Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.08.26
Partout en Europe, les positions politiques radicales, à gauche comme à droite, progressent. France Insoumise et Rassemblement National en France. AfD et Die Linke en Allemagne. Dans beaucoup de pays qui nous entourent, si on fait la somme des adhérents à ces formations, elle dépasse ceux qui soutiennent les idées « modérées ». C’est un changement majeur dans les politiques européennes depuis 1945, façonnées sur des majorités de centre-droit (démocratie chrétienne italienne ou allemande), ou sociales-démocrates (travaillisme britannique, SPD allemand, avec les grandes figures de Willy Brandt et Helmut Schmidt, gauche modérée en Autriche, en Suède). Pour l’heure, les modérés s’en sortent dans les élections majoritaires, comme la présidentielle française : on laisse les sensibilités s’exprimer au premier tour, on décrète des « Fronts républicains » au second, en clair on passe les alliances les plus biscornues pour faire barrage à la « bête immonde ».
Ce petit jeu, qui permet aux « partis traditionnels », entendez ceux qui, à gauche comme à droite, se partagent allègrement pouvoir et prébendes depuis la guerre, de survivre, est à bout de souffle. Il vit ses dernières années, peut-être ses derniers mois. De moins en moins de citoyens supportent cette mise à l’écart permanente de ceux qu’on appelle avec mépris « les extrêmes ». Cette étiquette, d’ailleurs ! Si facile, avec tout ce qu’elle comporte de rejet, d’ostracisme, Cyniquement instrumentalisée par les « modérés », pour s’agripper au pouvoir. Ainsi, oser prétendre que le RN, ou LFI, ou l’AfD seraient « extérieurs au champ républicain » ! Voilà des partis qui participent aux élections, font élire les leurs, nourrissent le débat d’idées, proposent des solutions, dans le cadre de la République, et lui-seul. Et ils ne seraient pas « républicains » ! Comme si l’idée républicaine n’était pas, justement, fondée sur des antagonismes idéologiques puissants, loyalement posés, face à un corps électoral mûr, adulte et vacciné, qui tranche !
Au début de l’ascension de l’UDC, en Suisse, dans les années 1990, on a vu d’ineffables pétitions d’écrivains, d’intellectuels, de profs de droit moralisateurs, pour tenter d’exclure ce parti du champ du respectable. Peine perdue ! Plus nos belles âmes s’étranglent, plus l’UDC monte. Les citoyens ne sont pas dupes. Ils jugent sur pièce, sujet par sujet, et ne supportent pas qu’une clique vienne leur dire pour qui voter, ou ne pas voter. Et puis, quoi ! Ces modérés voudraient faire de la politique sans adversaires ? A l’instar de ces ahurissants « débats », menés par des cercles d’intellectuels, où l’on pérore de l’UDC sans l’UDC, du RN sans le RN, de LFI sans LFI ! Juste entre soi. Entre gens raisonnables, bien élevés. Derrière le dos des intéressés. Aveu de faiblesse, terrible. Chant du cygne. Si les citoyens de nos pays, à gauche comme à droite, se tournent de plus en plus vers les « extrêmes », c’est qu’ils ont des raisons. La première chose serait peut-être de les étudier, en profondeur.
Pascal Décaillet