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  • Juste la mathématique d'ombre

     

    Sur le vif - Mercredi 19.09.12 - 16.56h

     

    Succession Maudet à l’exécutif de la Ville de Genève. Cour des Comptes. Gouvernance des grandes régies. De l’un à l’autre de ces trois dossiers, le royaume éhonté des petits copains. Même plus par derrière. Mais non : au grand jour, devant l’opinion publique ! Elle sait, on sait qu’elle sait, on n’y va même plus à la dissimulation, on accomplit la tragi-comédie des prêtés et des rendus, des retours d’ascenseur, des cooptations de chapelle, sans la moindre vergogne. Me revient en mémoire ce couple de chiens que j’avais vus en pleine étreinte, enfant, sur la place publique d’un village de Provence. C’est la vie, je sais, la nature, mais vous savez quand on est tout petit, cette irruption du sauvage, ça fait quand même un peu bizarre. Oui, Monsieur, les canidés en rut, dans les hautes sphères genevoises, ne se cachent même plus.

     

    Copinage. Un ou deux types, disons trois, tout en haut, qui placent les cartes comme dans une réussite. Il faut un nombre bien précis de rois, disons PLR, quelques valets PDC, les dames on les oublie, les as, on les a perdus. On mélange, on bidouille, on coupe, on cueille discrètement  le complément dans sa manche, on adresse un clin d’œil à la Fortune, on annonce l’atout, on se partage la mise. Et ça s’appelle la Cour des Comptes, où on se conduit comme d’obscurs valets de ferme face une femme que son parti avait déjà choisie, et qu’on éconduit au dernier moment, sans la moindre explication. Et ça s’appelle la Migros et les TPG, où on lance le jeu d’échanges, en sifflotant, l’air de rien, comme en d’insouciantes fléchettes. Et ça s’appelle le pacte PLR-PDC pour l’exécutif de la Ville. Et ça s’appelle le joyeux mélange de tout cela, sans même l’ivresse, non, la tête récréative, toute sonore encore de l’acte commis. L'Acte !

     

    Les chiens de Provence, eux, étaient au moins conduits, impérieusement, par la fureur d’un rapprochement. Là, rien. Rien, si ce n’est la glaciale mathématique des intérêts. La bourgeoisie de Province, hélas sans la plume d’un Balzac, ni d’un Mauriac, sans l’œil d’un Chabrol. Juste la mathématique d’ombre. Avec l’exacte raideur de l’équinoxe.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Débriefer c'est bien, avancer c'est mieux

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    Sur le vif - Dimanche 16.09.12 - 09.34h

     

    Sandrine Salerno. Thierry Apothéloz. Manuel Tornare. Pour l'automne 2013, au Conseil d'Etat. Ou peut-être un autre encore. Ou peut-être aucun des trois, ni aucun autre. A ce stade de décomposition et de guerres claniques, il n'est pas assuré que le parti socialiste, cette composante indéfectible (à part la parenthèse dite monocolore des années 93-97) des gouvernements genevois depuis des décennies, ait le moindre élu dans la prochaine équipe gouvernementale.



    Quant à ceux qui mettent tant d'énergie à débriefer l'échec monumental du 17 juin (cf le papier de Laurent Keller dans le Matin dimanche d'aujourd'hui), on aimerait qu'ils en investissent un peu, aussi, pour faire vivre et rayonner leur Département de la Culture autrement que par des "conditions cadres" et autres jargons technocratiques. Bref, Genève attend de M. Kanaan, si possible avant la Trinité, une idée un peu puissante, autre que simplement commémorative, pour insuffler le goût salé, aventureux, de la création, du risque, de la transgression, de l'audace. Ce qu'on appelle, communément, la culture.



    Si le PS, à Genève, continue de composer ses castings en boudant le meilleur d'entre les siens, le plus populaire, le plus éligible, mais aussi le plus compétent en matière de gouvernement, il continuera, désespérément, de courir à l'échec. Vouloir à ce point, sous le paravent de l'idéologie, en réalité pour des logiques de clans, nier la composante personnelle d'une élection, s'imaginer que la mise à l'écart des meilleurs sauvera le parti, relève d'une esthétique du suicide certes raffinée, mais dont l'efficacité n'est pas prouvée.



    Le parti socialiste genevois a contribué à faire l'Histoire du canton. Il possède des femmes et des hommes de grande valeur, attachés à l'Etat, comme le sont les radicaux. Il a donné à Genève de grands hommes, comme Chavanne. Mais là, malgré un président plein d'énergie et de bonne volonté, il s'est engagé dans une spirale de l'échec. Un homme, actuellement à Berne, pourrait faire beaucoup pour relancer la machine, rendre au parti du lustre et de l'éclat, renouer avec le succès. Le parti, assurément, serait bien sot de renoncer, pour une troisième fois qui du coup serait fatale, à faire appel à lui. Le suicide, c'est bien, mais comme valeur littéraire, chez un Montherlant, une Marguerite Yourcenar (Zénon, dans l'Oeuvre au noir), ou un Malraux (Kyo, la Condition humaine).

     

    Tiens, Malraux. En voilà, un ministre de la Culture qui avait de la vision. De Lausanne à Genève, ces temps, on peut penser à lui avec regret et nostalgie.

     

     

    Pascal Décaillet

     

  • Bonny & Clyde

     

    Sur le vif - Vendredi 14.09.12 - 18.32h

     

    Bon, je déclare tout de suite mes liens d’intérêt : prof d’allemand, il y a longtemps, j’ai eu Didier Bonny comme élève, fort bon d’ailleurs. Et une vingtaine d’années plus tard, tout aussi bon comme instituteur, il a eu ma fille aînée. Il est plutôt chrétien social, je ne le suis pas, tout en connaissant sur le bout des doigts les souches philosophiques et politiques de ce grand mouvement né de l’encyclique « Rerum Novarum », de Léon XIII, en 1891. Un Jaune, Bonny, comme on dit en Valais. Il arrive parfois que les Jaunes deviennent Noirs : l’actuel président du PDC suisse, neveu d’un Jaune parmi les Jaunes, s’est noirci pour être élu en 2003, mais là n’est pas la question, passons.

     

    Didier Bonny a parfaitement le droit, après la carrière politique qu’il a eue, et de très longues années comme militant et conseiller municipal, de se présenter à l’élection pour le cinquième poste à l’exécutif de Genève, laissé vacant par Pierre Maudet. Il n’est – hélas – plus PDC, suite aux événements du printemps 2011, c’est dommage pour tout le monde, pour lui, pour le parti, pour la vie politique genevoise. C’est dommage, mais en même temps ça fait de lui un homme libre. Un indépendant. Il n’a de comptes à rendre à personne.

     

    A-t-il des chances ? Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : des gens de gauche voteront pour lui, beaucoup même. Et puis, des gens du centre, que ne tétanise peut-être pas de désir la candidature très bourgeoise, très salon, très convenable de l’Entente. Inutile de dire que cette dernière, dont on connaît maintenant les méthodes en période électorale, disons méthodes.com, va tout faire pour torpiller Bonny. Reste que ce politicien courageux, attachant et atypique bénéficie, en Ville, d’un ancrage associatif qui pourrait faire pâlir d’envie beaucoup de monde.

     

    Dans ce bel univers légué par le Sillon, Marc Sangnier, et tant de grandes figures, en Suisse et en Europe, du vingtième siècle, il est après tout légitime que puissent concourir, dans une douce fraternité réglée, pour une fois, ailleurs que sous l’Equerre, le Jaune et le Noir, le social et le libéral, l’impromptu et le convenable, bref Bonny & Clyde. La violence en moins. Du moins, on le souhaite.

     

    Pascal Décaillet