et s’épient, en affûtant leurs armes. C’est ce qu’on appelle la Drôle de Guerre, comme entre la France et l’Allemagne, entre le 1er septembre 1939 et le 9 mai 1940. Et puis voilà, il faut bien qu’il y ait un 10 mai. Cela change de nom, cela s’appelle la Blitzkrieg, l’offensive-éclair. Elle est violente, massive, dévastatrice. Et surtout surprenante. Évidemment ! On ne va tout de même pas envoyer un bristol à l’ennemi pour lui faire savoir, deux jours avant, qu’on va attaquer ses positions. Pour les élections, on parle de « campagne » : le mot est parfaitement juste, les lois appliquées y sont celles de la guerre. Pour saisir ce qui s’y passe, il faut connaître les grilles de lecture de la guerre, pas celles de la morale. Naïfs et bonnes âmes, s’abstenir.

     

    Ministre genevoise de l’Instruction publique depuis quatre ans et demi, la socialiste Anne Emery-Torracinta est une femme réputée pour son intégrité, sa rigueur, son courage. On partage ou non ses options pédagogiques, par exemple son obsession pour « l’école inclusive », mais nul, dans la République, ne peut lui contester ses qualités d’honnêteté, ni la ténacité de son engagement, pendant toute sa vie, en faveur de l’École genevoise. D’abord, comme prof d’Histoire, très appréciée. Puis, comme députée. Puis, comme magistrate.

     

    Sans doute a-t-elle commis des erreurs. Sous le feu des attaques, elle a mal communiqué, mal géré la crise. Mais ces nervosités ne doivent aucunement nous faire oublier qu’elle a dirigé correctement, dans les grandes lignes, un Département très difficile, avec toujours un souci d’Etat, et des priorités républicaines. Je demande aux citoyennes et citoyens qui voteront, le 15 avril, de la juger, dans le sens qu’ils voudront, sur ces choses-là, qui sont simplement l’essentiel. Et non sur les seuls échos de la Blitzkrieg que d’aucuns, comme par hasard à quatre semaines des élections, ont jugé bon de lancer sur elle.

     

    Bien sûr, les affaires évoquées, impliquant des relations entre profs et élèves, sont importantes. Et doivent être instruites. Pas question, ici, de nier cela. Mais pas question, non plus, de pousser la candeur jusqu’à ne pas voir la prodigieuse aubaine que constituent ces affaires, datant d’ailleurs d’époques antérieures, pour les adversaires politiques de Mme Emery-Torracinta. Nous sommes en période électorale ! Donc, en campagne. Donc, langage et codes de la guerre, Donc, intox permanente. Donc, avantage à celui qui maîtrise la communication. C’est cela, la Blitzkrieg. Cela qui se passe, avec la récupération éhontée, et tellement providentielle, d’affaires judiciaires en cours, pour avoir la peau d’une magistrate honorable et compétente. Une ministre à qui, pour ma part, malgré mon goût relativement limité pour l’école inclusive, j’accorde ma gratitude et ma confiance.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Alors, ils ont ciblé AET...

     

    Sur le vif - Dimanche 18.03.18 - 11.26h

     

    Ils ont d'abord tenté de cibler Mauro Poggia. Sans grand succès. L'homme est habile, solide, compétent.

     

    Ils ont ensuite tenté de cibler Serge Dal Busco. Mais l'homme est charpenté, intègre, opiniâtre.

     

    Alors, ils se sont dit, à cinq semaines du Jour J, qu'ils pourraient peut-être orienter leurs missiles sur Anne Emery-Torracinta. Parce qu'il leur faut bien gagner un siège, ils sont là pour ça.

     

    Ils sont descendus dans leur arsenal. Rassembler toutes les munitions prévues contre cette magistrate, pour le jour où une offensive serait nécessaire.

     

    Ils ont lancé l'attaque en s'appuyant sur les saintes "investigations" (comme si ce mot exonérait de toute responsabilité, autorisait tous les coups) de leur Pravda bleutée, sur une affaire judiciaire en cours.

     

    Politiquement, c'est aussi simple que cela. Une affaire de pouvoir et de meurtre politique, à l'approche d'une élection. C'est cela, totalement cela, et seulement cela. Le reste, c'est de l'encens pour les bonnes âmes.

     

    Je suis un journaliste politique. Pas un journaliste "de société". Encore moins un moraliste. On me permettra donc d'accorder mon attention première aux mécanismes de récupération politique.

     

    Je ne m'intéresse pas trop aux affaires judiciaires. Sauf lorsque, par pure opportunisme, elles sont récupérés par des officines politiques pour avoir la peau d'une partie adverse.

     

    J'espère que le corps électoral, le 15 avril, ne sera pas dupe. Et saura juger la ministre genevoise de l'Instruction publique sur son action, dans le domaine scolaire et celui de la transmission des connaissances, à la tête du Département.

     

    Qu'elle n'ait maîtrisé, sous le feu des attaques, ni la communication, ni la gestion de crise, c'est certain. Mais c'est une femme intègre, dévouée à la grande et noble cause de l’École, qu'elle a servie toute sa vie, sans relâche. Jugeons-la, dans le sens qu'on voudra, le 15 avril, sur ces choses-là.

     

    Ne laissons pas nos esprits se faire dévier, et uniquement accaparer, par une affaire tellement providentielle, surgie, montée, orchestrée, comme par hasard dans l'ultime ligne droite d'une élection.

     

    Par qui ? Et dans quel but ?

     

    Pascal Décaillet

     

  • Candidats, faites-nous aimer la politique !

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    Commentaire publié dans GHI - 14.03.18

     

    Prenez la masse des gens, dans la rue. Dans les trams. Dans les grandes surfaces. Combien, parmi eux, s’intéressent-ils vraiment à la politique ? Un sur trois ? Un sur cinq ? Je n’en sais strictement rien. Mais je suis sûr d’une chose : nous, les journalistes politiques, avons avec les candidats, de tous bords évidemment, une mission en commun, donner à un maximum de personnes le goût de la chose publique. Soit pour s’y lancer, comme acteurs. Soit, au moins, pour maîtriser au mieux les enjeux, lors de votations ou d’élections. Car la vraie fracture, aujourd’hui, n’est pas tant entre la droite et la gauche, qu’entre ceux qui croient en la politique, et les autres. Pour ma part, je considère de mon devoir de rendre la politique attrayante, appétissante, accessible à tous. Et non de la laisser gésir dans une tour d’ivoire, entre initiés, avec leurs mots complexes, leurs rites, leurs petits arrangements, entre gens du même monde.

     

    Pourquoi ? Mais parce que nous sommes en Suisse ! Le pays de la démocratie directe. Donner la parole à l’ensemble d’un corps électoral (plutôt qu’aux seuls parlementaires), le principe est génial, mais à une seule condition : que nos citoyennes, nos citoyens, soient dûment formés à la culture politique. Le rôle de l’école est primordial, et, même si des progrès ont été accomplis ces dernières années, doit aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui dans l’enseignement de l’Histoire, y compris nationale, et même locale, et dans celui de l’éducation citoyenne. En 2018, la formation, à Genève, est obligatoire jusqu’à 18 ans. C’est précisément l’âge où l’on devient citoyen, avec le droit de vote. Eh bien il est inadmissible qu’à cet âge, on puisse, par défaut d’y avoir été initié dans l’institution scolaire, ignorer les grands mécanismes de notre pays, et de notre canton : démocratie directe, initiatives, référendums, fédéralisme, identification des trois échelons de législatifs et d’exécutifs, etc. C’est le devoir de l’école que d’enseigner cela.

     

    Et puis, lors d’une campagne électorale (nous y sommes en plein, avec l’élection du Grand Conseil et le premier tour du Conseil d’Etat, le 15 avril), c’est le devoir de chaque candidat de nous faire aimer la politique. Oui, la politique toute entière, dans son principe, son essence. Car chaque candidat, en plus d’être le représentant de son parti, incarne aux yeux du public l’action politique, dans son ensemble. Peu importe, à mes yeux, qu’il soit de gauche ou de droite, homme ou femme : ce que je lui demande, c’est d’avoir du talent, de l’énergie, de la puissance de communication, une sincérité militante, au service de la Cité. Oui, chaque candidat au Grand Conseil, et bien sûr au Conseil d’Etat, doit se considérer comme un ambassadeur de la chose publique, afin que cette dernière l’emporte contre les clans, les féodalités, les puissances financières, les réseaux, les corporations d’intérêts. Cela n’est pas une affaire de la droite contre la gauche. Mais de la République, qui nous est si chère, face à la jungle et au néant.

     

    Pascal Décaillet