Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 2

  • Les comices agricoles

    Fornage.jpg

    Lundi 27.07.09 - 04.40h.


    Et c'est reparti pour le grand maquignonnage! Là où la scène politique suisse se transmue bestialement en comices agricoles, ovins et bovidés, bestiaux qu'on tâte et qu'on soupèse, regards torves des négociateurs, laines et haleines, trucs et ficelles, trocs et combines. La presse de ce week-end, notamment alémanique, avait des accents de feuille d'avis de Yonville, rubrique bétail.

    Ici, c'est Toni Brunner qui brandit la menace d'une candidature UDC, si le candidat libéral-radical devait s'avérer trop europhile. Là, c'est Ueli le Climatique qui exigeait, il y a quelques semaines, des candidats qu'ils se fassent les champions d'un « green new deal » unilatéralement décidé par les Verts, et dont Berne a déjà dit qu'elle ne voulait pas. De partout, on s'observe, on s'épie, on intrigue, on fait pression. Jusqu'aux socialistes, dont il paraît qu'ils voteraient libéral-radical, non par amour des héritiers de 1848, mais pour s'assurer, la fois suivante, du maintien de leurs deux sièges. Elle est belle, la démocratie suisse ! Il est séduisant, non, ce système d'élection indirecte où le jeu de miroirs de 246 personnes transforme la vie politique en un immense palais des glaces. Ca n'est pas le vingt-et-unième siècle, c'est la Quatrième République, où le parlement est si souverain, l'exécutif si faible, si dépourvu de légitimité tellurique, que la coulisse et la combine sont reines. Ce système vit ses dernières années. Il ne sera plus possible très longtemps.

    En attendant, qu'ils y aillent, les Verts ou les UDC ! Qu'ils présentent, chacun, un candidat. Et nous verrons bien le résultat. 10% pour l'un, 30% pour l'autre, c'est bien, mais ça n'est pas encore une majorité. Cela, les chefs de ces partis le savent parfaitement, leurs effets de manches sont donc pour la galerie. Celle des glaces. L'élu du 16 septembre sera issu des rangs libéraux-radicaux, peut-être des rangs PDC. Le système de neutralisation respective des partis, je te tiens, tu me tiens, fait de la barbichette l'organe suprême par lequel on communique. Chaque coup d'éclat se heurtant à la riposte graduée de la fois suivante. Chaque parlementaire connaissant par coeur l'ordre de passage de la prochaine élection. Le système de l'élection de notre gouvernement fédéral, c'est cela, ce sont ces calculs-là, il faut le savoir. Les comices agricoles de Yonville. Le génie de Flaubert en moins.

    Pascal Décaillet

  • Monsieur X, soyez un défricheur !

    w200

    Dimanche 26.07.09 - 09.35h

    L’amour du pays, une profonde connaissance de son Histoire, deux ou trois idées claires, avec des caps, pour propulser la Suisse dans le vingt-et-unième siècle, de la culture dans la tête, de l’arrière-pays dans les rêves et dans la mémoire, de la dignité dans l’âme, bref une certaine classe.

    C’est cela, comme citoyen, que j’attends de l’élu du 16 septembre, Monsieur X ou Madame Y. On aime on non Pascal Couchepin, mais cette dignité, cette posture d’Etat, surtout comme président, il les a eues. Il était l’un des seuls à oser parler de « République », ce mot pourtant si fort, le seul à nous réunir, parce qu’il en appelle à notre chose à tous, le lieu commun de nos désirs, de nos débats, de nos engueulades, de nos déchirures, ce qui nous rassemble, nous façonne. Ce qui fait, depuis deux siècles, que nous avons pris nos destins en main, nous les avons arrachés aux patriciens, aux cléricatures, aux corporatismes. Pourquoi la Suisse, démocratie qui n’a rien à envier à ses voisins, n’ose-t-elle pas davantage ce mot : République ?

    Les 246 grands électeurs du 16 septembre feront ce qu’ils voudront, laissons les savourer, quelques années encore, sans doute les dernières, l’exultation de ce petit jeu qui délègue aux accords de coulisses d’une Diète ce qui devrait être l’affaire d’un corps électoral beaucoup plus large. Ils feront ce qu’ils voudront, mais moi, rien ne m’empêche de rêver d’un conseiller fédéral profondément républicain. Tschudi, Furgler, Delamuraz.

    Alors voilà, quelques noms circulent, vous les connaissez comme moi. Celui-ci, celle-là, sont-ils républicains ? Quels signes, jusqu’ici, ont-ils donné de la primauté de l’intérêt collectif sur leur carrière individuelle ? Combien de cocktails, de jeu d’apparences, ont-ils accepté de sacrifier pour le travail de fond ? Au service de quelle grande querelle ont-ils placé leurs énergies ? Ont-ils incarné, dans le rêve ou dans l’exercice du pouvoir, une vision de l’Etat, du vivre ensemble, de la solidarité ? Ont-ils su, parfois, être seuls ? Oui, seuls. Seul contre tous. Contre ses propres amis politiques, contre sa clientèle électorale, contre la mélasse de la doxa, cette pensée dominante qui nous englue et nous étouffe, ravale nos paroles plus bas que le silence ? Monsieur X, Madame Y ont-ils prouvé, jusqu’ici, qu’il étaient un homme ou une femme de courage ?

    A quoi s’ajoute la forme, disons déjà celle du discours. Furgler, pour les Suisses, cela restera la très grande classe de l’accueil de MM Reagan et Gorbatchev, à Genève, en novembre 1985. Delamuraz, c’était l’homme des formules, cinglantes, lapidaires, un humour encore plus noir que certains dimanches, un rapport macéré au verbe. On aimerait, oui, que le futur conseiller fédéral soit pourvu, tout au moins, de quelques dispositions à nous élever l’âme, ou nous aiguiser l’esprit, par ce minimum de fermentation verbale qui fait, il faut le dire, totalement défaut dans le collège actuel.

    Dans les candidats actuels, putatifs ou déclarés, percevez-vous, quelque part, cet embryon de jaillissement des mots ?

    Monsieur X, Madame Y, soyez quelqu’un de grand. Une fois au pouvoir, élargissez-nous l’horizon, écartez un peu le champ de nos conciences politiques, osez être un défricheur. Quitte à vous faire, partout, une multitude d’ennemis. Les ennemis, dans la vie, c’est simplement génial. C’est la preuve qu’on existe. Monsieur X, Madame Y, ne cherchez surtout pas à être aimés. L’amour n’a rien à faire avec la politique. Enfin, presque rien. Excellent dimanche à tous.

    Pascal Décaillet





  • Monsieur X

    99.jpg

    Vendredi 24.07.09 - 19.50h

    Bon. Précisons tout d’abord que Monsieur X peut parfaitement être une femme, tiens il pourrait s’appeler Martine, par exemple.

    Ou Isabelle, mais c’est peu probable : vous en connaissez beaucoup, vous, des messieurs, je veux dire sérieux, qui s’appellent Isabelle ?

    Le titre hygiéniquement correct de cette chronique aurait donc dû être quelque chose comme « Monsieur X ou Madame Y », mais j’ai préféré « Monsieur X ». C’est plus court.

    Surtout, ça me rappelle la campagne de l’Express, de Servan-Schreiber, pour promouvoir, dès 1963, Gaston Defferre contre de Gaulle, à la présidentielle du 1965, la toute première au suffrage universel. Cette élection dont le tour final, de Gaulle-Mitterrand, en décembre 1965, m’avait éveillé à la vie politique, à l’âge de sept ans et demi. À noter, au passage, que les immenses efforts de l’Express s’étaient avérés totalement vains, le maire de Marseille n’étant même pas entré dans la bataille ! Grand collectionneur de journaux, j’ai la chance d’avoir pas mal de ces numéros-là. Passionnant.

    Nous aussi, en Suisse, nous sommes à la recherche d’un Monsieur X. Ou d’une Madame Y. Un homme ou une femme qui non seulement devra faire de la politique, la meilleure possible, faire avancer le pays, mais aussi incarner quelque chose de fort. Une grande ambition collective pour la décennie 2010-2020. En cela, l’élection du 16 septembre, même si elle n’émane que de 246 grands électeurs, intéresse évidemment au premier chef l’ensemble des citoyens, et même l’ensemble des habitants de ce pays. Un conseiller fédéral, ça n’est pas seulement un ministre, c’est aussi le septième du pouvoir exécutif fédéral, cela doit être, encore et surtout, un exemple pour le pays : Tschudi, Furgler, Delamuraz.

    Oh, certes, les temps ont changé, on n’a pas tous les jours l’occasion de s’agenouiller devant le monument du ghetto de Varsovie, ni de se prendre la main à Verdun, mais tout de même il n’est pas interdit de souhaiter que Monsieur X – ou Madame Y – soit pourvu d’une certaine classe, d’une vraie passion politique, mûrie dès l’enfance, d’une profonde connaissance de l’Histoire suisse, celle du pouvoir central et celles des cantons. Une vision diachronique, oui, qui puisse se projeter dans l’avenir. Révolution helvétique, Restauration, Sonderbund, Kulturkampf, grands combats confessionnels du dix-neuvième, grève générale de novembre 1918, question jurassienne, histoire économique, histoire de la presse : Dieu qu’il est passionnant, ce petit bout d’Europe, vingt-six fois recommencé. Dieu qu’il mérite d’être connu. Mieux connu !

    Je rêve d’un Monsieur X – ou d’une Madame Y – qui ait une certaine culture, au moins historique et politique, une certaine équation personnelle à ce que doivent être la citoyenneté et le Contrat social dans ce pays. Et qui ait, si possible, disons au moins dans les dernières années, donné, là où il était, des signes de cet intérêt, de cette passion.

    Je rêve d’un Monsieur X – ou d’une Madame Y – qui aime profondément la Suisse. L’amour du pays n’est ni de gauche, ni de droite, ni surtout exclusif de l’ouverture à l’Autre, je pense même que cette dernière condition est sine qua non pour avancer dans le concert des nations. Un Monsieur X, une Madame Y dont le souci premier soit de servir : Tschudi, Furgler, Delamuraz.

    À partir de là, homme ou femme, Romand de pure souche ou mâtiné de fibres singinoises, apothicaire transalpin ou flandrin des glaciers, hobereau de terre vaudoise ou excellente parlementaire genevoise avec douze ans d’expérience dans un exécutif, peu importe, au fond.

    Mais l’ancrage dans l’Histoire. La passion républicaine. Ce mélange de Raison et de Lumière, mais aussi d’attachement tellurique, j’ose dire barrésien, à l’irrationnel du pays, voilà les équations qui, personnellement, m’intéressent, pour le choix de l’homme ou de la femme qui succédera à Pascal Couchepin.

    Je reviendrai, dans les jours qui viennent, sur Monsieur X.

    Ou sur Madame Y, of course.


    Pascal Décaillet