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Une émission, c'est la vie, et ça n'est que cela !

 
 
Sur le vif - Vendredi 04.09.26 - 11.15h
 
 
Il y a, jour pour jour, vingt ans, lundi 4 septembre 2006, je présentais la toute première émission de GAC. Vingt Saisons entières étaient donc accomplies fin juin 2026. Et là, depuis le lundi 17 août, nous avons attaqué la vingt-et-unième année.
 
Je venais, comme on sait, de la radio, où j'avais passé dix-sept années de ma vie, d'une intensité physique dingue, que nul ne peut imaginer. Car la radio, c'est physique. Dix-sept ans de passion pour le micro. Le direct. Des tonnes d'émissions dehors, dans la foule, debout et en mouvement, micro sans fil, casque sans fil. Nanterre, Madrid, Ramallah, Jérusalem, Kiev, Berlin, Bruxelles, La Haye, l'ex-DDR. Et des mégatonnes d'émissions en direct, au milieu des élus, dans la Salle des Pas perdus du Palais fédéral. Une Berne politique où j'avais été plusieurs années correspondant, et avec laquelle je n'avais jamais rompu le lien.
 
L'idée de GAC était, au fond, de poursuivre ce rêve en télévision, et devenir le lieu du débat politique à Genève. Un lieu de vie. Car une émission, c'est la vie, et ça n'est que cela.
 
La magnifique chaîne qui a permis cette aventure, Léman Bleu, n'avait que dix ans d'existence. Elle en a aujourd'hui trente. J'ai donc le privilège d'avoir partagé les deux tiers de sa vie. Producteur indépendant, j'ai mon bureau à moins d'un kilomètre de la chaîne, à Carouge. J'y arrive le soir un peu avant 18h. Et là, c'est pour moi "l'heure sacrée", 18h-19h, celle où, après avoir apporté le conducteur aux équipes techniques et d'accueil, je dois m'isoler dans un coin que la chaîne met à ma disposition, et me concentrer à fond sur l'émission. Faire le vide. Avant de surgir.
 
Mais aussi, ce moment d'intériorisation du chemin de l'émission, comme un descendeur, les yeux fermés, qui, du haut de la piste, se refait le parcours, se trouve, Dieu merci, interrompu pour de franches rigolades complices avec Jérémy Seydoux, lui-même à quelques minutes de son Journal, où nous recensons en pouffant de rire les menus potins politiques, dits et surtout non-dits, de Genève. Rien que ces entretiens pourraient nourrir un bouquin extraordinaire sur les petits secrets de Piogre. Loin d'annihiler ma concentration, ces surgissements de drôlerie la renforcent.
 
Pendant ces vingt ans, j'ai toujours bénéficié, à Léman Bleu, d'un rapport de confiance, d'estime mutuelle, de confraternité riante et souriante, en un mot d'amitié, absolument uniques dans le métier. Jamais je n'ai fréquenté un média où la qualité humaine était à ce point entretenue, comme une petite fleur fragile, indispensable à la réussite de l'aventure. C'est une chaîne qui réussit, justement, et ça n'est pas pour rien. Trente ans de succès, mais plus fort que jamais, depuis quelques années, avec Laurent Keller à la direction.
 
Mes compagnons de route, pour GAC, mes frères et soeurs d'armes dans la lutte au quotidien pour l'émission, furent successivement Marina Wutholen, Laurent Keller (aujourd'hui l'excellent directeur de la chaîne), puis Audrey Covo. Depuis fin 2016, je travaille seul. A tous, un immense merci.
 
Et surtout, merci à tous. Notamment aux assistantes d'accueil, aux équipes techniques, remarquables d'engagement, à toux ceux qui font cette chaîne, depuis le Conseil d'administration jusqu'aux équipes de nettoyage.
 
L'émission me dévore ? Oui, c'est une condition sine qua non à sa réussite. Mais elle me lacère moins que mon équation personnelle à mes productions radio, notamment les années les plus intenses, celles de Forum. Mais, si j'avais attaqué GAC avec le rythme et la folie de Forum, je n'aurais jamais tenu vingt ans. Même pas dix. Même pas cinq. Un certain pépin de santé, en 2005, m'a révélé, sur moi-même, une banalité aussi affligeante qu'éclairante : je suis mortel.
 
A tous, un immense merci ! A commencer par tous ceux qui nous font, depuis vingt ans, la confiance et l'amitié de nous suivre, tous les soirs, du dimanche au mercredi.
 
Une émission, c'est une tranche de vie.
 
Une émission, c'est la vie elle-même, le coeur qui bat, la vie qui va.
 
 
Pascal Décaillet

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