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Sur le vif - Page 764

  • RIE III : le glas de l'arrogance

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    Sur le vif - Dimanche 12.02.17 - 14.41h

     

    RIE III, refusée au niveau national, refusée à Genève. Depuis des semaines, des mois, sur ce blog, nous dénoncions, dans la campagne, la politique du pistolet sur la tempe. Le chantage à l’absence de Plan B. Surtout, l’arrogance de certains élus, dans la droite d’idéologie libérale, qui ne cessent, depuis des décennies, du haut de leur complet-cravate, de nous enseigner l’économie, comme s’ils étaient les seuls à la comprendre. Comme si le petit peuple, celui qui se lève pour aller travailler, contribue de toute sa sueur à la vitalité des entreprises, n’était pas le mieux placé pour saisir ce qu’est le travail, le mérite, l’inventivité, ce que vaut l’argent, une fiche de salaire, une contribution sociale.

     

    Alors, ce petit peuple, sous prétexte que l’OCDE a édicté de nouvelles règles pour harmoniser les taux d’imposition, on lui a flanqué une arme chargée sur la partie temporale de la tête, on lui a hurlé pendant des mois qu’il devait à tout prix voter oui, que sinon ce serait la catastrophe. Ce petit peuple, on a passé des mois à lui faire la leçon. On lui a expliqué, doctement, les mécanismes de l’économie, comme s’il n’était pas capable, par son expérience professionnelle, y compris dans les fonctions les plus modestes, de les comprendre par lui-même. On lui a imposé une théologie de la vérité économique. Il fallait avaler le dogme, ou mourir. Le peuple a refusé le dogme, et il a parfaitement survécu.

     

    A Genève comme dans la métropole lémanique, comme à Zurich ou à Bâle, où ces enjeux de multinationales sont bien réels (ailleurs, ils sont perçus comme lointains), il va falloir maintenant réinventer le modèle économique, ce qui n’a guère été fait ces dernières décennies. Si les multinationales, à Genève, ont pris un tel poids, c’est peut-être qu’en haut lieu, on a investi de façon totalement exagérée dans cette forme de profit facile, mais dénué de toute garantie de longévité. Dénué de toute assurance d’emploi durable pour nos résidents.

     

    A cet égard, s’il n’était guère étonnant de voir les libéraux s’engouffrer dans ce modèle, donc dans la défense extatique de RIE III, il le fut bien davantage de voir la docilité du PDC à les suivre le doigt sur la couture du pantalon, et même celle d’une partie d’une droite que, pour notre part, nous voulions croire non libérale, protectionniste, attachée aux petites gens. Il y a eu là comme le mirage d’un ralliement généralisé dont il sera passionnant, rétrospectivement, de démêler l’histoire.

     

    Prenons Genève. La grande leçon de cet échec, c’est qu’il faut maintenant orienter les décennies qui nous attendent sur une absolue primauté à nos PME. Le temps des petits et moyens entrepreneurs a sonné. Le temps de les respecter. De les encourager. De leur donner la parole. De leur faciliter la tâche administrative. De valoriser ceux qui forment des apprentis. L’obsession de quelques leaders de droite libérale, avec hélas leurs affidés PDC et d’ailleurs, pour les multinationales, c’est terminé. En tout cas, qu’ils ne s’avisent plus de venir nous faire la leçon. Le peuple veut un autre modèle économique. Plus proche des gens. Plus diversifié. Moins arrogant. Moins tenu par les actionnaires et les milieux financiers. Inventer ce nouveau modèle, c’est le défi des années qui nous attendent. Avec ou sans les multinationales.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Troix voix, un miracle

     

    Sur le vif - Vendredi 10.02.17 - 13.58h

     

    Saisissant momenBichro_GT_small.jpgt de radio, qui se termine à l'instant sur France Inter, dans la Marche de l'Histoire : Jean Lebrun interroge Tzvetan Todorov sur Germaine Tillion, en 2012. Germaine Tillion (1907-2008), que j'ai eu l'honneur d'interviewer dans les années 90, n'était déjà plus de ce monde. Aujourd'hui, alors que ces trois voix, d'une infinie présence, se mêlent et nous parviennent, c'est Todorov, avec ses "R" si magnifiques, qui vient de nous quitter.

     

    Trois voix. Trois voix mariées, le temps d'une émission. Aujourd'hui, deux des trois locuteurs nous ont quittés. Mais les trois voix sont là. La Kabylie des années 30. Le Musée de l'Homme. La Résistance. Ravensbrück. La torture en Algérie. La bataille d'Alger, 1957. Germaine, racontée par Tzvetan. Germaine elle-même, en archives. Tzvetan, évoqué par Lebrun. Trois voix, comme trois chemins, dans le mystère de l'univers.

     

    La radio est un miracle.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le crabe, sur la vase

     

    Sur le vif - Mardi 07.02.17 - 05.35h

     

    En politique, ceux qui veulent faire neuf, ou rénovateur, ceux qui prétendent "dépasser le clivage droite-gauche", "faire de la politique autrement", bref tous ces ensorceleurs de la modernité, ces candidats Pepsodent aux dents éclatantes, sont ceux qui vieillissent le plus vite. D'un coup. Comme dans les films d'épouvante.

     

    Pourquoi ? Parce que l'Histoire est tragique. Parce que la lutte des classes, ça existe, la guerre, l'immuable noirceur des passions. Nier cela, au nom d'une modernité présentée comme immaculée, délivrée des antiques malédictions qui nous habitent tous, c'est duper les gens.

     

    L'archaïsme, au contraire, ne cherche pas à tromper. Impopulaire en première lecture, il charrie avec lui la solidité d'une permanence. Il assume l'Histoire, les contradictions, le sang versé, le sacrifice collectif. Il ne cherche pas, sous le moindre prétexte, à diluer des frontières, si porteuses de sens, pour d'improbables conglomérats ectoplasmiques.

     

    Pour évoluer, le monde a besoin de revenants. C'est un paradoxe, oui. Comme la démarche du crabe, sur la vase encore humide.

     

    Pascal Décaillet