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Monsieur X

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Vendredi 24.07.09 - 19.50h

Bon. Précisons tout d’abord que Monsieur X peut parfaitement être une femme, tiens il pourrait s’appeler Martine, par exemple.

Ou Isabelle, mais c’est peu probable : vous en connaissez beaucoup, vous, des messieurs, je veux dire sérieux, qui s’appellent Isabelle ?

Le titre hygiéniquement correct de cette chronique aurait donc dû être quelque chose comme « Monsieur X ou Madame Y », mais j’ai préféré « Monsieur X ». C’est plus court.

Surtout, ça me rappelle la campagne de l’Express, de Servan-Schreiber, pour promouvoir, dès 1963, Gaston Defferre contre de Gaulle, à la présidentielle du 1965, la toute première au suffrage universel. Cette élection dont le tour final, de Gaulle-Mitterrand, en décembre 1965, m’avait éveillé à la vie politique, à l’âge de sept ans et demi. À noter, au passage, que les immenses efforts de l’Express s’étaient avérés totalement vains, le maire de Marseille n’étant même pas entré dans la bataille ! Grand collectionneur de journaux, j’ai la chance d’avoir pas mal de ces numéros-là. Passionnant.

Nous aussi, en Suisse, nous sommes à la recherche d’un Monsieur X. Ou d’une Madame Y. Un homme ou une femme qui non seulement devra faire de la politique, la meilleure possible, faire avancer le pays, mais aussi incarner quelque chose de fort. Une grande ambition collective pour la décennie 2010-2020. En cela, l’élection du 16 septembre, même si elle n’émane que de 246 grands électeurs, intéresse évidemment au premier chef l’ensemble des citoyens, et même l’ensemble des habitants de ce pays. Un conseiller fédéral, ça n’est pas seulement un ministre, c’est aussi le septième du pouvoir exécutif fédéral, cela doit être, encore et surtout, un exemple pour le pays : Tschudi, Furgler, Delamuraz.

Oh, certes, les temps ont changé, on n’a pas tous les jours l’occasion de s’agenouiller devant le monument du ghetto de Varsovie, ni de se prendre la main à Verdun, mais tout de même il n’est pas interdit de souhaiter que Monsieur X – ou Madame Y – soit pourvu d’une certaine classe, d’une vraie passion politique, mûrie dès l’enfance, d’une profonde connaissance de l’Histoire suisse, celle du pouvoir central et celles des cantons. Une vision diachronique, oui, qui puisse se projeter dans l’avenir. Révolution helvétique, Restauration, Sonderbund, Kulturkampf, grands combats confessionnels du dix-neuvième, grève générale de novembre 1918, question jurassienne, histoire économique, histoire de la presse : Dieu qu’il est passionnant, ce petit bout d’Europe, vingt-six fois recommencé. Dieu qu’il mérite d’être connu. Mieux connu !

Je rêve d’un Monsieur X – ou d’une Madame Y – qui ait une certaine culture, au moins historique et politique, une certaine équation personnelle à ce que doivent être la citoyenneté et le Contrat social dans ce pays. Et qui ait, si possible, disons au moins dans les dernières années, donné, là où il était, des signes de cet intérêt, de cette passion.

Je rêve d’un Monsieur X – ou d’une Madame Y – qui aime profondément la Suisse. L’amour du pays n’est ni de gauche, ni de droite, ni surtout exclusif de l’ouverture à l’Autre, je pense même que cette dernière condition est sine qua non pour avancer dans le concert des nations. Un Monsieur X, une Madame Y dont le souci premier soit de servir : Tschudi, Furgler, Delamuraz.

À partir de là, homme ou femme, Romand de pure souche ou mâtiné de fibres singinoises, apothicaire transalpin ou flandrin des glaciers, hobereau de terre vaudoise ou excellente parlementaire genevoise avec douze ans d’expérience dans un exécutif, peu importe, au fond.

Mais l’ancrage dans l’Histoire. La passion républicaine. Ce mélange de Raison et de Lumière, mais aussi d’attachement tellurique, j’ose dire barrésien, à l’irrationnel du pays, voilà les équations qui, personnellement, m’intéressent, pour le choix de l’homme ou de la femme qui succédera à Pascal Couchepin.

Je reviendrai, dans les jours qui viennent, sur Monsieur X.

Ou sur Madame Y, of course.


Pascal Décaillet

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