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  • Prise d'otages

     

    Sur le vif - Vendredi 29.09.17 - 12.40h

     

    Bon. Le scootériste rusé que je suis, connaissant sa ville par coeur depuis bientôt six décennies, a pu, à peu près, s'en sortir. Je ne parle donc pas ici pour mon cas personnel.

     

    Mais, désolé, aussi sublime soit la manifestation dite des "Géants" (je ne mets pas ici en cause sa qualité), il faut dire les choses comme elles sont : on prend l'ensemble d'une communauté urbaine en otage.

     

    Il n'y a pas, en Ville de Genève, que des bobos urbains, circulant à pied ou à vélo. Il y a, tous les jours, des dizaines de milliers de personnes, peu importe leur origine, qui viennent au travail avec un véhicule privé, à moteur, qui en ont parfaitement le droit, n'ont absolument aucune leçon de morale à recevoir. Et qui, au moment où j'écris ces lignes, sont captifs de l'enfer d'immobilité créé par la circonstance.

     

    Cela n'est pas acceptable. D'avance, je dispense les commentateurs de venir nous faire la leçon sur le génie de la manifestation dite des "Géants", face auquel toute volonté de rouspétance, vertu genevoise, devrait se dissoudre.

     

    Non. Il y a déjà beaucoup trop, à longueur d'année, de blocages totaux de la circulation pour toutes sortes de manifestations, sportives, caritatives, festives, dont je ne suis pas sûr qu'elles soient vraiment agréées par une majorité de la population qui les subissent.

     

    Les autorités, municipales ou cantonales, qui nous auront mis, ce week-end, dans ce pétrin, dans cette pétrification de tout espoir de mobilité, auront, le jour venu, à en répondre.

     

    Ma proposition, simple et claire, pour l'avenir : plus aucune plaisanterie de ce genre sans consultation préalable des populations concernées.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Primes maladie : la soif de justice l'emportera

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    Sur le vif - Jeudi 28.09.17 - 16.59h

     

    Chaque année le même cirque, la même ritournelle. Depuis plus de vingt ans. Chaque année, ce jour, au début de l’automne, où les Suisses ont la rage : Dies irae. Pendant 48 heures, on s’excite, on menace de lever la Matze, monter à Berne, bousculer l’ordre politique, novembre 1918, la sédition dans la chair. Juste à fleur de peau. Et c’est là, justement, le problème.

     

    Les Caisses savent parfaitement que le désir de Révolution, en Suisse, dure rarement plus de 48 heures, que tout se tasse, tout s’éteint, tout passe oui, et tout lasse. Le jeudi soir, on gueule, le vendredi encore un peu, le week-end on promène le chien, le lundi on est les premiers au boulot. Braves Suisses. Qui, même précarisés par leurs primes, n’en mangent pas moins pain et brioche, comme dirait l’Autrichienne, superbe, à sa fenêtre.

     

    J’ai couvert l’ensemble des travaux des Chambres relatifs à la LAMal, au début des années 1990. J’ai organisé tellement de débats, laissé s’épandre tant de colères, vu se bricoler tant de modèles. Mais chaque année, c’est la même chose. L’année prochaine ?

     

    Pour ma part, dans ce dossier capital pour la vie des gens, comme l’est celui des retraites, je n’attends plus grand-chose de notre « démocratie participative », à Berne. Oh, des gens de bonne volonté, compétents, précis dans la confection des lois, je ne disconviens de rien de tout cela. Tout au plus serai-je le premier à signer l’initiative, lancée demain à Berne, qui veut interdire aux élus fédéraux de siéger dans les conseils d’administration des Caisses.

     

    Non. Les modèles alternatifs doivent venir d’en bas. Du peuple. Celui qui a le droit de vote (les autres sont les bienvenus pour le remue-méninges). C’est maintenant, comme dans l’affaire des retraites, la démocratie directe qui doit prendre le relais. Non pour faire des miracles, ne rêvons pas. Mais pour lancer, non dans la seule molasse bernoise, mais sur l’ensemble du pays, de vastes débats nationaux sur les modèles de réformes.

     

    Vous me direz que nous les avons eus, ces débats, sur la Caisse unique, puis publique. C’est vrai. Et dans ces deux cas, le partisan de l’Etat que j’ai toujours été se trouvait dans le camp des perdants. Mais il faut remettre plusieurs métiers sur plusieurs ouvrages. Caisses cantonales, régionales, séparation des intérêts sous la Coupole, etc. Si le corps des citoyennes et citoyens de ce pays ne fait pas de la décennie qui vient celle du combat, alors à Berne, rien ne bougera.

     

    Une initiative ne passe, on le sait, que rarement, en Suisse. C’est un combat de très longue haleine, qui passe par des défaites, des dimanches soir de larmes après les votations. Un combat qui exige patience, ténacité. Mais, à ce jour, c’est le seul qui vaille. Je salue les comités d’initiatives qui montent à Berne demain. Je signerai leurs textes. Nous discuterons, nous nous engueulerons. Et puis, un jour, j’ignore absolument quand, un modèle venu d’en bas, jailli de la sourde colère du peuple, mais aussi de sa soif de justice et d’égalité, finira par l’emporter.

     

    Vive notre démocratie suisse.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Empire ou Nation ? Contrastes du destin allemand

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    Sur le vif - Mercredi 27.09.17 - 15.39h
     
     
    Les chrétiens-démocrates allemands n'aiment pas les nations, mais l'Empire. Même lorsqu'ils construisent "l'Europe", ils réinventent une structure bien précise, qui a existé pendant un millénaire, de Charlemagne à 1806 (défaite d'Iéna) : le Saint-Empire.
     
     
    Adenauer, "Européen" de la première heure, signataire du Traité de Rome en 1957, lorsqu'il tend la main au Français Schuman et à l'Italien De Gasperi, réintroduit l'Allemagne, sur les décombres du Reich, dans une construction dont l'axe Nord-Sud, le rôle de la catholicité, le principe d'arbitrage supranational, sont exactement calqués sur l'architecture du Saint-Empire. Avec ses réseaux de suzerainetés et de vassalités, sa décentralisation, son manque d'identification (à de notables exceptions, comme Charles Quint) du pouvoir suprême.
     
     
    Kohl, Rhénan, catholique, avale d'un coup la DDR, à coups de milliards, avec une vulgarité sans précédent dans la méthode, le tout sous les applaudissements, sous le seul prétexte que cette DDR était communiste, et que l'Ouest représentait le camp du bien. Kohl, qui démantèle l'ex-Yougoslavie, avec son ministre Genscher, dans le seul but de rétablir les intérêts économiques des anciennes puissances tutélaires germaniques sur la Slovénie et la Croatie. Kohl, dont les services secrets ont joué au Kosovo un rôle qui, on veut le croire, sera un jour exposé à fond dans les livres d'Histoire. Kohl, entreprenant tout cela, tente aussi de refaire l'Empire. Dans sa politique balkanique, c'est flagrant.
     
     
    Mme Merkel, c'est plus compliqué. Elle est CDU, mais vient de l'Est, où elle a grandi, et fait de brillantes études. Sa politique apparaît à la fois comme habile et hasardeuse, cohérente et chaotique, il faudra du temps pour en dégager des axes de lisibilité. Une chose, toutefois, est sûre : dans la question ukrainienne, elle joue le jeu d'une obédience atlantiste qui, à terme, ne servira pas dans la région les intérêts supérieurs de l'Allemagne, car un jour, les Américains se retireront d'Europe. Dans la question grecque, elle s'est comportée avec une suzeraine arrogance. Elle n'a cessé de donner des ordres à ce pays, lui fixer des conditions, au nom de "l'Europe". En fait, pour assurer la suprématie allemande.
     
     
    Le pari du grand Frédéric II (1740 - 1786), c'était de reconstruire l'Allemagne à partir de la puissance prussienne. Avant Fichte, avant Bismarck, ce souverain d'exception (dont je ne me lasse pas de lire les actes et la vie) a pressenti l'idée allemande. Il est, au fond, le père de la nation allemande, telle qu'elle sera pensée, après sa mort, sous l'occupation de la Prusse par les Français (1806 - 1813), puis lentement mise en oeuvre au 19ème siècle. Cette grande aventure-là se termine avec fracas, puis silence, le 8 mai 1945. Allemagne, Année Zéro.
     
     
    Se termine, pour un temps. Plus j'y pense, plus j'entrevois (en termes de nations, pas d'idéologie), l'année 1945 comme une défaite d'étape. Dévastatrice, certes, mais pas plus qu'en 1648, après la destruction des Allemagnes, à la fin de la Guerre de Trente Ans. A lire, Simplicius, le chef d’œuvre de Grimmelshausen, dont s'est tant inspiré Günter Grass, l'un des géants de la littérature allemande du 20ème siècle.
     
     
    Construction nationale, ou impériale ? Là est la question centrale, quand on examine l'Histoire allemande, et le rapport très complexe, empli de non-dits, de ce pays avec ce qu'il est convenu, par facilité, manque de nuances, et au fond ignorance, paresse intellectuelle, d'appeler "l'Europe".
     
     
    Je ne suis pas sûr que, confronté aux réalités tangibles de l'Histoire allemande depuis Frédéric II, notamment depuis la Guerre de Sept Ans (1756 - 1763), le mot "Europe", trop générique, trop diaphane, et au fond trop flasque, veuille dire grand-chose.
     
     
    Pascal Décaillet