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Les mots d'ordre ? On s'en fout !

 

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.09.26

 

Notre démocratie directe suisse est la plus accomplie au monde. Elle érige le peuple en souverain, mais aussi d’ailleurs les cantons, cette fameuse double majorité requise par une initiative populaire fédérale. Le peuple est souverain, cela signifie qu’il a le dernier mot, il tranche. Il n’est pas, pour autant, un tyran : notre démocratie directe est l’un des leviers (il devrait être le principal, selon moi) de notre système de décisions, mais nous avons aussi un parlement, un gouvernement, une justice. Tout cela se concurrence, s’entremêle, sécrète les équilibres chers à Montesquieu : il ne s’agit pas de donner tous les pouvoirs au peuple, mais simplement de faire de lui l’arbitre suprême. Sur tous les sujets ? Bien sûr que non : une fois que le parlement fédéral a voté une loi, si nul référendum n’est annoncé dans un délai bien précis, la loi entre en force. C’est le cas d’une écrasante majorité d’entre elles : le peuple n’attaque une loi que lorsqu’il la juge mal ficelée, ou injuste. Et là, le suffrage universel tranche.

 

La force, incomparable, de notre démocratie directe, c’est qu’elle partage la décision suprême, non entre sept personnes, ni entre 246, mais entre les millions de citoyens et citoyennes qui constituent le corps électoral. Chacun d’entre eux se sait bien infinitésimal. Mais il sait parfaitement, aussi, que son vote constitue une part indivisible de la prise de décision. Elle lui appartient à lui, et à lui-seul, dans l’intimité de sa conscience. Chacun est libre de faire part publiquement de son choix, ou de le garder strictement pour lui. Voter, en Suisse, est un acte de liberté, de responsabilité, de maturité. Cette incroyable dimension de confiance accordée, dans notre pays, aux citoyens, fait baver d’envie, croyez-moi, nombre de voisins. Ainsi, nos amis Français, certes enfants d’une grande nation, rêvent d’un système leur permettant, comme en Suisse, de donner un pouvoir au peuple. Si doit advenir une Sixième République, l’introduction d’une forme (à définir par les Français, selon leur génie propre) de démocratie directe en sera l’une des rénovations majeures. Les Gilets jaunes la réclamaient.

 

L’intimité sacrée de chaque vote citoyen s’accommode mal d’un fléau : les ineffables « mots d’ordre », décrétés à longueur d’années par les partis, le patronat, les syndicats, les groupements d’intérêts, bref toute la forêt de féodalités que recèle notre pays. Le Conseil fédéral, les Chambres, ont au moins la décence de parler de « recommandations », l’acte intrusif étant déjà trop fort à mes yeux. En clair, tout ce petit monde de chapelles, de corps intermédiaires, se croit obligé de venir polluer la liberté de chacun, en Suisse, de voter selon son cœur, selon son âme, selon sa conscience. J’invite chaque citoyenne, chaque citoyen de ce pays à ne tenir strictement aucun compte de ces « mots d’ordre ». A s’informer, se cultiver par lui-même, sur la chose politique. Et à demeurer, plus que jamais, un homme ou une femme libre. Pour être encore plus clair : les donneurs de mots d’ordre, on les emmerde.

 

Pascal Décaillet

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