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Liberté - Page 1235

  • Marengo, les morts, la mémoire

     

    Sur le vif - Mardi 15.05.12 - 14.37h

     

    Avec passion, rivé à mon fauteuil, j'avais suivi, en mai 1981, la passation de pouvoirs entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. 31 ans après, je n'ai pu capter que quelques moments de celle entre MM Sarkozy et Hollande. Ce que j'en ai vu me donne une excellente impression. Respect mutuel. Pas de hargne envers le sortant, qui a pu quitter l'Elysée dans la dignité, et même sous pas mal d'applaudissements, chance que n'avait pas eue VGE, en arpentant à pied, sous d'imbéciles quolibets, la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Tout au plus, ce matin, pouvait-on regretter les huées de la droite à l'arrivée des anciens Premiers ministres socialistes, dont un homme de l'âge et de la stature de Pierre Mauroy, invités par le nouveau président. Dans les deux cas, 1981 et ce matin, ces comportements sont déplacés : une journée comme celle-ci doit être placée sous le signe de la continuité républicaine.

     

    Impeccable, le discours de François Hollande, son appel à l'unité de la nation, il a parlé à tous les Français, et bien sûr aussi au monde, qui, ce jour-là, le regarde. Impeccable, sa gestuelle, sa sobriété, sa simplicité très française. Irréprochable, déjà totalement présidentielle, son attitude marmoréenne à l'Etoile, face à la Sonnerie aux Morts. Comment, en cet instant, ne pas penser aux millions de Français qui, sur tous les champs de bataille, sont tombés pour faire ce pays ? Oui, l'officier de réserve Hollande est parfaitement à l'aise, déjà, dans la pompe républicaine. Les Français aiment cela, c'est très important pour eux, et ils ont quelque raison de rendre hommage à leurs innombrables morts.

     

    Viendra le temps de l'action, le président Hollande et ses gouvernements feront de bonnes et de moins bonnes choses, il y aura des hauts et des bas, et l'Histoire, un jour, jugera. La tâche est extraordinairement difficile, tout le monde le sait. En attendant, le septième président de la Cinquième République a passé avec brio le cap de l'essentiel, celui justement où son prédécesseur avait échoué : il est entré, en quelques minutes, dans l'habit et la stature de la fonction. Pour en prendre toute la mesure, qui date de la République mais bien sûr aussi de l'Ancien Régime, il convient de relire Michelet, Tocqueville, mais aussi les éblouissants « Lieux de Mémoire » de Pierre Nora. Et puis, allez, disons-le, lorsque la Garde Républicaine entonne la bouleversante Marche consulaire de Marengo, il n'est peut-être pas inutile de savoir qu'avant d'être une sauce, ce nom fut celui d'une bataille. Qu'on aime ou non François Hollande, il faut lui souhaiter bonne chance. Nos amis français en ont besoin.

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Bleu des Vosges, bleu Marine

     

    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 11.05.12

     

    J'écris ces lignes le 10 mai, soit 31 ans, jour pour jour, après la victoire de François Mitterrand. Sans être socialiste, j'avais, avec ardeur (et pas mal d'antigiscardisme),  souhaité cette arrivée au pouvoir, dans ma jeunesse. Sans l'être, non plus, aujourd'hui, j'ai finalement souhaité, comme vous le savez, celle de Hollande face à Sarkozy. Oh, bien sûr, elle m'ensorcèle moins, et l'attente, dimanche dernier, fut bien moins insupportable qu'il y a trois décennies. Hollande n'est pas Mitterrand, il n'a pas cette part de mystère ni de romanesque, ni sa plume, ni les fantômes qui l'accompagnent. Mais cet homme a une stature présidentielle, et les Français ont eu raison de lui laisser sa chance.

     

    Les déclarations, en ce dimanche 6 mai 2012, celle du sortant comme du nouvel élu, furent simples et dignes, comme il sied à la tradition française. J'ai aimé l'accordéon dans les rues de Tulle, comme un hommage à la profondeur de la Province. Comme toujours, il y aura un état de grâce, puis la douche glacée des réalités. Les temps, pour la France, sont extraordinairement difficiles : pour Hollande, le risque d'échec, et de finir conspué, est immense.

     

    Sur le plan politique, Marine Le Pen apparaît comme le véritable vainqueur de l'élection. Défavorisée aux législatives de juin prochain par le système électoral, elle ne va évidemment pas jouer les figurantes dans la législature qui s'annonce. Comme toujours sous la Cinquième République, l'ennemi à abattre, pour l'extrême droite, n'est pas tellement la gauche que la droite traditionnelle. En ce sens, Marine a atteint son objectif : Sarkozy à terre, ses lieutenants (Fillon, Juppé, Copé) prêts à s'entre-déchirer pour le contrôle de l'UMP, elle au contraire droit dans ses bottes, en ordre de bataille. Assurément, elle sera une figure incontournable, l'un des chefs de l'opposition. Et si, par hasard, Hollande devait échouer, elle pourrait sérieusement, cette fois, commencer à être perçue comme le recours.

     

    La force des grands leaders de la droite, jusqu'à Chirac, fut de reléguer le Front national sur les bords. Cela, Sarkozy ne l'a pas réussi. C'est son très grand échec. Mais franchement, qui, aujourd'hui, dans le champ de la défaite, pour porter avec crédit le bleu horizon de la droite française ? Fillon ? Juppé ? En juin, le réflexe républicain pourrait bien amener les Français à donner au nouveau président les moyens de sa politique, en envoyant au Palais Bourbon une majorité de gauche. Et si, dans les années qui viennent, Hollande réforme le système électoral en instillant une dose de proportionnelle, le FN fera, comme en 1986 mais avec beaucoup plus de députés, son entrée à l'Assemblée nationale. Deviendra-t-il, avec le temps, un parti comme un autre ? Le bleu des Vosges deviendra-t-il bleu Marine ? Observons la France, aimons-la : elle est finalement une part de nous-mêmes. En attendant, bonne chance, M. Hollande.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Maudet.com

     

    Sur le vif - Mercredi 09.05.12 - 16.53h

     

    « Maudet.com » : c'est la Jeune Socialiste Olga Baranova qui avait eu un soir ce mot heureux, il veut tout dire. Maudet.com, donc, vient de présenter à la presse, aujourd'hui, un opuscule d'une cinquantaine de pages, gaulliennement intitulé « Une certaine idée de Genève », dans lequel il expose son programme de gouvernement.

     

    Il est vraiment fabuleux, ce Maudet.com ! La première fois que je l'ai vu, il m'avait littéralement soufflé. A peine vingt ans, il débarquait à Forum (RSR) pour un débat sur l'armée je crois, en public, devant une bonne centaine de personnes. Le seul, il est allé vers tous les spectateurs, pour leur serrer la main. C'est là que j'ai compris. Maudet. Maudet.com. Maudet, juge de lui-même. Maudet, miroir de Maudet. Super-Maudet. Maudet par ci, Maudet par là. Maudet, meilleur vendeur de Maudet. Commis-voyageur de lui-même. Génial.

     

    Aujourd'hui, Maudet.com vient de frapper à nouveau. Au moment où il termine sa présentation du texte à la presse, je reçois les PDF de l'Hebdo de demain. Avec une grande interview de qui ? Je vous le donne en mille : Maudet.com ! L'Hebdo a pu avoir le texte avant, c'est nickel, enfilé, ciselé, moutardé, ficelé. Prêt à mettre au four. Sacré Maudet.com !

     

    Bon, à part ça, elles sont plutôt très bonnes, ces cinquante pages. Si seulement chaque candidat, ancien, présent ou futur, au Conseil d'Etat, pouvait avoir la même capacité de se projeter, le même sens de la synthèse, la même clairvoyance. Quand on compare avec le flou marécageux d'une candidate libérale en 2009, qui semblait débarquer en politique comme on descendrait de Sirius, tout au plus soulignant qu'il fallait une « concertation avec les communes ». Je crois d'ailleurs, mais dois vérifier la chose, que cette candidate a été élue. C'est en tout cas le bruit qui court.

     

    Maudet.com, oui, a les idées claires. Oui, de la vision. Oui, de la réforme. Je ne vais pas vous résumer ici un document que Maudet.com vous permettra, de toute manière, d'avoir directement sous les yeux par toutes les toiles du monde. Je dirais juste un bon vieux programme de droite, avec du courage (42 heures de travail pour les fonctionnaires, pas de retraite à 63 ans), une belle traversée routière et ferroviaire du lac, un redécoupage des Départements. Bien. Pas révolutionnaire. Mais bien.

     

    On regrettera aussi des lacunes : par exemple, l'affaire des caisses de pension publiques n'est pas estimée à sa juste mesure. Sinon, de très belles lignes sur l'enseignement. Ah, si Maudet était élu (ce qui est loin, loin, loin d'être fait, le 17 juin), puisse-t-il reprendre le DIP ! Monsieur Borel, radical, véritable fondateur du Cycle d'Orientation, nous est déjà séparé d'un demi-siècle. Et quand il parle école, Maudet est très crédible. Parce qu'il parle de l'essentiel : la République.

     

    Un petit livre bien malin, aussi, où Maudet.com n'omet pas (par une référence de bas de page à un ouvrage) de caresser dans le sens du poil les fatigues patriciennes de certains libéraux. Ni, un peu plus loin, d'aller dans le sens des laïcistes les plus laïcards de son parti, une petite révérence à la Garde Noire n'étant jamais perdue. Œcuménique, Maudet.com ! Il ratisse large, n'oublie personne.

     

    Maudet.com sera-t-il élu ? Je n'en sais rien, pour le 17 juin en tout cas. Ce qui est sûr, c'est que Maudet.com en veut. Maudet .com vit. Maudet.com existe. Maudet.com défend et illustre Maudet. Sept candidats comme ça, et cette fois oui, je me décide à enfin la prendre, cette aspirine.

     

    Pascal Décaillet