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Liberté - Page 706

  • Le libéralisme a échoué !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.06.19

     

    Les années d’immédiat après-guerre ont été des années d’État. L’Europe n’était plus que décombres. L’Allemagne, détruite par trois années de bombardements alliés, la ville allemande surtout. L’Italie, le Nord-Ouest de la France (après le Débarquement), la Belgique, les Pays-Bas. Ne parlons pas de toute l’Europe centrale et orientale, Pologne, Ukraine, Russie. Dans une Europe coupée en deux par le Traité de Yalta (1945), à l’Est le communisme, à l’Ouest le capitalisme, il a fallu reconstruire avec des plans d’ensemble, un souci du collectif, une vision d’État.

     

    Dans le système communiste, on a actionné les vertus (plus ou moins efficaces !) du Plan. A l’Ouest, pays par pays, on a dû inventer des systèmes pour assurer les deux besoins les plus fondamentaux des populations : le ravitaillement (des tickets de rationnement ont fonctionné jusqu’à la fin des années quarante), et le chauffage. Ce dernier passant par le charbon, on a lancé la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier), premier pas d’une construction européenne.

     

    Dans ces années d’après-guerre, on avait besoin d’État. Même notre pays, épargné par la guerre, a mis au point le plus beau fleuron de sa sécurité sociale, l’AVS, dans le sillage immédiat de la Seconde Guerre mondiale, en 1947-1948. Dans ces années-là, on ne se risquait pas trop à ne jurer que par le libre-échange, et l’affaiblissement des services publics : on avait bien trop besoin de réseaux de solidarité. C’est beaucoup plus tard, à l’époque de Ronald Reagan (1980-1988) et de Margaret Thatcher (1979-1990), puis surtout dans les très flambantes années 90, que le mirage libéral, le discrédit sur l’État, la mise en valeur extatique de l’individu au détriment du collectif, la remise en cause des nations, des Histoires et des frontières, sont arrivés comme des déferlantes. Nous n’étions pas très nombreux, à l’époque en Suisse romande, à résister à cette idéologie. Les jeunes loups du libéralisme, aux crocs acérés par l’appât de l’argent facile, nous traitaient de ringards. On a vu le résultat.

     

    Le résultat, c’est l’échec du système libéral, considéré comme un dogme, ne jurant que par les vertus magiques du « marché », comptant sur la concurrence comme régulation darwinienne pour la survie des forts, l’effacement des plus faibles. Cette logique, individualiste à l’extrême, incapable de définir un projet collectif, s’est fracassée contre les récifs du réel. Partout en Europe, y compris en Suisse, les peuples réclament un retour du projet commun, donc de l’État. Cela ne signifie pas des armadas de fonctionnaires derrière des guichets, ce temps-là est révolu, mais l’appropriation, par le plus grand nombre, donc le suffrage universel, du destin des pays. Cela passe par l’École, l’éducation citoyenne : donner d’autres valeurs que la simple appartenance à un clan, une marque commerciale, une écurie privée. Vaste programme, mais enthousiasmant : l’être humain y sortira gagnant. A tous, un excellent été !

     

    Pascal Décaillet

     

  • L'odieux "plan de paix" américain

     

    Sur le vif - Dimanche 23.06.19 - 13.59h

     

    En général, lorsque les États-Unis arrivent avec un "plan de paix", c'est qu'ils préparent la guerre. La première puissance du monde, impérialiste depuis la Seconde Guerre mondiale, a pour usage de camoufler ses intentions belliqueuses en feignant, au dernier moment, la concorde. Nul observateur sensé n'en est dupe.

    Surtout, cette arrogance. Oser l'expression "plan de paix", alors que tout est mis en oeuvre, depuis des années (bien avant Trump), par des milieux bellicistes très précis à New York et Washington, pour aller, une nouvelle fois, semer la mort et la désolation sur le Moyen-Orient. Les mêmes milieux qui veulent la guerre, feignent la paix ! Pharisienne duplicité.

    Cerise sur le gâteau : on s'arrange pour que le "volet économique du plan de paix" sorte sur la place publique en plein état d'alerte de la pré-guerre. Comme par hasard, on fait miroiter aux Palestiniens (qu'on ignore royalement depuis 71 ans) 50 milliards providentiels pour "doubler leur PIB en une décennie".

    La manœuvre est d'une grossièreté qui ne trompe personne. Comme d'habitude, les vieux renards de la Côte-Est tentent de diviser la très complexe composition politique des forces palestiniennes, d'un côté l'Autorité, avec son Président, Mahmoud Abbas (qui rejette le plan) ; de l'autre, le Hezbollah chiite et pro-iranien au Liban ; A Gaza, le Hamas.

    Acheter la Palestine en élevant le niveau de vie dans les Territoires. Au milieu des années 70, lors de discussions enflammées d'étudiants sur le Proche-Orient, l'argument était très en vogue dans les milieux pro-israéliens, je m'en souviens comme si c'était hier. Déjà à l'époque, je me permettais de rétorquer que nulle élévation du PIB, jamais, ne remplacerait l'aspiration légitime et essentielle de ce peuple meurtri depuis 1948, et plus encore depuis 1967 : celle d'avoir un Etat souverain. Un Etat, pas l'aumône !

    Tant que les Palestiniens n'auront pas d'Etat - comme Israël a eu le sien en 1948 - rien de durable ne sera possible au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Faute de jouer cette carte-là, la seule qui vaille, parce qu'elle est à hauteur de dignité humaine, les milieux bellicistes américains, qui prennent Trump en otage avec leurs pressions, ne sèmeront que la haine, la guerre, la désolation. Et, pour longtemps, la soif de vengeance.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Conservateur ?

     

    Sur le vif - Samedi 22.06.19 - 15.14h

     

    Conservateur ? Oui, sans doute ! Mais un conservateur profondément social et populaire, détestant les inégalités, l'arrogance des puissants, considérant que chaque humain, dans le fragile miracle de son existence, en vaut un autre. La parole du dernier des oubliés m'importe tout autant que celle de ceux qui détiennent le pouvoir.

    Conservateur ? Oui, mais républicain, immensément attaché à l'Etat, à son rôle d'arbitre et de correcteur des inégalités, à sa mission sociale, au service des plus démunis. Sur ce plan, soyons clairs, je suis un homme de gauche. Il n'est rien dont je sois plus éloigné que les conservateurs libéraux, inféodés aux puissances de la spéculation. Fasciné depuis des décennies par la figure de Léon XIII, et de Rerum Novarum (1891), je ne puis dissocier mon conservatisme d'une aspiration à l'équilibre, à l'amélioration des conditions du travail, et de la vie des humains sur la Terre.

    Conservateur ? Oui, s'il faut protéger la nature, le patrimoine, les biotopes. Sans entrer dans l'idéologie Verte, dont certaines composantes politiques ne sont absolument pas les miennes, je dis absolument oui à la lutte pour la planète.

    Conservateur ? Mon conservatisme est européen, je dirais même, pour être précis, qu'il est français quant à l'attachement aux valeurs de la République, italien pour la préservation des valeurs sociales, allemand de type bismarckien pour la construction dialectique d'un Etat social. Je n'ai rien à voir avec les conservateurs américains, ni anglo-saxons en général, ni d'ailleurs zurichois.

    Conservateur ? Il est un plan sur lequel je le suis rudement : celui de la culture. Oh, certainement pas pour prôner la supériorité des ancêtres sur les modernes. Mais pour défendre absolument les chemins de la connaissance, leur longueur, leur âpreté, ce qu'ils exigent de patience et d'obstination. Nul violoniste ne fait l'économie de longues années de solfège, nul helléniste ne passera par pertes et profits les verbes irréguliers, ni les inflexions dialectales. Nul germaniste ne fera l'économie de la traduction de la Bible par Luther. Seule la tradition, écrit Péguy, est révolutionnaire.

    Conservateur ? Oui, pour la primauté des valeurs de l'esprit, celle du verbe, le secret transcendant de la musique, le cheminement vers une langue, la contemplation des oeuvres, le questionnement des humains au-delà de leurs apparences, au-delà des cravates et des costumes des puissants, au-delà de la morgue du paraître, au-delà de la triste inanité du mondain. Alors oui, conservateur, pour vous déplaire. Ou peut-être, aussi, pour vous servir.

     

    Pascal Décaillet