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Liberté - Page 1648

  • Raison d'Etat



    Édito Lausanne FM – Mardi 11.12.07 – 07.50h



    La visite de Mouammar Kadhafi en France, en grande pompe et pendant plusieurs jours, la première depuis 1973, irrite les bonnes âmes. Bernard Kouchner dit son malaise. La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, parle de symbole scandaleusement fort.

    Ils peuvent regretter tant qu’ils veulent, gémir, geindre, il n’y a, en France, depuis un demi-siècle, qu’un seul patron pour la politique étrangère, il n’est ni au Quai d’Orsay, ni dans un improbable secrétariat d’Etat, mais bel et bien à l’Elysée. Le patron, c’est le Président de la République.

    Cela, c’est pour la forme. Reste le fond, qui donne totalement raison à Nicolas Sarkozy dans cette affaire. Il faut, une fois pour toutes, le rappeler aux droits-de-l’hommistes : il n’a jamais été écrit nulle part que la politique étrangère ne consistait qu’à traiter avec des gens convenables. La politique étrangère, ça n’est pas, ça ne doit pas être, un cortège de morale et de bons sentiments ; c’est l’un des leviers des intérêts supérieurs de la nation, rien d’autre.

    Kadhafi n’est pas un saint. Et alors ? La France a parfaitement le droit de mener, face au monde arabe, auquel elle est liée par une équation historique, face à l’Afrique du Nord encore plus, la politique qui est la sienne. Laquelle, jusqu’à nouvel ordre du monde, que personne de lucide, pour l’heure, ne voit vraiment poindre à l’horizon, ne se décide ni à Bruxelles, ni à Washington, mais à Paris.

    Dans la réception de Kadhafi, il y a l’argument économique, les contrats. Cela fait partie du jeu. Mais il y a surtout le signal politique. Voilà un président, Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas nécessairement très bien commencé en politique étrangère, déclarant à Washington une flamme atlantiste qui ne correspond pas au sentiment profond des Français. On a pu, un moment, se dire qu’on était entré dans l’ère de l’obédience. Et puis, là, voilà comme un rappel : la France reçoit qui elle veut, quand elle veut, comme elle veut, elle n’a en aucune manière à en référer à ses alliés. Cela porte un nom, bien lointain pour Sarkozy, au point qu’il donnait presque l’impression de l’avoir oublié : cela s’appelle le gaullisme.

    Reste enfin que, pour la politique arabe, notamment méditerranéenne, la diplomatie française, riche de deux siècles de réseaux, à vrai dire depuis le voyage de Bonaparte en Egypte, puis par la présence coloniale, a sans doute un peu plus de pertinence à entrer en action que les gros sabots de l’Oncle Sam, dont on peut goûter et apprécier à sa juste mesure, depuis bientôt cinq ans, l’éclatant succès en Irak.


  • Darbellay, la Seine, l'Océan



    Édito Lausanne FM – Lundi 10.12.07 – 07.50h



    Le téléphone de Christophe Darbellay, ce week-end, a beaucoup sonné, mais il n’a que très peu répondu. Atmosphère de veillée d’armes, du côté de Martigny, une affaire de carrefour et de destin. Le président du PDC suisse est l’homme-clef de l’élection d’après-demain. Situation centrale. Mais pas nécessairement confortable.

    Christophe Darbellay. L’un des hommes politiques les plus doués de sa génération. L’homme, avec Doris Leuthard, qui a réveillé le PDC de sa torpeur, l’a enfin sorti de deux décennies – depuis le départ de Kurt Furgler, au fond – de demi-personnages et de demi-programmes, d’illisibilité politique, je parle au niveau de l’exécutif fédéral. Darbellay, tacticien hors pair, trop peut-être à en croire, par exemple, ses chers amis les radicaux valaisans. Disons ductile, notre homme, et plastique, comme génétiquement taillé pour la manœuvre. Saisir l’opportunité, le « kairos », disaient les Grecs.

    Humiliée, il  y a quatre ans jour pour jour, par la non-élection de Ruth Metzler, la démocratie chrétienne suisse tient peut-être, pour après-demain, sa revanche. Encore faut-il voir si son propre groupe parlementaire, demain après-midi, voudra tenter l’aventure, ce qui est loin d’être évident, en tout cas pour les notables conservateurs de Suisse centrale et orientale. Car l’actuelle position de force est bien fragile, elle tient à un fil. Alors, attaquer cette fois, attaquer en cours de législature, attaquer dans quatre ans ? Raisonnablement, il faudrait attendre. Mais les carrefours de destin ne sont pas pavés que de raison calculatrice. L’instinct, soudain, risquer, oui, tout risquer, et jusqu’à sa carrière. C’est cela, l’enjeu de Christophe Darbellay.

    S’il ne se lance pas cette fois, il se présentera, dans quinze mois, au Conseil d’Etat valaisan. Et là, il fera une bonne et vieille carrière de notable sous le soleil du Vieux Pays. Il sera Maurice Troillet, ou Guy Genoud, ou Jean-René Fournier. Il sera un pataud potentat d’Ermitage et d’Arvine. C’est un choix. Dans son époustouflant recueil de chroniques, « La Paille et le Grain », que j’ai dans ma bibliothèque depuis 1975, François Mitterrand, battu de justesse par Giscard le 19 mai 1974, écrit le surlendemain : « Le destin de la Seine est-il d’arroser Paris ou bien d’aller à l’océan ? ».

    Bien sûr, il y a aussi Urs Schwaller, le chef du groupe PDC aux Chambres fédérales. Fribourgeois, posé, compétent, riche de treize ans d’expérience gouvernementale dans son canton. Le candidat du milieu. Le candidat du microcosme. Le candidat de la sagesse posée. Le candidat des journalistes parlementaires. Le candidat de tous ceux qui se méfient de l’aventure, des chemins de traverse et des airs de flandrin. Schwaller conseiller fédéral, ce serait le retour à Joseph Deiss ou Arnold Koller. Le retour de la compétence prudente, avec sa rotondité notariale, provinciale, tellement rassurante, et jusqu’à la torpeur.

    Non. Si l’Histoire veut que le PDC reconquière cette fois déjà (ce qui est loin d’être établi) le siège de Ruth Metzler, alors ça passera nécessairement par une décharge électrique, un coup de force, une forme de Brumaire. Et là, franchement dit, autant que ce soit par un homme qui fasse un peu rêver. Un homme de désir et de vent, d’aventure et de tempête. Un homme qui chemine sur la crête, avant l’aube. S’il faut Brumaire, autant que ce soit avec une anti-figure de Blocher au front impétueux. Autant que ce soit avec Christophe Darbellay.

  • Rob Degudy, le métablogueur anagrammé

     

    Il s’appelle Rob Degudy, ce qui est évidemment un pseudonyme. Par exemple - il m’a fallu entre quinze et seize secondes pour le trouver - une anagramme de Guy Debord (1931-1994), l’auteur, entre autres, de la « Société du spectacle ». Il ne s’appelle donc pas Rob Degudy, il porte un autre nom, avance masqué, et je me demande bien pourquoi.

     

    Sommes-nous dans l’Amérique de McCarthy ? Dans la RDA de la Stasi ? La France de Vichy ? Sommes-nous sous la Régence, les lettres de cachet pleuvent-elles ? Avons-nous une quelconque raison, dans la Suisse ou la France de 2007, de craindre pour notre liberté d’expression ? Comme je l’ai fait dans un édito du Matin dimanche en date du 26 novembre 2006, intitulé « Alcide, les blogs, la Comtesse », je condamne l’anonymat dans les blogs.

     

    Trop facile d’expectorer son fiel à longueur de journées – et il expectore, le bougre – sans décliner son identité. L’anonymat, le témoignage masqué, cela se peut, à la limite, concevoir lorsque l’auteur craint pour sa vie, ou sa liberté. Mais comme paravent de basses œuvres, pour couvrir les insultes qu’on ne cesse, soi-même, de proférer tous azimuts, là je dis non. Il n’y a aucune raison que le ci-devant Rob Degudy, le Guy Debord anagrammé, continue son petit jeu sur cette toile sans avoir élémentaire courage de nous dévoiler sa véritable identité.

     

    Le nommé Degudy n’est pas un blogueur, c’est un métablogueur. Il n’amène jamais la moindre idée propre, mais passe son temps à parasiter celles des autres. Il ne vit que des blogs d’autrui. La méthode est très simple, toujours la même : il prend un texte qui vient de paraître, en met un extrait en exergue, démolit le tout, insulte l’auteur. Je ne lui en conteste pas le droit, on passe son temps comme on peut, et cracher son fiel est sans doute une occupation comme une autre.

     

    Mais, quand on prétend manier l’épée de la polémique, on a l’élémentaire courage de dire qui on est vraiment. Le métablogueur anagrammé, qui doit être si fier de terroriser un espace de parole méritant beaucoup mieux que ces parasitages permanents, osera-t-il tomber le masque ? Osera-t-il signer ? Ou ce minimum d’élégance fait-il partie d’un monde qu’il ignore ?