Sur le vif - Vendredi 31.07.26 - 11.57h
Au moment où la Suisse, ce pays qui est nôtre et que nous aimons tous, s’apprête à vivre des heures de fraternel et joyeux recueillement national, je tourne mes pensées vers tous les êtres du monde attachés à un bout de terre. Un paysage. D’infinis fragments de mémoire. Et aussi, en invisible lien avec ceux qui nous ont quittés. Nos parents, nos proches, nos amis, nos frères d’armes.
Ce qui constitue un humain, c’est un passé, des joies, des cicatrices, des rencontres, des ruptures, des souffrances, des chemins de solitude. Il faut passer par là, oui par des temps de désert, peut-être même de désespoir, pour se sentir en lien avec une communauté invisible. Une patrie. Une espérance. Une attente de lumière. Les grégaires professionnels ne m’intéressent guère.
Le patriotisme n’a pas à être sermonné, par un individu qui se prétendrait plus patriote que d’autres. Il n’a pas à être enseigné. Il n’appartient à personne, aucune faction, aucun parti. Justement parce qu’il appartient à chacun d’entre nous, qui en possède une part indivisible.
Et cette part est intimement tissée de mémoire, de nostalgies, de la galerie vivante de ceux qui furent, comme nous tous, des passants.
Alors oui, en cette veille de Fête, je souhaite à tous de beaux moments autour de ce qui nous est commun. Avec une pensée pour ceux, dans le monde, qui n’ont pas de patrie, ou en sont exilés, ou tout simplement souffrent de ce manque. Ça fait pas mal de monde.
Ces frères humains sont innombrables. Mais, parmi tant d’autres, je tourne toutes mes pensées vers un peuple qui, depuis 78 ans, et plus cruellement encore depuis 59 ans, se cherche une terre, une patrie, une communauté vivable. Je pense, bien entendu, au peuple palestinien.
Leur quête de patrie est sœur de nos solitudes invisibles. Leur nostalgie est la nôtre. Leur désert est, au fond, habité des mêmes passants que ceux de chacune de nos vies intérieures.
Pascal Décaillet