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Sur le vif - Page 760

  • C'est quoi, Papa, une "clause de sauvegarde" ?

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    Sur le vif - Vendredi 04.12.15 - 16.40h

     

    D’abord, parlons français. Et soyons clairs. « Clause de sauvegarde », pour 99% des gens, c’est du jargon. Donc, ils ne comprennent pas. Soyons clairs, et le Conseil fédéral, aujourd’hui, le mérite : ce qu’il a annoncé, comme suite à donner au 9 février 2014, il n’a pas à en rougir, ni à le camoufler derrière une terminologie juridique.

     

    Une clause de sauvegarde, cela signifie que dans certains cas, une partie peut ne pas respecter un accord. Parce que des éléments d’exception seraient intervenus, mettant en péril des points fondamentaux. C’est un langage d’assureurs. Ou de juristes. Mais ça n’est pas le langage de la population.

     

    Soyons clairs, parce que l’affaire du 9 février n’appartient ni aux juristes, ni aux clercs, ni à quelques hauts fonctionnaires de l’Administration fédérale, ni au Secrétaire d’Etat, ni à M. Burkhalter. Elle nous appartient à tous, nous les quelque cinq millions de citoyennes ou citoyens de ce pays. Parce qu’elle est liée à une initiative populaire, qui a fait l’objet d’un vaste débat dans le pays, et qui a été tranché, par un oui du peuple et des cantons.

     

    Par respect pour le corps électoral de ce pays, ceux qui ont voté oui, mais aussi ceux qui ont voté non, bref, tous ceux qui ont fait l’effort de s’intéresser au sujet, et ont voté le 9 février 2014, nos autorités d’application nous doivent la clarté.

     

    Le message du Conseil fédéral, cet après-midi, où il esquisse les suites à donner à la décision populaire, est-il clair ? Il aurait sans doute pu l’être davantage, mais franchement, il en émerge un ou deux éléments politiques forts, aisément discernables, c’est cela qui compte.

     

    L’essentiel, c’est que le gouvernement de notre pays, face à une situation difficile et tendue (à l’intérieur du pays comme avec l’Union européenne), nous dit ce qu’il veut faire. Surtout, il nous dit qu’il le fera de toute façon, soit en vertu d’un « accord à l’amiable » avec Bruxelles, soit unilatéralement. Citoyen de ce pays, attaché à sa souveraineté, cet adverbe, « unilatéralement », me plaît. Venant de la part de M. Burkhalter, qui fait preuve ici de ductilité et d’intelligence, il inaugure une nouvelle ère terminologique : on ne parle plus de « négociations » avec l’UE, on veut bien un « accord à l’amiable ». Mais s’il n’y en a pas, la Suisse appliquera « unilatéralement », sur la gestion des flux migratoires, ce que son souverain (le peuple et les cantons) lui a demandé, le 9 février 2014, d’appliquer.

     

    Un langage nouveau, oui, de la part du Conseil fédéral. On sent que le 18 octobre 2015 est passé par là. Et que par rapport à l’opinion publique suisse, il ne sert à rien de contourner, jouer au plus fin. Sans doute, du côté des partisans de l’initiative du 9 février 2014, certains ultras regretteront, dans les heures ou les minutes qui vont suivre, que le gouvernement n’aille pas encore plus franchement dans leur sens. Ou qu’il reprenne servilement un vocabulaire, « clause de sauvegarde », imposé par un patronat suisse qui, en effet, a tout récemment utilisé ces mots-là.

     

    De ces ultras, je ne veux pas faire partie. En disant, fort clairement, qu’avec ou sans « l’accord à l’amiable », il élaborera, ENTRE SUISSES, les termes permettant à notre pays de gérer les flux migratoires en respectant la volonté populaire du 9 février 2014, le Conseil fédéral inaugure un nouveau langage. Ou, tout au moins, comme dans un jeu d’orgues, il donne à son discours une nouvelle tonalité. Oui, la possibilité qu’il agisse « unilatéralement » me plaît. J’aime l’entendre. Cela correspond à toute la conception qui, depuis toujours, est mienne, quant à la souveraineté des nations. Mais aussi, ma méfiance viscérale du supranational. Comme je ne suis apparemment pas le seul citoyen de ce pays à voir les choses ainsi, je me sens, aujourd’hui, en tout cas dans l’ordre des mots, un peu mieux compris par le gouvernement de mon pays.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Palavie, ou la langue retrouvée

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    Sur le vif - Dimanche 29.11.15 - 16.52h

     

    C’est l’histoire d’un enfant muet, déraciné, qui ne retrouve sa langue qu’à la fin. Il s’appelle Nadji, il est Algérien, exilé en Suisse, avec sa mère, qui l’a rebaptisé « Jean-Paul ». Mais comme il rejette ce prénom, il sera « Pas Jean-Paul », fils de « Pas-la-Mère », dans « Pas la Vie ». C’est cela, l’histoire écrite par Valérie Poirier, qui confirme ici ses talents de plume : l’histoire d’un fils avec sa mère. Ou plutôt sans sa mère, soit pour cause de mort et qu’il doit disperser ses cendres (sous un cyprès, en pleine forêt de sapins, en altitude !), soit (pire) lorsque vivante, exilée avec lui, elle l’abandonne le soir pour courir les amants. Un texte sur la mère et l’absence de la mère. Quelle mère ?

     

    J’ai pensé, hier soir, au Théâtre du Grütli, à ce superbe livre de Jules Roy, « Adieu ma mère, adieu mon cœur », l’un des plus beaux sur le déracinement des Pieds Noirs. Je m’attendais à une pièce sur l’exil, j’ai davantage découvert une plongée dans la complexité du roman familial. Lequel ? Le leur, à la mère (superbement incarnée par Marie Druc) et à ce fiston délaissé, « Pas Jean-Paul » (Frédéric Landenberg). Le leur, mais aussi le nôtre à tous : qu’est-ce qu’un fils, qu’est-ce qu’une mère ? L’écriture de Valérie Poirier oscille entre humour et désespoir, drôlerie et nostalgie, avec de saisissantes percées de lumière, lorsque est évoqué le pays, celui des racines, l’Algérie. Elle en rajoute, la mère, mythifie ses jeunes années, se décrit comme ayant été, là-bas, une grande dame, son père à elle, à Oran, aurait travaillé dans des ministères. Elle baratine, mais ça lui fait du bien. Jusqu’à ce que tout ce fatras s’en vienne fondre, comme un rimmel. Et là, dans les scènes finales, elle n’est jamais aussi juste, Arlette, la mère, que dégrisée.

     

    Je m’attendais à une pièce sur l’exil, ce fut un texte sur la langue. Celle qu’on perd, qu’on oublie, celle qu’on retrouve, celle qu’on garde pour soi comme forme de résistance. « Il est muet, l’enfant », se gausse l’un des amants d’Arlette (David Marchetto). Et le silence de « Pas Jean-Paul » aura (presque) raison des efforts de Madame Giauque, la logopédiste (Anne-Shlomit Deonna). Oui, le texte de Valérie Poirier tourne autour de la parole et du silence, du pays perdu et du pays retrouvé, de l’exil et de la Terre promise. Il y a un désert à traverser, je crois qu’il s’appelle l’enfance.

     

    La mise en scène est signée Julien George. Il y aussi Hélène Hudovernic, François Florey et Nicole Bachmann. Les acteurs sont magnifiques. Le texte, troublant, énigmatique. C’est au Théâtre du Grütli jusqu’au 5 décembre.

     


    Pascal Décaillet

     

     

  • Serge Dal Busco : rigueur et détermination

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.11.15

     

    Dans l’actuel bras-de-fer entre gouvernement et Grand Conseil autour du projet de budget 2016, un homme mérite notre respect : Serge Dal Busco, conseiller d’Etat chargé des Finances. Attaqué de toutes parts. Pour toutes sortes de motifs, dont aucun n’est justifié.  

     

    D’abord, on l’accuse de ne pas écouter suffisamment les députés. C’est faux. M. Dal Busco assume son rôle de conseiller d’Etat, suit l’objectif fixé par le collège, avance. On ne va tout de même pas reprocher à un ministre sa fibre exécutive ! La ductilité, la combinazione, c’est pour les parlementaires, le maintien d’un cap, c’est pour le magistrat.  

     

    Ensuite, il y a cette insupportable comparaison, récurrente, avec David Hiler. Faut-il rappeler que le ministre Vert a traversé, en matière de conjoncture, de fort belles années, alors que son successeur doit essuyer la tempête ? Faut-il rappeler l’état de la caisse de pension du personnel de l’Etat, son coût pour des décennies, les milliards de dettes en plus ? Tout cela, que je sache, est largement antérieur à l’actuel ministre des Finances. Ce dernier, irréprochable de collégialité (y compris par rapport aux équipes précédentes), en assume le legs, dans la totalité. Il ne bronche pas.  

     

    Alors oui, respect pour un conseiller d’Etat qui ne passe peut-être pas le plus clair de son temps à chercher à plaire aux parlementaires, ou à boire des verres avec eux. Mais qui fait son boulot. Et tient la ligne. Par les temps qui courent, il faut du cran pour ne pas craquer. Et il en a. Je lui dis bravo.  

     

    Pascal Décaillet