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Deux hommes en blanc, dans la Ville Blanche

 
 
Sur le vif - Mardi 14.04.26 - 15.58h
 
 
 
Que fait Léon XIV, lorsqu'il voyage ? Comme ses prédécesseurs, il délivre des signaux. Ainsi, sa présence dans la Grande Mosquée d'Alger, troisième plus grande du monde, en présence d'un autre homme en blanc, le Recteur de la Mosquée.
 
Un Pape dans une Mosquée, depuis Paul VI, c'est toujours un moment fort. En Algérie, 98% de la population est musulmane, l'Islam est religion d'Etat, le nombre de catholiques est absolument infinitésimal.
 
Et cela, pour le Pape, c'est un atout : il ne vient pas en Croisé, en homme dangereux pour ses hôtes, nulle Reconquista ne l'habite, il prend acte de l'Islam sur terre algérienne, il sait à quel point les années 1990 furent terribles, il sait la complexité (depuis le début, juillet 1962) du pouvoir politique algérien avec l'équation confessionnelle, il sait tout cela.
 
Il ne vient pas se mêler des affaires internes à l'Algérie. Il vient juste témoigner de sa présence. Celle d'un Pape dans une Mosquée n'est jamais chose banale, ni dans la Mosquée Bleue d'Istanbul, ni dans le premier Lieu Saint d'Algérie. A quand un Pape, en ami de tous, en porteur de paix, sur l'Esplanade, à Jérusalem ?
 
J'en viens au signal. Il est parfaitement clair. A l'heure où les suppôts de l'expédition américaine en Iran, et des bombardements israéliens sur le Sud du Liban, crient à la "guerre de civilisations", Léon XIV souligne à quel point cette guerre-là n'a rien de confessionnel.
 
Elle n'est pas la guerre du monde chrétien, ni du monde juif, contre le monde musulman. Elle est, pour Israël face au Liban, un conflit de pure domination territoriale, économique, hydrographique, démographique. Avec les Palestiniens, un conflit colonial.
 
Elle est, pour les Etats-Unis, un conflit de pure domination impérialiste, énergétique, économique et financière. La dimension religieuse n'y a strictement rien à faire. Seuls la brandissent, pour raisons politiques, les faucons les plus extrêmes de ces deux pays coloniaux.
 
Face à ce magma de confusions savamment entretenues par les belligérants, la douceur diaphane, si fragile, si dérisoire, de ces deux hommes en blanc, dans l'immense Mosquée d'Alger, édifice voulu par Bouteflika. Pas de foules. Pas de passions. Pas de discours pour l'Histoire. Un Pape sobre et silencieux, un Recteur affable.
 
Simple visite de courtoisie ? Non ! A l'heure où l'Islam en tant que tel (je ne parle pas de l'islamisme) est de plus en plus malmené dans nos pays, des galaxies bolloréennes jusqu'à certains "philosophes" orphelins de leurs Lumières, à l'heure où inculture et vulgarité ont droit de cité à la Maison Blanche, la présence du chef de l’Église catholique dans une Mosquée a profondément valeur de sens. Les deux hommes en blanc cheminent ensemble dans l'édifice, dans un esprit de paix et de respect. C'est peu. C'est fragile. Mais c'est un signal.
 
Je vous ai souvent parlé de l'un des hommes qui m'ont plus plus marqué, le Père Louis Collomb, lumineux de douceur, aumônier de mon Ecole primaire, de 1965 à 1969. Ses cours de religion étaient une invitation au respect mutuel, à la concorde, au refus de toute domination coloniale. En voyant les deux hommes en blanc, dans la Ville Blanche, j'ai pensé au Père Collomb.
 
 
Pascal Décaillet

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