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Liberté - Page 1434

  • Hic et nunc

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 28.02.11

     

    Le latin. Des centaines d’heures, dès l’âge de 12 ans, sur la matière du langage. Une réflexion sur la construction de la phrase, les rapports entre les mots. La découverte de l’origine d’une immense quantité de vocables français, l’évolution de leur sens à travers les âges. Des outils utiles pour tant d’autres langues.

     

    Défendre le latin, ça n’est pas s’accrocher au passé. C’est lutter pour une certaine conception de l’enseignement, où prof et élèves, à mille lieues des béatitudes globales, s’interrogent sur l’organisation des mots dans la phrase. Au début, comme la musique, c’est plutôt rugueux. Les premiers chemins sont caillouteux, avec le temps ils s’adoucissent.

     

    La possibilité de tenter cette aventure doit être offerte à tous. Elle doit le demeurer dès la première année de l’école secondaire, l’actuelle 7ème. Le latin n’est pas un luxe pour une élite sociale, ne doit surtout pas l’être. La force, la grandeur de l’école républicaine, c’est justement de donner à tous une chance de s’élever vers des sphères insoupçonnées. Le latin en est l’un des moyens, parmi d’autres.

     

    Le latin n’appartient pas aux seuls latinistes. Il vaut mieux que la triste solitude des salons bourgeois. Il est une part de nous-mêmes. Il a contribué à nous façonner. Il compte pour beaucoup dans notre bagage génétique. Il n’y a, en lui, rien d’archaïque. Il est présence. Hic et nunc.


    Pascal Décaillet

     

  • Tu ne tueras point, Emmanuel

     

    Sur le vif - Dimanche 27.02.11 - 11.39h

     

    J’ai déjà, il y a quelques semaines, ici même, parlé d’Emmanuel Kilchenmann. Je l’ai reçu à « Genève à chaud », mais aussi, avec Alexis Favre, au « Grand Oral ». 30 ans, président des Jeunes démocrates-chrétiens fribourgeois, un être issu de Stendhal, de l’époque où existaient encore les grands ordres : l’Eglise, l’armée. Une armature idéologique hors du commun sur les fondements de la démocratie chrétienne européenne. Certains parlent de Léon XIII et de Rerum Novarum (1891) : lui, clairement, les a lus, il les a placés dans un contexte historique, il estime que la Doctrine sociale peut encore avoir des résonances, 120 ans après.

     

    Mais Kilchenmann est également capitaine à l’armée. Est-ce, il y a une vingtaine de minutes, l’impétuosité du grenadier qui s’est réveillée en lui ? Invité de La Soupe, répondant à une question d’Anne Baecher sur la  responsabilité morale de l’ancien syndic de Fribourg, l’actuel conseiller national Dominique de Buman, numéro 2 du PDC suisse, dans l’affaire de la caisse de pension de la Ville, c’est sans une once d’hésitation que le jeune ambitieux a déclaré coupable son cher camarade de parti.

     

    Cela s’appelle un meurtre en direct. Cela rappelle une constante de la politique : l’ennemi est toujours à l’intérieur du camp, les dagues sont chez les « amis ». Chaban, en avril 1974, en a su quelque chose de la part de Chirac. Mark Muller, à Genève, l’éprouve à ses dépens. L’assassinat en politique, est chose courante. Presque un passage obligé. Mais, avec un tel sang-froid, comme à la Soupe sur le coup de 11.15h, c’est de la belle ouvrage. Il est possible que Dominique de Buman n’apprécie que très moyennement cet homicide dépourvu de toute négligence.

     

    Pascal Décaillet

     

  • A quoi sert le Conseil des droits de l’homme ?

     

    Sur le vif - Vendredi 25.02.11 - 19.23h

     

    Au moment où coule, en Libye, le sang de la répression, et au milieu d’horreurs que seule l’Histoire nous restituera, voilà une nouvelle qui va changer la face du monde : le Conseil des droits de l’homme, à Genève, vient « d’adopter une résolution qui demande l’expulsion de la Libye du… Conseil des droits de l’homme » !

     

    Il est bien, le Conseil des droits de l’homme. Il est gentil. Il tombe à point nommé. Expulser la Libye d’un cénacle où elle n’avait, depuis le début, strictement rien à faire, c’est le moins du moins du minimum vital de la décence, et en fait bien en-deçà encore.

     

    Pendant des années, sur la Libye, on ne l’a pas beaucoup entendu, le Conseil des droits de l’homme. Les hommes de Kadhafi s’y pavanaient. Aujourd’hui que le régime chancelle, mitraille les opposants, le Conseil des droits de l’homme se réveille.

     

    A quoi sert le Conseil des droits de l’homme ?

     

    Pascal Décaillet